Alice Leveque – Témoignage sur le syndrome RED-S

Dans cette interview, Alice Leveque apporte son témoignage sur le syndrome RED-S, qui l'a touchée il y a une dizaine d'années. Elle nous parle de son expérience personnelle et nous donne des clés de compréhension, puisqu'elle accompagne désormais des sportives qui y sont confrontées
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Présentation d’Alice Leveque
Aujourd’hui, je reçois Alice Leveque, kiné, diététicienne nutritionniste et ancienne handballeuse professionnelle. C’est aussi elle qui rédige les articles nutrition sur La Sportive Outdoor.
Alice vient témoigner aujourd’hui car elle a été touchée par le syndrome RED-S. En français, c’est le syndrome de déficience énergétique relative dû au sport. C’est un syndrome encore assez méconnu, y compris chez les professionnels de santé, et je trouvais important qu’elle vienne en parler pour que vous puissiez en savoir plus et peut-être prendre des mesures si vous êtes concerné. Bienvenue Alice ! Est-ce que tu peux te présenter ?
Oui, moi c’est Alice Leveque. Comme tu l’as dit, je suis diététicienne nutritionniste. Je travaille avec le CREPS de Bourgogne-Franche-Comté auprès de jeunes athlètes, et je fais aussi du suivi en cabinet. Je suis spécialisée en sport et en micronutrition.
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Je suis également kiné depuis une dizaine d’années et je travaille dans le domaine de la prévention en entreprise. Donc, j’ai un peu cette double casquette : moitié de la semaine en tant que kiné, et moitié en tant que nutritionniste. J’ai été handballeuse professionnelle pendant plus de dix ans, et c’est durant cette période que j’ai été touchée par le syndrome RED-S.
C’est pour cette raison que je tenais à témoigner aujourd’hui, pour que cela arrive moins souvent, et pour proposer des solutions aux athlètes qui en souffrent.
Comprendre le syndrome RED-S
Comment cela s’est-il passé pour toi ? À quel moment de ta carrière as-tu commencé à remarquer des changements ou des problèmes liés à ta santé ?
C’était aux alentours de 2015, donc il y a presque dix ans maintenant. À cette époque, je venais d’obtenir mon diplôme de kiné, et je me consacrais pleinement à ma carrière de handballeuse professionnelle. J’avais commencé à réintégrer les rangs de l’équipe de France, et je me suis dit qu’il fallait que je travaille sur tous les facteurs de la performance, y compris mon alimentation. J’ai donc modifié mon régime alimentaire, pensant combler ce qui me manquait. Très rapidement, peut-être deux ou trois mois après, j’ai commencé à me sentir au ralenti. J’avais du mal à me lever le matin, j’étais en bradycardie avec des pulsations très basses (30, voire 28 la nuit), et je ne répondais plus aux entraînements. Mon corps ne suivait plus, et je ne comprenais pas ce qui se passait.
C’est très impressionnant. Pour celles qui ne connaissent pas le syndrome RED-S, peux-tu nous expliquer ce que c’est ?
Le syndrome RED-S, ou syndrome de déficience énergétique relative dû au sport, se manifeste lorsque votre corps ne reçoit pas assez d’énergie par rapport à ce que vous dépensez. Cela peut être causé par un apport alimentaire insuffisant, un excès d’entraînement, ou une combinaison des deux. Si vous brûlez plus de calories que vous n’en consommez, vous risquez de développer ce syndrome, qui peut avoir de nombreuses conséquences sur la santé. Il touche principalement les femmes, mais aussi les hommes, même si c’est plus rare.
Le Comité International Olympique (CIO) avait d’ailleurs publié un consensus en 2023. En 2024, un article d’Asker Jeukendrup a remis un peu en question le nom du syndrome. Il ne s’agit pas uniquement de troubles du comportement alimentaire ou de faible disponibilité énergétique, mais il y a aussi des facteurs tels que la santé mentale, l’immunité, ou des problèmes de sommeil. Le terme RED-S semble donc réducteur, et je pense qu’il évoluera dans les prochaines années.
Le panel de symptômes est très large, allant des troubles du sommeil aux problèmes osseux (ostéoporose précoce), en passant par des difficultés à prendre de la masse musculaire, des troubles cardiovasculaires, des problèmes d’immunité, et même des troubles de la fertilité. Et la liste ne s’arrête pas là.
e pense qu’en tant que professionnels de santé, notamment spécialisés dans le sport, il est crucial de détecter ces signes le plus tôt possible chez les athlètes. Dès qu’un symptôme apparaît et que quelque chose nous semble suspect, il faut aller plus loin, chercher ce qui se passe réellement. Une fois le syndrome installé, il devient très difficile d’en sortir.
Personnellement, je travaille avec de jeunes athlètes qui souffrent de ce syndrome, certaines n’ont plus leurs règles depuis des années, elles se blessent en permanence, et elles n’arrivent plus à retrouver leur niveau de compétition. Elles vivent une véritable détresse émotionnelle car elles ne peuvent plus s’entraîner, et on leur demande de manger plus tout en réduisant l’activité physique, ce qui est très difficile à accepter. Le retour vers une bonne santé et la compétition prend beaucoup de temps, des mois, voire des années.
C’est pourquoi, dès que des signes avant-coureurs apparaissent, il est impératif de se faire accompagner et d’en parler à des professionnels de santé compétents.
Effectivement. Tu parlais de l’arrêt des règles. Est-ce que c’est un symptôme qui doit immédiatement alerter ?
L’arrêt des règles doit effectivement alerter, même si cela ne signifie pas forcément qu’il y a un syndrome RED-S. L’absence de règles n’est jamais normale, tout comme un cycle menstruel qui dépasse 34 jours. Un cycle aussi long est un signal d’alerte qui montre qu’il se passe quelque chose. Cela peut être lié à une surcharge d’entraînement, à un surentraînement, ou à d’autres facteurs, comme des troubles du comportement alimentaire, que l’on observe souvent chez les jeunes sportifs.
Quand un changement survient dans le cycle menstruel, il faut absolument en parler à un professionnel de santé.
Et surtout, je tiens à préciser que la pilule n’est pas une solution. Ce n’est pas parce que l’on a des règles irrégulières, trop abondantes ou douloureuses, qu’il faut prendre la pilule pour « masquer » ces symptômes. La pilule ne résout pas le problème de fond. Il existe d’autres solutions, comme passer par la biologie fonctionnelle, qui consiste à faire des dosages hormonaux pour comprendre ce qui se passe. Ensuite, que ce soit par l’alimentation ou des compléments en micronutrition, il y a beaucoup de choses à faire pour réguler ces problèmes avant de se tourner vers une contraception.
Oui, c’est un point très important. À l’inverse, si l’on continue d’avoir ses règles normalement, est-ce que cela exclut la possibilité d’un Red S ? Ou est-ce que ce n’est pas toujours associé à un cycle perturbé ?
Comme je l’ai mentionné plus tôt, le RED-S peut aussi toucher les hommes, donc l’absence de règles n’est pas le seul symptôme à surveiller. Ce n’est pas parce que l’on continue d’avoir des cycles menstruels normaux que l’on n’est pas touché par un RED-S. De la même manière, on pensait autrefois que ce syndrome ne concernait que des personnes très minces ou maigres. Aujourd’hui, on sait que des personnes avec un IMC tout à fait normal peuvent également être affectées par le Red S. Il est donc crucial de tenir compte de toutes les causes et d’examiner le large éventail de facteurs possibles.
C’est vraiment multifactoriel et il y a beaucoup d’aspects à prendre en compte. Il faut donc garder cela à l’esprit et y penser pour explorer les différentes pistes, au cas où.
Quand un athlète vient me consulter en disant qu’elle n’a plus ses règles depuis six mois et qu’elle a du mal à s’alimenter, on va tout de suite investiguer cette piste. En revanche, quand il n’y a pas d’arrêt des règles, il faut adopter une approche plus subtile. Cela peut prendre plus de temps pour détecter le syndrome, effectivement.
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Et dans ton cas, est-ce que tu as été diagnostiquée rapidement, ou cela a-t-il pris du temps avant de comprendre ce qui se passait ?
Alors, tu me disais un peu plus tôt que même certains médecins du sport aujourd’hui ne connaissent pas forcément le RED-S. Imagine il y a dix ans ! Pour être honnête, je n’ai jamais été officiellement diagnostiquée avec le syndrome RED-S. En quelque sorte, je me suis auto-diagnostiquée quand j’ai commencé à comprendre ce que c’était. Au début, on m’a classée dans la catégorie « surentraînement », voire burn-out. On m’a dit qu’il y avait probablement quelque chose de mental qui jouait un rôle. Et même moi, je pensais que c’était cela.
Dès que je mettais les pieds dans une salle de handball, je me mettais à pleurer, sans raison apparente. J’avais cette sensation d’oppression qui montait en moi, et je devais quitter la salle. Je ne pouvais plus regarder les matchs. C’était très difficile. À ce moment-là, je me suis dit : « Tu es en burn-out, tu n’en peux plus du handball, tu n’en peux plus de vivre, manger et respirer handball. » Moi aussi, j’avais conclu que c’était la raison. Cela a pris beaucoup de temps avant que je comprenne réellement ce qui m’arrivait.
Et comment cela s’est passé ? À ce moment-là, tu n’avais pas de médecin qui t’accompagnait spécifiquement pour surmonter cela. Comment as-tu réussi à guérir ? Est-ce que tu as réussi à identifier le problème et à mettre en place des mesures toute seule, ou as-tu tout de même été accompagnée, même si le terme Red S n’avait pas encore été utilisé ?
En fait, ils m’ont surtout accompagnée pour les bilans médicaux. Au début, j’ai fait de nombreux examens. J’ai porté un holter pendant 48 heures pour mesurer ma tension et mes pulsations cardiaques au repos la nuit. C’est là que l’on a vu que mes pulsations étaient très basses, mon corps fonctionnait au ralenti. J’ai aussi fait des prises de sang, toute une batterie d’examens, mais rien d’anormal n’est ressorti. J’ai même passé une épreuve d’effort et là encore, tout allait bien au niveau cardio. La seule chose qu’on m’a proposée, c’était d’aller voir un psy et d’arrêter l’entraînement pendant quelques mois, en me disant que ça irait mieux après.
J’ai donc arrêté de m’entraîner pendant presque deux mois. Ensuite, j’ai repris avec un stage en équipe de France en Corse. Mais honnêtement, je n’avais aucune envie d’y aller. Heureusement qu’il y avait le soleil, mais je ne prenais plus aucun plaisir à m’entraîner. Et bien sûr, tu n’oses pas en parler, parce que le but ultime d’un athlète professionnel, c’est d’être en équipe de France, en sélection nationale. Donc, tu te dis : « Qu’est-ce que tu veux de plus ? Tu es en équipe nationale, et tu te plains de ne pas avoir envie d’être là. » C’est très difficile à comprendre pour les autres.
De l’extérieur, cela peut sembler incompréhensible. Mais quand on le vit de l’intérieur, c’est horrible, car tu souffres de symptômes physiques et mentaux, et personne ne te propose de solutions. Tu te retrouves sans accompagnement, livré à toi-même. Après ce stage, j’ai changé de club pour rejoindre Metz, l’un des plus grands clubs de handball féminin en France, un vrai challenge pour moi. Mais de août à novembre, tous les soirs, je rentrais de l’entraînement en pleurant. Je n’en ai parlé à personne, à part mon entourage proche qui me soutenait, mais mes coéquipières, mes entraîneurs, personne n’était au courant.
Cela a été très dur. Finalement, c’est ce qui m’a poussée à m’intéresser à l’alimentation. J’ai commencé à lire énormément de choses et c’est à ce moment-là que j’ai rencontré Anthony Berthou, qui est formateur en micronutrition et qui travaillait avec les équipes de France de triathlon. Il m’a beaucoup aidée, surtout sur le plan digestif, car j’avais de gros troubles digestifs. Il n’a pas tout de suite identifié le RED-S, mais quand je suis allée suivre une formation avec lui, nous avons abordé le sujet du RED-S. C’est là que j’ai réalisé que je cochais toutes les cases.
À cette époque, pour te donner une idée, j’étais suivie par une personne en micronutrition à Bordeaux, et elle m’avait demandé d’arrêter toutes les sources de sucre, que ce soit les féculents, les glucides, et même les légumes légèrement sucrés comme les carottes et la betterave. J’ai tout arrêté, sans vraiment comprendre pourquoi. Cela avait fonctionné pour d’autres athlètes, donc je me suis dit : « Pourquoi pas moi ? » Je me suis affûtée très rapidement, mais en réalité…
Ce n’est plus de l’affûtage à ce stade, c’est carrément dangereux, non ?
Exactement. On m’avait laissé un « joker » par semaine, où je pouvais manger un peu de sucre. Mais j’étais tellement privée que chaque fois que je voyais du sucre, j’en devenais obsédée, j’en avais un besoin vital. À l’entraînement, je voyais des étoiles. Au bout de même pas deux mois, mon corps s’est totalement ralenti. Mon rythme cardiaque a chuté, et mentalement, je me sentais au plus bas. Puis, mes règles se sont arrêtées pendant six mois.
Donc, le point de départ, c’était ce changement de nutrition ?
Ah oui, clairement.
Donc tu as arrêté tous les glucides?
Exactement. Je n’avais jamais eu de trouble alimentaire avant cela. J’ai arrêté de manger des féculents alors que je m’entraînais deux fois par jour. Je ne mangeais presque plus de glucides, ce qui était tout simplement intenable.
C’est complètement fou.
C’est complètement fou, oui. Ce qui me frustre le plus aujourd’hui, alors que je travaille dans ce domaine, c’est de me dire : pourquoi je l’ai écouté ? Pourquoi ai-je suivi les conseils de quelqu’un comme ça ? C’est l’un des dangers de consulter une personne mal formée ou peu qualifiée, qui vous fait faire des choses qui ne sont pas bonnes pour vous.
C’est ce qui est compliqué. À la base, tu es allée voir quelqu’un qui était censé être un professionnel, avec le titre adéquat. On a tendance à faire confiance et à se dire qu’il doit avoir raison, mais il y a des bons et des mauvais professionnels…
Exactement. Si tu veux, j’ai développé tous les symptômes possibles. J’ai même passé un bilan osseux, et à 25 ans, j’étais en situation d’ostéoporose précoce.
C’est ce qui est important à expliquer : les conséquences peuvent être très graves, et elles ne sont pas faciles à corriger ensuite.
Exactement. Heureusement, j’avais quand même une bonne hygiène de vie, ce qui m’a permis de contrebalancer assez rapidement les effets négatifs. J’ai tenu ce régime alimentaire pendant quatre mois, mais mon corps ne pouvait plus suivre. J’ai donc rapidement changé mes habitudes.
Concernant mes règles, il m’a fallu presque un an pour retrouver des cycles. J’étais passée par une phase d’aménorrhée totale, puis j’ai eu des règles très abondantes pendant deux, voire trois mois d’affilée. Cela aussi a été très compliqué.
Même dix ans plus tard, je n’ai toujours pas de cycles menstruels réguliers. Ils sont irréguliers, mais longs, pouvant aller jusqu’à 40 jours. Donc, même si le régime n’a duré que quatre mois, les répercussions sur mon corps ont été très longues. Imagine les femmes qui me disent qu’elles n’ont plus leurs règles depuis deux ans. Cela prend énormément de temps pour retrouver une situation normale, et il faut vraiment beaucoup d’efforts pour y arriver.
C’est là qu’on voit l’importance de la prévention pour éviter de tomber dans cette situation. Une fois que cela commence, c’est vraiment compliqué de s’en sortir. Je ne réalisais pas que cela pouvait avoir un impact aussi long terme. Quatre mois de régime, et dix ans plus tard, les effets se font toujours sentir, c’est fou.
Sur les cycles menstruels, c’est effectivement très difficile de revenir à quelque chose de normal. Il y a des périodes où je me dis que ça y est, mes cycles sont revenus à 28 ou 30 jours, puis, sans raison apparente, ils repartent à 40 jours. Je n’ai pas arrêté de m’entraîner, je fais maintenant de la course à pied. Je sais aussi que quand je m’entraîne beaucoup, surtout en préparation d’un trail ou d’un marathon, cela perturbe à nouveau mon cycle. Je fais donc vraiment attention, car je sais que cela peut entraîner d’autres problèmes, comme des troubles osseux, cardiovasculaires, ou thyroïdiens. C’est crucial de garder cela en tête.
Ouais, totalement. Et comment as-tu fait à ce moment-là ? Tu étais encore handballeuse professionnelle, tu as réadapté ton alimentation une fois que tu as compris ce qui se passait. Est-ce que tu t’es sentie mieux rapidement ou est-ce que cela a pris du temps au quotidien pour vraiment te sentir bien ?
J’ai réadapté mon alimentation simplement parce que mon corps n’en pouvait plus. Donc, je l’ai fait sans vraiment comprendre ce qui se passait. J’ai écouté mon corps, mes sensations de faim. J’avais faim, je mangeais, et voilà.
Ensuite, j’ai été accompagnée par Anthony Berthou, ce qui m’a beaucoup aidée à comprendre les besoins de mon corps. En plus des symptômes que je t’ai déjà mentionnés, j’avais aussi des troubles de la perméabilité intestinale et une grosse dysbiose. On sait que cela peut affecter le microbiote intestinal, et il a fallu prendre cela en charge et traiter ces problèmes.
Pendant environ six semaines, j’ai dû arrêter le gluten et les produits laitiers, puis les réintroduire progressivement, car ils me provoquaient des inflammations à l’époque. Ce sont des ajustements que j’ai dû faire pour pouvoir remanger normalement. Après ça, l’année suivante, j’ai pu retrouver une alimentation à peu près normale, en fonction de mes besoins et des entraînements que j’avais.
Oui, c’est incroyable. Et donc, après ça, as-tu repris ta carrière de handballeuse, ou as-tu arrêté à ce moment-là ?
Comme je te l’ai dit, j’ai coupé pendant deux mois. Puis, quand j’ai repris à Metz, ça a été très difficile. En janvier 2016, je me suis sérieusement posé la question : « Est-ce que j’arrête ? Je n’en peux plus, je vais peut-être arrêter le handball. »
Heureusement, mon entourage m’a beaucoup soutenue. Ils m’ont dit : « Écoute, tu as deux choix : soit tu arrêtes maintenant, et tu risques de le regretter, soit tu te mets à fond, tu surmontes cela, et tu vas au bout de ta saison. Ensuite, tu verras ce qu’il en est. » Je me suis dit que j’avais encore des choses à accomplir dans le handball. Je ne pouvais pas tout arrêter comme ça. Le problème n’était finalement pas le handball, mais ma santé physique et mon bien-être mental. J’ai remonté la pente.
Par ailleurs, je me suis beaucoup documentée sur la préparation mentale. Je ne me suis pas fait accompagner spécifiquement, j’ai travaillé seule, en méditation et en cohérence cardiaque, et cela m’a beaucoup aidée. J’ai terminé ma saison à Metz. Cela a été une saison très compliquée, mais avec ce que j’avais vécu avant, ce n’était pas surprenant. Ensuite, je suis revenue à Besançon pour finir ma carrière. Pendant quatre ans, j’ai joué avec un plaisir immense. Franchement, je suis tellement contente d’avoir pris cette décision et de ne pas avoir tout arrêté.
Je suis vraiment contente de ne pas avoir arrêté à ce moment-là. Jouer encore pendant quatre ans et, surtout, m’éclater sur le terrain, c’était incroyable. J’avais une équipe géniale et des entraîneurs au top. J’ai pu vivre ces quatre années en prenant un vrai plaisir. Et je me suis surtout dit que non, le problème n’était pas le handball.
Oui, c’est très important. Tu as vraiment retrouvé le plaisir du jeu. C’est vrai que quand on ne se sent pas bien, on n’a envie de rien faire, encore moins de mener une carrière aussi exigeante. Cela demande énormément d’efforts. Et si on ne se sent pas bien dans son corps, c’est encore plus compliqué. Tu parlais de ton entourage. Ils t’ont aidée à prendre cette décision, mais est-ce qu’ils t’ont aussi aidée à prendre conscience qu’il y avait un problème ? Que ce soit tes amis, ta famille, ou même tes entraîneurs, est-ce qu’ils t’ont aussi accompagnée dans la guérison, ou pas spécialement ?
Non, pas vraiment. Ils m’ont encouragée à consulter, à voir un psychologue ou un préparateur mental, et cela aurait pu m’aider. Mais comme le syndrome était peu connu, je pense qu’ils n’ont pas mesuré l’ampleur de la situation. Ils se sont arrêtés au diagnostic médical, en se disant que c’était un surentraînement et que ça passerait avec le temps.
Même aujourd’hui, quand j’explique cela à des proches ou à des gens qui ne sont pas familiarisés avec le sujet, ils ont encore du mal à comprendre ce qui s’est passé. Ils ont bien vu les effets chez moi, mais je pense qu’ils n’ont pas vraiment saisi l’impact que cela avait sur ma santé. Ils ont été présents pour moi, mais sur le cheminement global de la guérison, j’ai un peu fait mon propre parcours.
Leçons tirées de cette expérience
Oui, félicitations, parce que ça n’a pas dû être évident. Maintenant que tu as dix ans de recul, quelle leçon as-tu tirée de cette expérience, aussi bien sur le plan personnel que sportif ?
Sur le plan personnel, j’ai appris à être beaucoup plus méfiante, surtout envers certains professionnels de santé. Ne pas tout accepter et ne pas mettre en place des choses à la légère, simplement parce qu’on nous l’a dit. Mais en même temps, cette expérience m’a fait grandir, et c’est ce qui m’a menée à m’intéresser à la nutrition aujourd’hui.
Je pense que les échecs nous font grandir, même si on ne s’en rend pas compte sur le moment. C’est un peu comme gravir une montagne : une fois le sommet atteint, tout devient un peu plus facile. Personnellement, j’en suis ressortie grandie, même si cela m’a laissé quelques cicatrices physiques. J’ai aussi travaillé sur mon développement personnel et ma préparation mentale, et cela m’aide au quotidien, que ce soit dans ma vie personnelle ou professionnelle.
Sur le plan sportif, cette expérience m’a laissée très vigilante. Quand on court trop et qu’on recherche la performance, on marche toujours sur une corde raide. Même quand on le sait, on peut vite basculer dans des excès. Cela m’a appris à reconnaître les signaux d’alerte. Je fais plus attention à moi aujourd’hui, je prends soin de ma santé. J’ai même refait des bilans fonctionnels pour m’assurer qu’il n’y avait pas de carences.
Cela laisse des traces, quand même. Après cette expérience, j’ai développé des troubles du comportement alimentaire pendant quelques années, alors que je n’en avais jamais eu auparavant. Ce sont des marques qui restent à vie. Mais on fait avec, et on avance.
Surtout, une fois que l’on a vécu ça, on se dit qu’il faut absolument éviter que cela arrive à d’autres. Cela m’aide peut-être à mieux identifier les signes, même si bien sûr, chaque individu est différent, et les causes ne sont pas toujours les mêmes. Nous faisons des sports différents, nous avons des corps différents, mais cette expérience me permet, je pense, de mieux comprendre ceux qui en parlent aujourd’hui.
Conseils aux sportives
Oui, c’est certain. Et justement, quels conseils donnerais-tu à des femmes pour éviter de tomber dans le syndrome Red S ?
Le premier conseil serait de suivre son cycle menstruel. C’est essentiel. Utiliser une application ou simplement surveiller les changements pour se poser des questions en cas de perturbations. Quand on ressent une baisse de performance ou qu’on commence à avoir des troubles alimentaires, il faut se questionner. Cela ne doit pas nécessairement aller jusqu’à l’anorexie ou la boulimie, ça peut être plus subtil, comme l’éviction de certains groupes alimentaires.
Par exemple, je rencontre souvent des sportifs qui évitent les féculents, en disant qu’ils n’ont pas de dépenses énergétiques et que cela ne sert à rien d’en manger. Ils se contentent de protéines et de légumes. Ça, c’est un signal d’alerte. Ce n’est pas normal.
Si vous avez des problèmes de sommeil, si vous tombez malade facilement après un entraînement intense, ce sont des signes qu’il faut prendre en compte. Cela ne veut pas dire qu’il y a forcément quelque chose de grave, mais cela mérite d’être exploré. Dans ces moments-là, il faut se faire accompagner par des professionnels pour comprendre ce qui se passe et ne pas laisser traîner.
Et peut-être ne pas hésiter à demander plusieurs avis. Si, par exemple, on a un médecin de famille qui n’est pas très sensibilisé à ce sujet, cela peut valoir la peine de consulter quelqu’un d’autre. Comme on le disait au début, il y a encore beaucoup de médecins qui ne connaissent pas bien le syndrome Red S. Pour éviter de se retrouver dans une mauvaise direction, il est parfois utile de consulter plusieurs experts pour être sûr.
C’est une certitude. Il faut demander plusieurs avis, même si vous avez confiance en votre médecin. Si, au fond de vous, vous pensez qu’il y a autre chose à explorer, cherchez la personne qui pourra vous orienter correctement. Cela peut être un médecin du sport, et s’il ne connaît pas le RED-S, il pourra peut-être vous recommander un autre professionnel de santé. Ça peut aussi être un diététicien, ou quelqu’un spécialisé en micronutrition. Certains gynécologues sont aussi bien informés dans ce domaine. Si vous sentez qu’il y a quelque chose de plus à investiguer, n’hésitez pas à creuser plus loin.
Merci beaucoup. On va conclure avec ce message : faites attention aux moindres signes et n’hésitez pas à prendre plusieurs avis. Merci beaucoup Alice pour ton témoignage, j’espère que cela pourra aider des femmes. Il est vraiment important de parler de ce syndrome RED-S. Merci à toutes et à bientôt !
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