Écouter son corps de femme quand on fait du sport avec Blandine L’Hirondel

Dans cet épisode du podcast La Sportive Outdoor, j'ai reçu Blandine L'Hirondel, traileuse élite et gynécologue à la tête du compte Instagram "La gynéco sportive" qui vulgarise les connaissances scientifiques liées à la santé des femmes sportives.
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Résumé de l’épisode
Dans ce nouvel épisode du podcast La Sportive Outdoor, nous recevons une invitée au profil exceptionnel : Blandine L’Hirondel. À bientôt 35 ans, elle mène de front une carrière d’athlète de haut niveau en trail et en ultra-trail, tout en exerçant son métier de gynécologue. À travers son compte Instagram, « La Gynéco Sportive », elle s’engage pour lever les tabous et vulgariser la science autour de la santé des sportives.
Un parcours entre sentiers et cabinet médical
Blandine L’Hirondel a toujours su qu’elle deviendrait médecin. Elle s’est orientée vers la gynécologie obstétrique, une spécialité médico-chirurgicale complète qui lui permet de suivre ses patientes sur le long terme, de pratiquer la chirurgie, l’échographie et même l’imagerie. Paradoxalement, ce n’est qu’au cours de ses études de spécialisation qu’elle a découvert le sport et le trail.
En développant cette double expertise, elle a constaté une carence importante dans la formation médicale concernant les spécificités de la femme sportive. C’est pour répondre au désarroi de nombreuses femmes et porter un message global qu’elle a créé son compte informatif, où elle partage des revues de littérature scientifique.
Le syndrome RED-S : un signal d’alarme méconnu
L’une des problématiques majeures abordées est l’aménorrhée (absence de règles), qui touche de nombreuses sportives à cause d’une pratique intensive ou d’une alimentation insuffisante. Blandine souligne que l’absence de règles est le point extrême du RED-S syndrome (Déficit Énergétique Relatif dans le Sport).
Elle compare le corps humain à un téléphone en mode économie d’énergie : quand l’énergie manque, le corps met en pause les fonctions non vitales comme l’activité ovarienne pour préserver le cerveau et le cœur. Ce syndrome a des conséquences graves à long terme :
- Santé osseuse : Fragilisation des os (ostéopénie ou ostéoporose) pouvant mener à des fractures de fatigue.
- Santé cardiovasculaire : Augmentation du risque d’hypertension et de maladies cardiaques en raison de la baisse d’œstrogènes.
- Santé mentale : Troubles de l’humeur, syndromes dépressifs et fatigue chronique.
- Performances : Blessures musculaires à répétition, infections fréquentes et baisse inexpliquée du niveau sportif.

Gérer son entraînement selon son cycle?
Blandine précise que, selon les méta-analyses les plus récentes, il n’y a pas d’intérêt prouvé à organiser systématiquement son entraînement en fonction des phases du cycle menstruel. Cependant, certaines variations physiologiques méritent une attention particulière :
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- Ovulation : Le pic d’œstrogènes peut augmenter la laxité des ligaments, doublant presque le risque de rupture des ligaments croisés dans les sports à pivot.
- Phase luthéale (avant les règles) : La progestérone favorise la rigidité musculaire, ce qui peut accroître le risque d’élongations ou de déchirures.
- Contraception : La pilule masque souvent un éventuel RED-S, car les saignements observés ne sont pas de « vraies » règles mais des règles de privation d’hormones.
Grossesse, postpartum et ménopause : rester en mouvement
Contrairement aux idées reçues, le sport n’est pas dangereux pour le fœtus. Il est même bénéfique pour réduire les risques de diabète gestationnel ou de pré-éclampsie, et favorise le développement neurocognitif de l’enfant.
Pour le postpartum, Blandine encourage une reprise progressive basée sur l’écoute des symptômes (douleurs, pesanteur pelvienne) plutôt que sur le délai strict des six semaines souvent préconisé en France. Elle insiste également sur l’importance de l’alimentation durant l’allaitement pour éviter les fractures de fatigue dues au déficit de calcium.
Enfin, pour aborder la ménopause, la gynécologue conseille de privilégier la musculation avec charges et un apport protéique élevé (jusqu’à 2,6 ou 3 g/kg de poids de corps) pour maintenir la masse musculaire et protéger les os.
Conclusion
Le message final de Blandine L’Hirondel est une invitation à la confiance : le corps féminin et ses variations hormonales sont une force et non une faiblesse. Elle encourage toutes les femmes à pratiquer l’activité qui leur apporte de la joie, tout en restant attentives aux signaux d’alerte pour préserver leur santé sur le long terme

