Syndrome d’épuisement psychologique du sportif: quand le plaisir disparaît

Mise à jour le 02/12/2024
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L’épuisement physique et le surentraînement, vous connaissez certainement. Mais avez-vous déjà entendu parler du syndrome d’épuisement psychologique du sportif ? Dans cet article, je vous propose de découvrir ce concept à travers l’histoire d’Anne-Sophie.

Sandra Holtz
Sandra Holtz
Sandra est psychologue du sport. Ce qui la passionne ? Accompagner les sportives pour les aider à trouver et assumer leur propre équilibre. Son fil rouge ? L'alliance entre plaisir et performance.

Anne-Sophie est escrimeuse. Elle a tout juste 15 ans, et c’est sa première année dans une structure d’accès au haut niveau. Elle vient me voir de manière ponctuelle, lorsqu’elle se sent débordée par la pression des compétitions.

Jusqu’à présent, elle a fait une saison extraordinaire, qui a surpris tout le monde et l’a amenée à enchaîner les sélections, jusqu’à se qualifier pour les championnats du monde.

« Je n’aime plus mon sport. Je deviens folle. »

Ce jour-là, 2 semaines avant la compétition, elle est complètement paniquée. Je la sais sensible et fragile mais là, elle semble perdre pied. Elle pleure à chaudes larmes et me dit qu’elle a l’impression de devenir folle.

L’escrime a toujours été sa passion, mais depuis quelques jours, elle n’a plus aucun plaisir à aller s’entraîner. Ça ne lui est jamais arrivé. Elle a l’impression que c’est un cauchemar. Elle ne se reconnaît plus, et est terrorisée par l’idée d’avoir peut-être définitivement perdu son amour pour l’escrime.

A cela s’ajoute le fait que les championnats du monde ont lieu dans 15 jours, mais ce n’est pas ce qui la préoccupe le plus.

Devant l’intensité de sa détresse, je pense au syndrome d’épuisement psychologique du sportif. Je lui en parle, mais mes premiers mots d’adulte ne font pas sens pour elle.

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On peut faire une indigestion de quelque chose qu’on adore

Alors je lui demande si elle aime le chocolat, et elle me répond un grand OUI, qui s’accompagne même d’un petit sourire. Je lui propose alors d’imaginer qu’à chaque repas, elle doit manger une tablette de son chocolat préféré. Ses yeux brillent et elle commence par me dire que ce serait super !

Je lui demande si elle en est certaine et si elle aurait la même joie à chaque repas. Elle réfléchit et finit par répondre, soulagée : « J’ai compris ! Je mangerais une tablette sans problème aux deux premiers repas, mais ensuite je pense que je commencerais déjà à saturer et au bout de deux jours je n’aurais plus aucune envie de manger ce chocolat ! Et c’est pareil avec l’escrime, c’est ça que vous vouliez m’expliquer ? ».

Ma réponse est positive, et je poursuis en lui disant qu’après deux jours, pour retrouver l’envie de manger son chocolat préféré, il faudrait très certainement faire une pause et ne plus en manger pendant quelque temps. Elle fait le parallèle, se calme et retrouve l’espoir d’aimer à nouveau son sport favori.

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L’enchaînement des sélections a surchargé le calendrier

Au vu de son âge, de sa détresse et de l’enjeu de la compétition, j’appelle son entraîneur directement, avec son accord. Il me confirme qu’il a bien vu que ça n’allait plus du tout à l’entraînement, mais il ne comprend pas ce qui se passe et ne sait pas quoi faire.

Je lui propose mon hypothèse de syndrome d’épuisement psychologique du sportif et il me dit qu’effectivement, Anne-Sophie a enchaîné énormément de compétitions cette année du fait de ses performances complètement inattendues. Il n’y a donc pas eu de pause, ce qui n’était pas prévu au départ.

Pour renverser la situation, on mise sur l’arrêt complet

Je lui explique qu’au vu de l’intensité des signaux émotionnels et psychiques, la seule chose à tenter à mon sens est de l’arrêter complètement jusqu’à la veille de la compétition, en espérant que ce temps suffise.

Il garde le silence un moment, puis s’exprime : « est-ce que vous vous rendez compte ? Pour moi, en tant qu’entraîneur, c’est presque impensable. Mais je vois bien que de toute façon ça ne va pas du tout, et qu’on est dans une impasse. Alors je vais vous faire confiance. On va essayer ça. »

J’annonce à Anne-Sophie qu’elle va pouvoir souffler, et penser à autre chose qu’à l’escrime. Nous réfléchissons ensemble à ce qui pourrait lui faire du bien et l’aider à déconnecter. Et nous décidons de nous revoir la semaine suivante pour faire un point.

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La pause est salutaire à l’envie et au plaisir

Lorsqu’elle revient me voir, elle est transformée, et me dit qu’elle avait vraiment besoin de cette pause, qu’elle est soulagée, parce qu’elle sent que son envie revient.

Au final, elle reprend un entraînement très léger trois jours avant le départ en compétition et le plaisir est au rendez-vous, pour son plus grand bonheur !

Si l’histoire d’Anne-Sophie se termine bien, elle permet néanmoins de soulever ces questions :

  • Qu’est-ce qui a généré un syndrome d’épuisement psychologique du sportif chez Anne-Sophie ?
  • Qu’est-ce qui peut permettre de prévenir ce syndrome ?
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Ce qui peut conduire au syndrome EPS

Vous l’aurez repéré, la perte de motivation et de plaisir sont apparus chez Anne-Sophie du fait d’un calendrier de compétition qui s’est densifié progressivement, suite à ses réussites successives et inattendues.

Comme elle était en réussite constante, personne n’a été attentif à cela.

Mais à un moment, le vase a débordé.

Le syndrome d’épuisement psychologique du sportif, c’est toujours une histoire de TROP, ou de PAS ASSEZ. Trop de compétitions, et pas assez de récupération. En particulier sur le plan émotionnel. Le trop grandit petit à petit, jusqu’à la saturation. Celle qui va faire qu’on en arrive à être écœuré de ce sport que pourtant on aime tant habituellement.

Si on n’y prend pas garde, que l’on ne détecte pas les premiers signes, cet écœurement peut se manifester de manière brutale. Du jour au lendemain, l’envie n’est plus là. Certains parlent même de dégoût.

Le risque, c’est que ce dégoût mène à l’abandon définitif de la pratique.

Chez Anne-Sophie, la disparition soudaine du plaisir s’est accompagnée d’un véritable sentiment de panique. Pourquoi ? Parce que pour elle, l’escrime c’est « tout ». C’est ce qui la fait avancer, ce qui occupe son temps et ses pensées, ce qui fonde son identité. Elle se définit par sa pratique sportive.

Alors forcément, quand elle s’aperçoit qu’elle n’a plus envie d’aller à l’entraînement, elle perd pied. C’est comme si tous ses repères s’effondraient. Elle le dit très bien : « Je ne me reconnais plus. Ce n’est pas possible. Ce n’est pas moi. Je pense que je suis devenue folle. »

Des idées pour prévenir

Comprendre ce qui a mené Anne-Sophie au syndrome d’épuisement émotionnel du sportif nous aide à dégager deux pistes principales en termes de prévention.

Première piste

La première, c’est de rester à l’écoute de soi, et de réaménager si nécessaire le planning d’entraînement et/ou de compétition si l’on sent que la fatigue s’installe, ou que le plaisir diminue sur plusieurs séances d’affilée.

On peut, pour cela, utiliser le carnet de bord du positif dont j’ai parlé dans cet article. Et dans tous les cas, quelle que soit la pratique, il est fondamental d’intégrer plusieurs coupures d’une semaine au moins dans l’année, ainsi qu’une coupure longue, de 3 semaines au moins. Cela permet de recharger émotionnellement, et de préserver l’envie et le plaisir.

Si couper une semaine régulièrement vous semble impossible, que cela génère de la culpabilité, de l’angoisse, ou un sentiment de vide, alors il peut être tout à fait judicieux de consulter un psychologue du sport pour en parler 😊

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Seconde piste

La seconde piste de prévention, c’est, comme qui dirait, de « ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier ». Parce que c’est trop risqué. A mon sens, avoir une activité de loisir en dehors de sa pratique sportive, activité qui ne met pas en jeu le corps, est absolument essentiel.

Quelque chose que l’on aime, et qui nous aide à nous évader, à débrancher complètement du quotidien. Cela peut être salutaire également en cas de blessure. Les possibilités sont nombreuses en la matière : bricolage, jeux de société, puzzles, photographie, dessin, musique, crochet, …Il ne faut pas hésiter à expérimenter, jusqu’à ce que l’on trouve ce avec quoi on accroche vraiment !

Ce sera forcément un excellent investissement en matière d’équilibre et de récupération, notamment sur le plan émotionnel 😉

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