Sport et TCA : quand l’alimentation devient une prison!

Quand le sport et l’alimentation ne sont pas à leur juste place et nous coupent de nous-mêmes, on peut rapidement s’enfermer dans la prison dorée d’un trouble du comportement alimentaire (TCA). C’est ce que je vous propose de découvrir dans cet article en découvrant les histoires de Manon, cycliste, et Jeanne, nageuse en eau libre.
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Le sport et les TCA aiment se mettre en couple
Depuis quelques années, de plus en plus de femmes sportives viennent vers moi au sujet du rapport complexe qu’elles entretiennent avec leur poids et avec leur alimentation.
Même si ce que vivent ces femmes est loin des stéréotypes véhiculés par les médias autour de l’anorexie et de la boulimie, elles sont néanmoins touchées par ce que l’on nomme des troubles du comportement alimentaire (TCA).
C’est une problématique dans laquelle le sport joue fréquemment un rôle important, mais ce rôle n’est pas toujours le même. Je vous propose de découvrir l’univers des troubles du comportement alimentaire dans le sport au travers de deux histoires, celles de Manon et de Jeanne.
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Manon: maigrir pour rouler plus vite
Manon a 25 ans. Elle pratique le cyclisme à haut niveau. L’année dernière, elle a décidé, pour être plus performante, de perdre du poids.
Un environnement favorable
Elle avait souvent entendu que plus on était légère à vélo, meilleure on était, surtout en montée. Son entraîneur l’avait à plusieurs reprises encouragée dans ce sens, et lors de ses stages sportifs, elle avait observé les prises alimentaires des autres filles et s’était rendue compte que nombreuses étaient celles qui mangeaient moins qu’elle.

Le constat d’une amélioration des performances
Elle a réussi à perdre 4 kilos et, effectivement, ses résultats à vélo se sont améliorés. Bien sûr, elle a attribué cette amélioration au fait qu’elle était plus légère, ce qui l’a encouragée à poursuivre dans la voie du contrôle alimentaire et de la restriction. La recherche du toujours « plus » Petit à petit, elle s’est mise à se peser tous les jours, à s’interdire certains aliments, et à compter ses calories à l’aide d’une application. Pour elle, tout allait parfaitement bien.
L’apparition des répercussions négatives
Au bout de quelques mois, elle a commencé à se sentir régulièrement fatiguée, et ses relations avec sa colocataire sont devenues difficiles du fait de son irritabilité. Les sorties entre amis se sont faites de plus en plus rares, parce que Manon ne voulait pas enfreindre ses règles alimentaires, selon lesquelles il était interdit de manger des aliments « caloriques », comme une pizza, des frites, ou un dessert à base de chocolat ou de crème glacée. Les dernières fois où elle avait réussi à s’autoriser un « écart », elle avait ressenti une telle culpabilité que cela l’avait peu à peu dissuadée de recommencer.
Ce sont les répercussions sur sa vie sociale et sur l’ambiance dans sa colocation qui l’ont amenée à prendre rendez-vous avec moi.

La demande d’accompagnement : « sortir de prison mais y rester quand même »
L’expression de sa demande était pleine d’ambivalence, puisqu’elle pouvait se résumer de la sorte : « Je me rends bien compte que certains de mes comportements alimentaires sont problématiques, en particulier pour les autres, mais je n’arrive pas à y renoncer parce que j’ai trop peur de reprendre le poids que j’ai perdu et de devenir moins forte à vélo. »

Jeanne: nager pour compenser les excès
Une blessure qui affecte fortement le moral
Jeanne a 45 ans. Elle pratique la natation en eau libre en compétition depuis de nombreuses années et vient vers moi suite à une rupture des ligaments croisés survenue lors de ses vacances de ski quelques mois auparavant. Elle fait de la kiné et attend impatiemment son rendez-vous avec un chirurgien. Elle a la sensation que depuis cette blessure, rien ne va plus. Elle se sent triste, sans envie, et sans énergie. La seule chose qui lui fait du bien, c’est le chant.
L’absence de plaisir dans la pratique sportive
Elle continue de nager de manière adaptée 1 fois par semaine et sur des distances bien plus courtes qu’avant mais quand elle me parle de ces séances, je ne perçois aucun plaisir. Elle me dit par exemple : « Je me sens vite essoufflée, je suis frustrée de ne pas pouvoir faire tout ce que je veux, mais il faut bien que je fasse au moins ça. » Ce « il faut » m’interpelle, et je le garde en tête au cours des séances suivantes. Je me dis qu’il a peut-être également un lien avec le fait que la blessure de Jeanne affecte tant son moral.

La peur de grossir
Lors d’un échange, quelques semaines plus tard, elle dit : « C’est vrai que consacrer beaucoup plus de temps au chant me ferait vraiment du bien, mais il faut quand même que je continue de nager, sinon ça va être la catastrophe. » Je lui demande de m’expliquer ce qu’elle entend par « catastrophe », et elle me répond : « Mais je vais grossir. Je vais prendre au moins 10 kilos, c’est sûr ! ».
Je la sens effectivement terrifiée à cette idée puisqu’elle fond en larmes, et je décide de creuser la question. Je lui explique qu’à priori il n’y aucune raison pour qu’elle prenne 10 kilos si elle ne nage plus puisque l’organisme se régule de lui-même et que si sa dépense calorique diminue, l’appétit diminuera également, même s’il y a parfois un petit temps de décalage. J’ajoute qu’au vu de ces éléments, je ne comprends pas sa peur si forte.
Une lutte de longue date avec son poids
Enfin elle trouve le courage de parler vraiment et de lever le voile sur toutes ses difficultés en rapport avec son poids et l’alimentation. Elle se bat contre son corps depuis ses 16 ans, a fait des dizaines de régimes, vu toutes sortes de diététiciennes et médecins nutritionnistes. Toutes ces démarches l’ont amenée à faire du yoyo sans arrêt, discipline qu’elle maîtrise désormais à merveille. A chaque fois, elle a repris plus de poids qu’elle n’en avait perdu. Et petit à petit, elle s’est rapprochée de la barre des 100 kilos.
J’aimerais comprendre ce qui coince. Je lui demande alors de me parler d’elle, de son rapport à l’alimentation, de sa manière de manger, de ce qu’elle aime. Petit à petit les choses s’éclairent. Elle mange de manière très équilibrée toute la semaine. En revanche, le week-end est synonyme de convivialité, une convivialité qu’elle partage autour des repas. Elle aime que la nourriture soit riche, qu’il y en ait beaucoup, et qu’elle n’ait pas à se limiter. Elle se dit très gourmande et me raconte que dans sa famille, il y a toujours eu de grands rassemblements joyeux lors des repas le week-end.

Une peur de grossir qui prend du sens
Finalement, elle me confie : « C’est la première fois que j’en parle. Jamais je n’avais réalisé à ce point le rôle de la convivialité dans mes excès alimentaires. Personne ne m’avait questionnée à propos de ma manière de manger, et de ce que j’aimais. ».
Le sport comme une béquille pour maîtriser son poids
Bien entendu, la natation est pour Jeanne un moyen de garder l’équilibre et de compenser ses excès du week-end. C’est pour cela que pour elle, il « faut » nager, même si au fond, elle sent que ce dont elle a le plus envie, c’est de chanter.
Sport et perte de poids: un lien à double sens
Ces deux exemples montrent que le lien entre pratique sportive et trouble du comportement alimentaire peut être de deux types : la perte de poids au service de la performance, ou la pratique sportive au service de la perte de poids.
Dans les deux cas, on se coupe de soi-même, d’une manière ou d’une autre. On en vient à nier nos besoins physiologiques, et/ou nos envies véritables. Sport et alimentation peuvent tous deux devenir petit à petit des prisons, des cages dorées, dans lesquelles on se sent enfermées. On y ressent de de la culpabilité et un fort besoin de se contrôler. Mais on s’y sent aussi rassurée, et parfois valorisée. C’est ce qui fait qu’il est si difficile d’en sortir seule, même si la porte n’est pas fermée à clé, et qu’il suffirait de la pousser, pour pouvoir retrouver sa liberté.
Si l’histoire de Manon ou de Jeanne vous a parlé, n’hésitez pas à consulter 😉

