Mes outils préférés de prépa mentale – Journal de bord pour la confiance

Publié le 19/05/2025
journal-bord

Dans cette rubrique, je vous emmène à la découverte de mes outils de préparation mentale favoris ! Aujourd’hui, c’est l’histoire de Loeiza qui va illustrer ce qu’est « le journal de bord pour la confiance ».

Sandra Holtz
Sandra Holtz
Sandra est psychologue du sport. Ce qui la passionne ? Accompagner les sportives pour les aider à trouver et assumer leur propre équilibre. Son fil rouge ? L'alliance entre plaisir et performance.

Loeiza a 15 ans. Elle pratique le handball dans une structure d’accès au haut niveau et son objectif est d’intégrer un centre de formation pour devenir professionnelle.

 Doutes et contre-performance

C’est le responsable de sa structure de haut niveau qui l’oriente vers moi suite à un premier stage de sélection en équipe de France qui s’est avéré « catastrophique ». Selon le sélectionneur, « elle n’a rien montré ». Malgré tout, il veut bien lui laisser une seconde et dernière chance lors du stage suivant qui aura lieu 15 jours après.

Loeiza a donc deux semaines pour être en capacité de s’exprimer pleinement sur le terrain.

Lorsque je la rencontre, elle est complètement défaite et juge très sévèrement sa prestation lors du premier stage. « J’ai été vraiment nulle. On aurait dit une débutante. J’étais complètement transparente. Je m’en veux tellement de ne pas avoir saisi ma chance ! »

Je la questionne pour l’aider à réfléchir à ce qui s’est passé et petit à petit les choses s’éclairent : « En fait j’avais peur. J’avais tellement peur de faire une mauvaise passe ou de rater mon tir que je me suis cachée. Je n’ai rien fait. »

Quand je lui demande si elle a pris du plaisir durant le stage, sa réponse est sans appel : « Oh non ! Je crois même que j’ai complètement subi les entraînements du début à la fin ! J’étais totalement paralysée. » Elle ajoute : « Je sais que dans 15 jours c’est ma dernière chance. Mais je me sens au fond du trou. J’ai l’impression que je n’y arriverai jamais, que ça va recommencer exactement de la même façon ! »

Nous échangeons ensuite sur ce qu’elle aimerait, sur ses besoins pour ce stage à venir. Le maître mot dans ce qu’elle exprime, c’est « OSER ». « Il faut absolument que je prenne confiance en moi et que j’ose montrer ce dont je suis capable. C’est le seul moyen d’y arriver. » Voilà, notre objectif est fixé.

 « Essayer plutôt que réussir »

 « Oser », ça ne veut pas dire « réussir ».

Ce que l’on va chercher dans un premier temps, ce n’est pas que Loeiza réussisse, c’est qu’elle se lance. Qu’elle lève le blocage lié à la peur d’échouer. Pour cela, je lui propose, le temps de notre travail ensemble, de considérer que le fait de tenter une action, de prendre une initiative, c’est une victoire. En d’autres termes, nous allons considérer pendant 15 jours que « essayer c’est réussir ».

Pour l’encourager, je lui fais découvrir une citation de Michael Jordan : « J’ai raté 9000 tirs dans ma carrière. J’ai perdu presque 300 matchs. 26 fois, on m’a fait confiance pour prendre le tir de la victoire et j’ai raté. J’ai échoué encore et encore et encore dans ma vie. Et c’est pourquoi j’ai réussi. »

Cela lui permet d’envisager l’échec différemment, de réaliser que : rater, c’est normal. Même les plus grands champions ratent, et pas juste de temps en temps. Nous ne sommes pas des machines. C’est ce que reflète la première partie de la citation.

La seconde partie est fondamentale. Ce que Michael Jordan exprime, c’est que l’erreur est utile. Elle fait partie intégrante du processus d’apprentissage et d’amélioration. 

Un grand champion, ce n’est pas quelqu’un qui réussit tout le temps, qui ne rencontre pas d’obstacle, qui ne tombe jamais. C’est quelqu’un qui accepte de rater, qui cherche à surmonter ou à contourner les obstacles, qui se relève quand il tombe. Et c’est ce qui peut lui donner de la sérénité : il sait qu’il peut compter sur lui, qu’il a la capacité de rebondir. On pourrait dire qu’il transforme les échecs en expériences qui lui permettent d’avancer en cherchant des solutions, sans jamais abandonner.

Bien entendu, la seule compréhension intellectuelle de tout cela ne suffira pas à Loeiza pour qu’elle réussisse à se libérer sur le terrain.

tir-echec

 Le journal de bord pour la confiance

 Je lui propose donc de tester un outil que l’on pourrait appeler un « journal de bord pour la confiance ».

Après chaque entraînement, elle va pouvoir répondre à la question « Est-ce que j’ai osé me lancer ? » au travers d’une note comprise entre 0 et 10 (0 = « Je n’ai jamais osé » et 10 = « J’ai saisi chaque opportunité de me lancer du début à la fin de l’entraînement »).

Je lui demande de compléter cette note en mentionnant :

  • Les deux actions dont elle est le plus satisfaite, aussi minimes soient-elles
  • Ce qui l’a aidée à oser se lancer

Mon idée est de l’amener à développer sa capacité à repérer les « petites victoires », parce que, bien sûr, Loeiza est une championne du perfectionnisme, et elle est surdouée quand il s’agit de repérer ce qu’elle n’a pas « bien » fait. 

Je lui explique que quand on prend conscience d’une réussite, c’est comme si on ajoutait une brique au mur de la confiance et cette image lui parle beaucoup ! Mais surtout, cela lui permet de se dire qu’elle a le pouvoir de changer quelque chose à son manque de confiance, que ce n’est pas quelque chose d’inné, que l’on a ou que l’on n’a pas une bonne fois pour toutes.

Et puis, j’aimerais qu’elle réussisse à identifier ce qui fonctionne le mieux pour elle dans la prise d’initiatives. En la rendant curieuse de son fonctionnement, j’essaye de la rendre actrice, de l’aider à reprendre les rênes en mains, pour ne plus subir la situation.

journal-bord

Loeiza semble enthousiaste à l’idée de cette expérience et elle me dit qu’elle va s’y mettre dès son prochain entraînement. Lors du rendez-vous suivant, je suis épatée par l’implication de Loeiza et par les résultats déjà visibles ! Elle a tenu son journal de bord tous les jours, voire deux fois par jour selon la charge d’entraînement ! 

Elle m’explique qu’elle a retrouvé énormément de plaisir à jouer en étant plus proactive. Elle s’est posé moins de questions du type « est-ce que ça va marcher ou pas ? », puisqu’elle était libérée du poids de la réussite en termes de précision de passe ou de but marqué. Cela lui a permis de se concentrer pleinement son jeu, et elle a parfois été elle-même surprise de certaines actions dont elle ne se pensait pas capable.

Grâce à son journal, elle s’est rendu compte que, pour le moment, ce qui l’aide le plus, c’est d’aborder l’entraînement dans l’idée de se faire plaisir, de s’amuser, et de ne pas se poser de question.

Le fait d’oser davantage l’a amenée à se rendre compte que, même s’il y avait des échecs, il y avait aussi et surtout des réussites, parfois inattendues. Le fait de les vivre, puis de les écrire, lui a permis de réaliser qu’elle était capable de bien plus qu’elle n’imaginait, et de commencer à construire un vrai capital de confiance.

Le départ pour le stage national est prévu 3 jours après ce rendez-vous.

Pour renforcer un peu les acquis et faciliter le transfert dans une situation à fort enjeu, je lui propose une séance de sophrologie dans laquelle elle arrive à se visualiser lors du stage, capable de jouer comme lors des derniers entraînements. A mes yeux, c’est bon signe puisque, avant que les choses ne puissent se concrétiser dans la réalité, il faut déjà qu’elles soient possibles dans notre tête.

J’invite Loeiza à refaire cette visualisation tous les soirs, et à poursuivre la tenue de son journal durant son stage.

La performance est au rendez-vous

 Lorsque je revois Loeiza à son retour de stage, elle est rayonnante ! Elle m’annonce joyeusement qu’elle est retenue pour le prochain stage, et que la possibilité d’une sélection en équipe de France se dessine ! Enfin elle a réussi à montrer ce dont elle était capable. Mais elle me dit que le mieux, c’était vraiment son ressenti. Elle a joué libérée : « Je ne me suis posé aucune question ! C’était incroyable, comme si j’étais à l’entraînement ici ! Et du coup je me suis fait plaisir, c’est fou ! »

Et pour terminer, à nouveau elle m’impressionne en me disant : « Sur chaque entraînement, je me suis fixé mes propres objectifs, en plus de ceux qui nous étaient proposés. Du coup, je n’ai rien subi. Je savais exactement pourquoi j’étais là. Ça, je vais continuer à le faire, même ici, dans mes entraînements quotidiens ».

handballeuse

 Conclusion : la confiance, ça peut évoluer, rien n’est figé !

Loeiza a poursuivi son travail de préparation mentale durant plusieurs mois. Elle a fait preuve d’un incroyable sérieux et d’une vraie régularité dans les séances.

Pourquoi ? Parce qu’elle avait une profonde envie de devenir joueuse professionnelle. Elle s’est battue pour son rêve, et a appris à se connaître et à faire avec ce qu’elle était pour trouver son chemin.

Un an plus tard, elle est partie en centre de formation, puis elle est devenue professionnelle.

Je me souviens du jour où le responsable de la structure m’a appelée pour me demander d’accompagner Loeiza durant les 15 jours précédant le stage. Il m’a expliqué qu’elle avait un énorme potentiel mais qu’elle était très fragile et qu’elle avait un gros problème de confiance en elle qui l’inhibait trop souvent sur le terrain.La carrière de Loeiza est la preuve qu’en matière de confiance, nous ne sommes pas tous égaux, mais que, quelles que soient les cartes de départ, rien n’est jamais perdu, et le mur de la confiance n’est pas immuable : on peut le construire, le renforcer, le reconstruire, et réussir 😊