Guide de survie mentale de la sportive blessée

Mise à jour le 11/04/2025
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Vous avez toujours prié secrètement pour que ça n’arrive qu’aux autres. Et jusqu’à présent, vous avez eu l’impression d’avoir été exaucée. Mais cette fois-ci, cela n’a pas suffi. Cette fois-ci, c’est votre tour, vous êtes blessée. Dans cet article, je vous explique comment survivre mentalement à cette épreuve.

Sandra Holtz
Sandra Holtz
Sandra est psychologue du sport. Ce qui la passionne ? Accompagner les sportives pour les aider à trouver et assumer leur propre équilibre. Son fil rouge ? L'alliance entre plaisir et performance.

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Le monde s’écroule, et c’est normal!


Vous avez l’impression que vous n’arriverez jamais à survivre à cette galère,
vous trouvez que c’est absolument injuste que ça vous arrive à vous, et vous vous demandez ce que vous avez fait pour mériter ça ! Et, avouez-le, vous vous racontez encore parfois que ça ne fait pas si mal après tout, que ce n’est peut-être rien, et que vous allez sûrement pouvoir reprendre vos sorties d’ici un ou deux jours.

Vous savez quoi ? C’est NOR-MAL ! Oui, tout simplement normal. Et c’est pour ça que cet article existe : pour essayer de vous donner un coup de pouce dans cette période dont vous vous seriez bien passée ! 😊

Survivre à une blessure, ça s’apprend ! Et vous savez quoi ? Ça vaut le coup ! Parce qu’au bout du chemin, il y a le plaisir immense de pouvoir reprendre son activité préférée sans douleur, mais aussi et surtout, cette fierté toute particulière d’avoir réussi à surmonter un sacré défi, et d’en ressortir bien plus forte, sans même avoir brûlé de calories 😉

Mais avant ça, bien sûr, il y a les étapes moins sympas ! C’est le jeu : si ce n’était pas difficile, on n’en sortirait pas grandie 😊 Donc on s’y colle !

Dans ma pratique de psychologue du sport, j’accompagne très fréquemment des sportives blessées, et ceci, quel que soit leur niveau. Bien sûr, faire face à une blessure est souvent encore plus délicat quand on fait du haut niveau, ou qu’on est professionnelle. Mais même dans une pratique de loisir, une blessure peut être un véritable séisme ! Laissez-moi vous expliquer le processus psychologique inhérent à la traversée d’une blessure, et vous donner des astuces vous en sortir.

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1. Le choc

Bien souvent, les sportives ne viennent pas vers moi tout de suite après la blessure. Pourquoi ? Parce que quand on se blesse sérieusement, au départ, c’est un vrai choc ! Ça nous tombe dessus sans qu’on s’y attende, et on ne veut rien en savoir ! C’est le : « non, non, ce n’est pas possible, ce n’est pas vrai, ça n’a pas pu m’arriver ! ».

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2. Le déni

Un peu plus tard, une fois ce premier choc passé, on veut bien reconnaître qu’on est blessée, mais on espère quand même que ce n’est pas si grave et que ça va passer très vite. On entame un parcours médical dans lequel, parfois, on ne veut (peut) pas accepter le diagnostic, le temps de repos préconisé, ou les solutions thérapeutiques proposées (ex : infiltration, kinésithérapie intensive, opération, …). Alors on multiplie les avis, on cherche le diagnostic le plus favorable, on espère la solution miracle. Forcément, on en ressort déçue !

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3. La colère

Déçue, mais en colère. Et ça, c’est un grand pas en avant ! On passe de : « ce n’est pas possible ! » à « je ne suis pas d’accord ! ». Cette colère, il est fondamental de l’accueillir, de lui faire une place et de la laisser s’exprimer.

Elle fait partie du processus normal, et si on cherche à la contrôler de manière excessive, ou à mettre un couvercle dessus, on risque de freiner le travail psychique qui se déroule en nous.

Donc : autorisez-vous cette colère, cette sensation de frustration, et exprimez-là ! Ça ne veut pas dire passer vos nerfs sur votre entourage ou casser votre vaisselle préférée pour le regretter ensuite. Non, l’idée, c’est justement de ne pas subir vos émotions, mais de les assumer et de les traverser, pour pouvoir ensuite passer à autre chose. « Plus facile à dire qu’à faire » à priori, n’est-ce pas ? C’est notamment pour cela qu’un accompagnement psychologique peut s’avérer pertinent à ce moment-là.

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Lorsque je reçois des sportives coincées dans la colère, je leur propose souvent d’écrire en GRAND sur une feuille de papier et sans se censurer tout ce qui leur passe par la tête, tout ce qu’elles ressentent.

Puis je leur demande si elles ont envie de le lire à voix haute et de le partager avec moi. C’est parfois un moment qui se transforme en franche rigolade. Parce que, oui, ça peut faire du bien de ne pas se contrôler en écrivant, de s’entendre prononcer les mots, et de voir qu’ils peuvent être reçus sans jugement, même quand il y a des insultes et des noms d’oiseaux qui volent !

La suite ? C’est de déchirer, de déchirer en conscience et en tout petits morceaux toutes ces pensées qui prenaient énormément de place. Déchirer, et observer les ressentis. Le retour est souvent : « Je me sens plus légère », « Je me sens déjà un peu mieux », « Ça fait du bien ».

Lorsque je demande alors : « Et maintenant, qu’est-ce que vous auriez le plus envie de faire avec ces petits morceaux : les jeter à la poubelle, les brûler, les jeter dans les toilettes ? », c’est souvent un grand sourire qui se dessine, et la réponse arrive sans hésitation, quelle que soit l’option choisie 😊 Alors on y va, on passe à l’action, en restant connectée à ce que l’on ressent, et l’effet est toujours au rendez-vous : « ça va mieux ! ». Même si ce n’est pas encore le nirvana, bien entendu !

L’exercice est ensuite à refaire tous les jours, sans modération, jusqu’à ce que l’on sente que : « ça y est, c’est bon, c’est évacué ! ».

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4. La négociation

Au moins suffisamment pour que notre psychisme s’ouvre à l’étape suivante, celle de la négociation. En résumé : on s’ouvre à la réalité de la blessure, mais pas totalement. On veut bien, mais « à condition que ». A condition que l’on ait le sentiment de pouvoir reprendre une partie du contrôle sur ce qui nous arrive.

Par exemple, on se dit que si on prend soin de notre sommeil et de notre alimentation, on se remettra plus vite, ou alors on explique à notre kiné qu’on veut bien venir trois fois par semaine, mais à condition que ça nous permette de faire la compétition prévue dans un mois, même si on sait bien que théoriquement, il faudrait compter six semaines d’arrêt. Vous saisissez ? Cette étape nous permet encore d’espérer un peu et de ne pas regarder en face cette réalité trop difficile. Grâce à elle, on va pouvoir progressivement s’habituer à l’idée qu’au final, on ne contrôle rien du tout.

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5. La tristesse

Et quand notre psychisme sera prêt à entrevoir la réalité de sa blessure telle qu’elle est, on va entrer dans ce que l’on appelle une phase dépressive, colorée essentiellement par la tristesse. Une tristesse qui va parfois prendre tout l’espace en nous.A ce stade, les sportives me disent des choses qui ressemblent à ça : « Je ne me reconnais plus. Je n’ai plus d’énergie. Je n’ai plus envie de rien, même plus envie de manger. Je n’arrive pas à me concentrer. » L’entourage voit ça comme une opportunité pour rattraper le retard scolaire, ou de se mettre à jour au niveau du travail. Mais à ce moment-là, ça ne fonctionne pas. J’entends par exemple : « Je sais qu’ils ont raison. J’essaye, mais je n’y arrive pas. Je n’arrive pas à réfléchir. Ma tête est ailleurs. Je me sens vide. »

Comme pour la colère, il est fondamental de ne pas refouler ou mettre de côté ce que l’on ressent. Les boîtes de mouchoirs deviennent alors nos meilleures amies, mais c’est pour la bonne cause ! Et c’est l’occasion de sortir stylos, feutres, crayons, pinceaux, appareils photos, ou autre outil pour mettre en mots, en images, en couleurs, en objets, toutes ces choses que l’on éprouve, aussi désagréables soient-elles.

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6. L’acceptation

Vous l’aurez compris, le principe, quelle que soit l’étape que l’on franchit, c’est de prendre nos émotions comme elles viennent, sans les juger, et de les laisser s’exprimer. C’est cela qui pourra aboutir enfin à la possibilité de l’acceptation sereine de la blessure, et à la mise en place de stratégies adaptées pour optimiser la récupération et garantir une reprise d’activité dans le plaisir !

Sur le plan psychologique, au moment de l’entrée dans la phase d’acceptation, je donne deux conseils absolument essentiels :

  • Le premier conseil, c’est de garder une activité physique adaptée à la blessure, qui ne génère absolument aucune douleur et soit source de plaisir. Au début, il est parfois difficile d’envisager le remplacement du vélo, de la course, ou de l’escalade par des sessions de renforcement musculaire, ou de natation. Ce qui aide, c’est de se dire que même si ce n’est pas l’idéal, on se sentira toujours bien mieux avec un minimum d’activité qu’en ne faisant rien du tout. Et jusqu’à présent, je n’ai jamais connu une seule situation qui empêche totalement de bouger sur une longue durée. Mais il est là aussi parfois important de consulter, pour réussir à envisager des possibilités auxquelles on n’avait pas pensé seule.
  • Le second conseil, et s’il n’y en avait qu’un à retenir de cet article, ce serait celui-ci, c’est de trouver une activité non sportive qui, elle aussi, nous apporte du plaisir. Peinture, dessin, crochet, broderie, coloriage, photo, cuisine, jardinage, bricolage, guitare, écriture, …les possibilités sont infinies. Il faut éventuellement prendre le temps d’expérimenter pour trouver ce que l’on aime le plus.

Je me souviens d’une judokate du Pôle France, passionnée de photo, qui avait profité de sa blessure pour photographier ses camarades lors des entraînements. Elle a ensuite créé son blog pour les diffuser et a fini par exposer ! Une autre a retrouvé sa guitare, s’est remise à prendre des cours, et a finalement composé ses propres chansons.

Faire quelque chose que l’on aime, qui nécessite toute notre attention, c’est se donner la possibilité, ne serait-ce que pour un temps, de ne plus ruminer, de combler le vide laissé par l’absence d’entraînement, de ressentir des émotions positives, de réactiver la sensation de confiance. Toutes ces choses sont précieuses pour pouvoir connecter les ressources qui seront nécessaires pour transformer la catastrophe de la blessure en défi à relever ! 😊

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La touche finale 🙂

Maintenant que le vécu « normal » d’une blessure n’a plus de secret pour vous, vous savez que même si ce n’est pas toujours facile, c’est tout à fait surmontable ! Alors faites-vous confiance et osez vivre vos émotions ! Et si vous sentez que vous restez bloquée à un endroit ou que vous êtes trop déstabilisée, n’hésitez pas : consultez ! Ce sera la preuve que vous avez la force et le courage de faire face à vos difficultés ! 😉