Raconter l’histoire oubliée des femmes de l’alpinisme avec Stéphanie Agresti

Dans cette interview, j'ai reçu Stéphanie Agresti, co-auteure avec son mari Blaise Agresti du livre "Histoire de l'alpinisme au féminin" aux éditions Glénat, qui met en avant les femmes dans l'histoire de l'alpinisme.
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Résumé
Enseignante et passionnée de montagne, Stéphanie Agresti signe avec son mari Blaise Une histoire de l’alpinisme au féminin, un ouvrage qui rend hommage aux femmes qui ont marqué cette discipline, souvent restées dans l’ombre de leurs homologues masculins.
Dans cet entretien, elle raconte la genèse du livre, le rôle des pionnières et les défis encore présents pour les femmes en montagne aujourd’hui.
Une vie de montagne partagée en famille
Installée aux Houches, dans la vallée de Chamonix, Stéphanie vit entourée de montagnes. Elle y pratique le ski de randonnée, l’escalade et la marche, sans se définir pour autant comme alpiniste.
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« J’aime être dehors, j’aime les activités d’outdoor, mais je touche à tout sans être excellente dans une discipline. »
Son mari, Blaise Agresti, ancien membre du PGHM et guide de haute montagne, lui a fait découvrir les activités plus techniques.
Ensemble, ils partagent cette passion avec leurs enfants : « La montagne est une façon de renforcer nos liens familiaux. C’est propice à se retrouver, à échanger et à partager des moments forts. »
L’envie de sortir les femmes de l’ombre
L’idée du livre est née d’un constat : même à Chamonix, haut lieu de l’alpinisme, peu de gens connaissent les grandes figures féminines de cette histoire.
« On s’est toujours dit qu’il y avait une forme d’injustice. Ces femmes ont marqué l’histoire mais sont restées invisibles. »
Le projet est aussi un hommage personnel : la mère de Blaise, présente en couverture du livre, a gravi un sommet de 7 400 mètres en Afghanistan en 1966, un exploit pour l’époque. En travaillant sur le livre, Stéphanie et Blaise découvrent une multitude de récits oubliés.
« On ne savait pas vers quoi on allait, mais plus on avançait, plus on se disait qu’il fallait absolument le faire. »
Écrire à deux voix
Le couple a coécrit l’ouvrage, composé de chapitres indépendants retraçant les grandes époques de l’alpinisme féminin.
« On a eu nos coups de cœur chacun. Blaise disait qu’il n’aurait pas pu l’écrire sans moi, et moi sans lui non plus. »
Au-delà de la recherche historique, ce travail a aussi nourri leur réflexion sur la place des femmes dans la montagne et dans leur propre couple : « C’était une belle aventure à deux niveaux, littéraire et personnelle. »
Deux siècles d’alpinisme féminin
Le livre retrace les grandes étapes de cette histoire.
La première, celle des pionnières du XIXe siècle, commence avec Marie Paradis, première femme au sommet du Mont-Blanc.
« C’était une activité très masculine, presque guerrière. Ces femmes montaient avec des jupes, des cordes en chanvre et des tenues inadaptées. »
La Première Guerre mondiale marque un tournant : les femmes gagnent en autonomie, dans la société comme en montagne. Elles forment leurs propres cordées et prennent la tête des ascensions.
Les années 70-80 voient l’émergence des grandes expéditions féminines en Himalaya.
« C’est une période où elles veulent montrer qu’elles sont capables, mais où elles paient un lourd tribut. Une femme qui échouait en montagne n’avait aucune indulgence : on lui disait qu’elle n’avait rien à faire là. »
Aujourd’hui encore, la parité est loin d’être acquise, mais les femmes tracent leur propre voie. « Elles ne cherchent plus à ressembler aux hommes. Elles assument leurs choix, leurs styles et leurs valeurs. »
Des figures inspirantes
Parmi toutes les femmes évoquées dans le livre, Stéphanie cite son coup de cœur : Nives Meroi, alpiniste italienne qui a gravi les quatorze 8000 mètres avec son mari Romano Benet.
« Ils l’ont fait sans oxygène, sans porteurs, dans une éthique incroyable. C’est la seule cordée mixte à l’avoir accompli ensemble. Elle le fait par passion, sans chercher la gloire. »
Les obstacles d’hier et d’aujourd’hui
Même si les mentalités évoluent, les femmes font toujours face à des freins : manque de financements, moindre médiatisation, formation encore très masculine.
« En France, certaines questions ne sont pas abordées : la maternité, la physiologie féminine en altitude… Aux États-Unis, c’est plus ouvert. »
Elle insiste sur le rôle que peuvent jouer les hommes : « Souvent, les pionnières ont pu grimper grâce à un père ou un frère qui leur a fait confiance. Les femmes doivent oser, mais les hommes doivent aussi leur laisser la place. »

Une pratique plus introspective
Stéphanie observe aussi une différence de rapport à la montagne :
« Les femmes n’y vont pas pour les mêmes raisons. Le sommet n’est pas toujours le plus important. Elles cherchent la connaissance de soi, la spiritualité, le cheminement. »
Elle souligne également la force du collectif : « Le côté groupe, le fait d’être ensemble, compte beaucoup dans la réussite des projets féminins. »
Oser la montagne
Pour que l’alpinisme féminin continue de gagner en visibilité, Stéphanie en est convaincue : il faut encourager les femmes à franchir le pas.
« La montagne a mille facettes. Il faut croire que c’est possible, apprendre, se former, s’entourer. »
Et d’ajouter un dernier conseil :
« Il faut croire en ses rêves. Peu importe le domaine, l’important est d’aller au bout de ce qu’on a envie de vivre. Pourquoi pas la montagne, si c’est ce rêve-là qui vous appelle ? »

