Quand la faible estime de soi entrave la pratique sportive

Mise à jour le 02/10/2024
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« J’ai envie de faire de la randonnée à vélo mais je suis trop nulle », « j’aime beaucoup la course à pied mais je ne suis pas bonne », « l’escalade me tente bien mais j’ai l’air d’un pantin désarticulé ». Lorsque son discours intérieur repose en permanence sur le fait de pas être assez… bien/ douée/ compétente/ performante/ etc., c’est un signe de faible estime de soi. Dans cet article, nous allons voir une question-clé à se poser afin d’améliorer son estime de soi.

Laurine Arnould
Laurine Arnould
Laurine est psychologue et créatrice du site Outils Psy. Expatriée en Asie depuis 2016, elle adore les randonnées et de yoga!

Comment s’exprime la faible estime de soi dans le sport ?

L’estime de soi est l’évaluation positive ou négative que l’on fait de sa propre valeur. Lorsque notre discours intérieur repose sur le fait que l’on n’est pas assez bien, cela signifie que l’évaluation que l’on fait de soi est négative et que son estime de soi est faible.

Dans le sport, une faible estime de soi peut s’exprimer par le fait de ne pas oser pratiquer un sport parce qu’on est « trop nulle », à fuir les sports de groupe par peur de tirer le groupe vers le bas, à éviter à tout prix les compétitions qui nous renvoient à notre incapacité à performer, ou à s’excuser en permanence de ne pas parvenir à faire aussi bien que les autres.

Pourquoi est-ce problématique ? La faible estime de soi est source d’un mal-être considérable. D’une part, on s’empêche de faire des activités dont on en a envie parce qu’on n’est « pas assez bien ». D’autre part, plus on s’empêche de faire des choses, plus on risque d’échouer dans ce qu’on fait parce qu’on a trop peu d’opportunité de pratiquer. Et plus notre estime de soi en pâtit. La faible estime de soi est également souvent associée à des problématiques d’anxiété et de dépression.

Qu’est-ce que je veux prouver et à qui ?

En psychologie, l’estime de soi peut être travaillée de plusieurs façons. Il peut être notamment utile de travailler sur le perfectionnisme ou la pression de performance lorsque l’estime de soi est largement liée à une question de performance.

Dans cet article, nous allons voir une question cruciale à se poser, afin de savoir comment améliorer son estime de soi. Tout d’abord, pensez à une situation dans laquelle vous vous êtes dit que vous n’étiez pas assez bonne et que par conséquent ça ne valait pas le coup de vous lancer.

Ensuite, posez-vous la question suivante : qu’est- ce que je veux prouver et à qui ? Il y a deux types de réponses possibles à cette question : soit je veux me prouver quelque chose à moi-même, soit je veux prouver – plus ou moins consciemment – quelque chose à autrui. Par exemple, soit je veux me prouver que je suis capable de courir un semi-marathon car j’en ai toujours rêvé, soit je veux prouver à autrui que je suis capable de faire des choses dont on ne me croit pas capable.

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Lorsque l’on veut (inconsciemment) prouver quelque chose à autrui

Lorsque l’on fait des choses afin de recevoir la validation, la reconnaissance ou l’admiration d’autres personnes, cela signifie que notre estime de soi est largement déterminée par des facteurs externes, c’est-à-dire le jugement d’autrui sur sa propre valeur. La probabilité d’avoir une faible estime de soi est alors élevée car nous n’avons aucun contrôle sur l’évaluation faite par autrui.

Alors certes, si l’on excelle dans ce qu’on fait ou si l’on est une star des réseaux sociaux, on va forcément recevoir toute la validation, la reconnaissance et l’admiration dont on a besoin pour maintenir une estime de soi forte et positive. Mais pour combien de temps ? Et à quel prix ? C’est quand même hyper stressant et pas éternel !

Lorsque l’estime de soi est déterminée par des facteurs externes tels que le jugement d’autrui, c’est source de stress, d’anxiété et possiblement de dépression quand tout s’écroule. De plus, lorsque notre valeur est déterminée par l’évaluation d’autrui, cela conduit à organiser sa vie autour de cette quête de reconnaissance, au point où l’on ne sait parfois plus vraiment ce que l’on veut, ni ce qui importe pour soi. Et tout cela vient alimenter le cercle vicieux d’une estime de soi qui se dégrade.

Que faire ? Lorsque l’on réalise que l’on cherche davantage à prouver quelque chose à autrui plutôt qu’à soi-même, il convient d’opérer un recadrage. D’accord, je veux prouver quelque chose à autrui, mais qu’est-ce que je veux me prouver à moi ? C’est la réponse à cette question qui donnera la confiance en soi nécessaire pour agir en accord avec ses valeurs. Et cela contribuera à améliorer son estime de soi.

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Lorsque l’on veut se prouver quelque chose à soi-même

Lorsque l’on fait des choses en étant motivé par des objectifs personnels, cela signifie que notre estime de soi et largement déterminée par des facteurs internes, c’est-à-dire l’évaluation personnelle de sa propre valeur. Et ça, c’est en notre contrôle. C’est aussi associé avec la probabilité d’avoir une estime de soi plus forte.

Cela ne signifie pas que l’on ne ressent jamais de stress ou d’émotions négatives. C’est normal d’être stressée lors des compétitions, ou de douter de soi de temps en temps lorsque les autres ont un meilleur niveau. Mais ces émotions restent gérables car elles ne menacent pas notre valeur en tant que personne. Il beaucoup plus sain pour la santé mentale d’avoir une estime de soi reposant sur des critères internes.

Lorsque l’on atteint ses propres objectifs, on a la fierté de l’avoir fait pour soi. Si l’on n’atteint pas ses objectifs, c’est l’opportunité de pratiquer diverses compétences telles que l’autocompassion, la révision de ses objectifs ou du plan d’action, ou encore l’acceptation de la situation telle qu’elle est. Cet état d’esprit de croissance est associé à une meilleure estime de soi.

Enfin, lorsque que l’on ne cherche pas à prouver quoique ce soit à autrui, cela signifie que l’on est libre de prendre des décisions alignées avec ses valeurs et avec qui l’on est. Et tout cela alimente le cercle vertueux de l’estime de soi positive.

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Une histoire personnelle

Je pratique le yoga dans un studio qui est reconnu pour proposer des cours à un niveau plutôt avancé. Comme beaucoup de studios de yoga, celui-ci est essentiellement fréquenté par des femmes. Un jour, Kévin débarque dans le studio de yoga. C’est un homme d’une trentaine d’année avec un peu d’embonpoint, non sportif, non flexible, et qui n’a jamais pratiqué le yoga.

Cerise sur le gâteau, il est étranger, maitrise peu la langue locale et ne comprend pas bien les instructions. Le cours de yoga se déroule et le pauvre Kévin est en grosse difficulté. Il fait néanmoins preuve d’autodérision sur sa situation : il était mort de rire lorsque le prof le tenait à l’envers par les pieds lors de son premier (et certainement mémorable) poirier. J’ai ressenti beaucoup de compassion pour lui et je me suis dit : « le pauvre, il est en grosse galère… je pense qu’il doit être super mal à l’aise et qu’il ne reviendra plus ». Six mois plus tard…. Kevin est toujours présent aux cours de yoga chaque semaine !

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Les cours sont toujours difficiles pour lui mais il est présent. Kevin m’a malgré lui enseigné une leçon sur l’estime de soi. Cet homme avait décidé qu’il voulait faire du yoga, afin de préserver sa santé. Il n’était pas là pour faire des postures instagrammables ni impressionner qui que ce soit. Son objectif était clair dès le début : pratiquer le yoga pour rester en forme. Et il avait choisi ce studio car c’était juste à côté de chez lui.

Certes les cours sont difficiles mais il s’en fout, il fait ce qu’il peut et le tout s’inscrit dans son objectif de rester en forme. KEVIN N’A RIEN A PROUVER A PERSONNE D’AUTRE QUE LUI. Il s’affranchit du regard d’autrui. Cela traduit des valeurs fortes chez Kevin : l’ouverture à l’inconfort (physique et psychologique), une grande humilité, du courage, de la persévérance, une volonté d’apprendre tout en respectant ses limites personnelles, etc.

Il fait également preuve d’une grande qualité qu’est l’autodérision. Si l’estime de soi de Kévin étaient essentiellement basée sur l’évaluation d’autrui, il se serait probablement dit « ohlala, je n’y arrive pas, c’est trop dur, je suis nul, je ne reviendrai pas ». Mais comme l’estime de soi de Kevin semble avant tout reposer sur ses propres objectifs et ses valeurs personnelles, il est toujours présent. Ça inspire le respect et l’admiration, non ?

Pour conclure

La prochaine fois que vous vous dites « oh non, je ne veux pas faire ça, je suis trop nulle », demandez-vous ce que vous voulez prouver et à qui ? Si vous réalisez que vous voulez avant tout prouver quelque chose à autrui, vous avez là une super opportunité de recadrer la situation en vous demandant : qu’est-ce que je veux me prouver à moi ? C’est le meilleur moyen de vivre en adéquation avec ses valeurs et ses objectifs, et d’avoir une bonne estime de soi. Mais tout ça, Kevin vous le dirait sûrement bien mieux que moi.