Sport outdoor : pourquoi les femmes se regroupent-elles pour pratiquer?

Face aux freins persistants dans les sports outdoor, de plus en plus de femmes choisissent de pratiquer entre elles. Ces collectifs non-mixtes redéfinissent les codes de la pratique en plaçant la sécurité, la solidarité et la confiance au cœur de l’expérience sportive. Insécurité, sexisme, approche différente de la compétition…autant de raisons pour les femmes de se rassembler pour pratiquer leur sport préféré, en mixité choisie. Adeptes du trail, de cyclisme ou encore de ski alpin tirent ainsi des bénéfices de ce mode de fonctionnement.
« En sécurité et sans jugements »
Dans la Manche, à Cherbourg, Aurore Maurin et Dorothée Mauduit ont créé Meuf in trail fin 2025. « L’idée du collectif est venue pendant une rando de quatre jours. Je me suis dit que ce serait sympa de créer un groupe de femmes pour courir, de faire du trail entre filles, avec zéro pression. L’objectif était aussi simplement de se rencontrer, car sur les courses, on n’a pas le temps de faire connaissance alors que l’on est déjà peu nombreuses. »
Au départ, aucune fréquence imposée, puis des sorties se sont installées chaque semaine, regroupant une vingtaine de participantes. « On a un groupe WhatsApp sur lequel on échange et s’organise. À terme, le but serait de proposer des groupes de niveaux. Dorothée a aussi mis en place des moments d’échanges dans des cafés autour de thèmes comme raconter des anecdotes en course à pied, des conseils en alimentation ou sur du matériel… »
Les bienfaits qui ressortent le plus de cette pratique non-mixte ? « Un sentiment de courir en sécurité, sans jugement, ce qui revient quand je demande aux filles ce qu’elles retirent de ce groupe, c’est la bienveillance. « Et on s’attend pour faire pipi », ajoute-t-elle. Cela peut sembler anodin. Ça ne l’est pas. « En groupe mixte, on doit aller se cacher, on est gênées et surtout rarement attendues. Là, tout est plus simple et facile.»


Une porte d’entrée dans la pratique
Bienveillance. Le mot revient souvent, si ce n’est toujours, dans la bouche des participantes de collectifs exclusivement féminins. C’est aussi le cas des Girls On Wheels (GOW) à Paris (Île-de-France). Ce collectif de vélo entre femmes et minorités de genre existe depuis une dizaine d’années. Anne-Louise Amanieu, participante depuis huit ans et mappeuse, explique : « Je suis rentrée dans la communauté vélo par ce collectif. Je roule aussi avec des groupes mixtes et pas mal de pratiquantes commencent avec nous et vont ensuite rouler avec des hommes. C’est une vraie porte d’entrée dans la pratique. »
Elle poursuit : « Il y a vraiment une force du collectif. L’idée, c’est de se créer un groupe de confiance et de soutien. On ne laisse tomber personne sur la trace. Puis après, pendant le moment de convivialité à la fin, certaines viennent discuter matos car elles partent en voyage seules après. D’autres ont besoin d’évoquer les types de selles adaptées à la morphologie féminine par exemple. »


Exister dans l’espace public
Face aux critiques sur la non-mixité, elle répond souvent par une comparaison : « Quand une personne ou un homme nous demande pourquoi on roule entre nous, je parle d’un terrain de basket. Si un homme voit des femmes jouer au basket entre elles, cela ne lui viendrait pas à l’esprit de s’imposer dans la partie. Dans le cyclisme, ça questionne davantage car c’est vu comme un sport individuel. Mais l’idée, c’est aussi et surtout de prendre notre place et d’exister dans l’espace public. On en a besoin, car les femmes restent exposées à des remarques, des réflexions ou des moqueries, notamment sur la mécanique. »
Comment soutenir La Sportive Outdoor?
L'une des façons de nous soutenir est de faire vos achats via nos sites partenaires.
L'idée n'est évidemment pas de vous pousser à la consommation: n'achetez que ce dont vous avez besoin mais, lorsque vous le faites, passer par nos liens nous aide car nous touchons ainsi une petite commission sans aucun coût supplémentaire pour vous.
Vous pouvez par exemple en ajouter certains en favoris pour vos prochains achats. Pensez à accepter les cookies de nos partenaires dès l’arrivée sur leur site.
- i-Run: jusqu'à -50% pour les Running Weeks
- Insta360: de (très) grosses promos sur plein de caméras sportives pour les French Deals
- Ekosport: -20% extra sur les nouveautés rando et bivouac
- Intersport: des offres sur la randonnée (notamment)
- Muule: 15% de promo avec le code VIP15
- Compressport: 10% de réduction avec le code WELCOME-COMPRESSPORT-26
- Decathlon: pas mal de bons plans
- Lyophilisé&Co: lyophilisés, nutrition sportive et matos de bivouac
Pour plus de façons de nous soutenir, c'est ici.
En effet, selon un sondage réalisé par l’institut FLASHS pour Materiel-velo.com, de nombreuses femmes renoncent au vélo à cause de comportements sexistes. 41 % déclarent avoir déjà subi des comportements agressifs ou déplacés de la part d’automobilistes, cyclistes ou piétons, et ce chiffre grimpe à 58 % chez les plus jeunes. Certaines évoquent du harcèlement, des filatures ou des agressions. Résultat : 57 % des femmes interrogées ont déjà cessé de pratiquer le vélo.
Selon une autre étude, Kantar pour Krys, réalisée lors du Tour de France Femmes, trois femmes sur quatre privilégient la pratique en groupe pour se sentir plus en sécurité et se protéger du harcèlement.

Un levier d’émancipation durable
Fabienne Gillonnier, enseignante en STAPS et spécialisée sur les questions d’égalité hommes/femmes dans le sport précise « qu’au-delà de l’aspect sécuritaire, la non-mixité, et la réassurance qu’elle procure aux femmes, les amènent à s’autonomiser. »
Avec sa consœur Maud Vanpoulle, elle établit un parallèle avec l’alpinisme, où l’expérience en groupes féminins, comme Lead The Climb, Girls to the top, et Groupe d’Alpinisme Féminin (GAF), montre que ces espaces peuvent favoriser la prise de confiance et encourager le développement de la pratique. L’essor récent de ces collectifs s’accompagne d’ailleurs d’une légère augmentation du nombre de pratiquantes.
Ce constat est également valable selon les chercheuses pour le ski alpin. « Dans ce sens, la présence d’une encadrante peut aussi être pertinente, car le milieu de la montagne reste largement encadré par des hommes et une culture viriliste y demeure ancrée ne permettant pas aux femmes de se sentir à l’aise », ajoute Fabienne Gillonnier. Or, comme dit Aurore Maurin, fondatrice de Meuf in trail, « on voit que quand les conditions sont réunies et que l’environnement est favorable, les femmes osent. » Et ce, peu importe la discipline.
Alors regardez, il existe peut-être des collectifs 100% féminins près de chez vous.

