Et si on faisait la paix avec nos échecs?

Mise à jour le 04/11/2025
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Si vous avez l’impression que le mot « échec » est un gros mot, que vous pensez qu’il « faudrait » tout réussir tout le temps, alors cet article pourrait vous intéresser 😊

Sandra Holtz
Sandra Holtz
Sandra est psychologue du sport. Ce qui la passionne ? Accompagner les sportives pour les aider à trouver et assumer leur propre équilibre. Son fil rouge ? L'alliance entre plaisir et performance.

Qu’en disent les champions ?

Pour pouvoir réussir, il faut savoir échouer. Au risque de stagner, voire de régresser.

Vous en doutez ? Alors lisez ces mots de Michael Jordan :

« J’ai raté 9000 tirs dans ma carrière. J’ai perdu presque 300 matches. 26 fois, on m’a fait confiance pour prendre le tir de la victoire et j’ai raté. J’ai échoué encore et encore dans ma vie. Et c’est pourquoi j’ai réussi. »

Cette citation est l’une de mes préférées et je la partage sans modération lors de mes consultations !

En préparation mentale, la question du rapport à l’échec est centrale.

Que se passe-t-il quand on refuse d’échouer ?

Vouloir réussir à tout prix et lutter contre les ratés conduit à des contre-performances, à des émotions désagréables, et à une perte de plaisir.

C’est ce qu’illustre l’histoire de Sara, jeune footballeuse de 17 ans.

Lors de notre première téléconsultation, Sara me raconte son parcours de footballeuse : il est évident qu’elle adore ce sport qui est devenu petit à petit une véritable passion. Elle espère d’ailleurs devenir un jour professionnelle.

Joueuse talentueuse dès ses débuts, elle a toujours eu du mal à accepter ses échecs. Depuis quelques mois, cette difficulté s’est amplifiée, à tel point qu’elle ressort de chaque entraînement en se sentant frustrée.

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Elle rumine pendant plusieurs heures toutes les actions qu’elle n’a pas réussies, et s’enferme dans un discours négatif dans lequel elle se raconte qu’elle est nulle, que ce n’est pas de cette façon qu’elle arrivera à se démarquer et à évoluer.

Ça lui mine le moral, d’autant plus que même sur le terrain, son intolérance à l’échec s’accentue : au moindre raté, elle est envahie par des pensées négatives et se crispe.

Son niveau de jeu se dégrade, ce qui accentue encore le dialogue interne négatif, et les émotions désagréables. Sara entre alors dans un cercle vicieux qui lui faire perdre confiance.

Nous commençons par travailler sur les ruminations post-entraînements car ce sont elles qui gênent le plus Sara.

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Comment réduire nos ruminations ?

Je lui propose de tenir un journal de bord à remplir chez elle après chaque entraînement. Elle y note :

  • L’évaluation de son entraînement en termes de satisfaction (note entre 0 et 10). Lorsque je lui demande les notes de satisfaction qu’elle aurait attribué aux trois derniers entraînements, elle me répond : 2, 5, et 4.
  • Les trois choses qui lui ont procuré le plus de satisfaction, que ce soit sur le plan tactique, technique, physique, mental.
  • Le point dont elle est le plus mécontente et qu’elle aimerait faire évoluer en priorité, et au moins une solution d’amélioration à tester lors du prochain entraînement.

Sara a une telle intolérance à l’échec qu’il me semble essentiel d’introduire d’emblée une réflexion autour d’un point d’amélioration. Mettre complètement de côté les ratés génèrerait chez elle trop de frustration.

Nous échangeons autour de la citation de Michael Jordan, afin de lui permettre d’interroger sa représentation de l’échec.

Pour terminer, je l’invite à se donner un temps limite pour remplir le carnet, compris entre 5 et 15 minutes maximum, et je lui propose de passer immédiatement à une autre activité lorsqu’elle a terminé.

L’idée n’est pas qu’elle se mette une nouvelle pression, mais qu’elle observe avec curiosité la manière dont elle vit les choses en expérimentant cette façon de procéder. 

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Comment nos échecs peuvent-ils devenir source de progrès ?

Lors du second rendez-vous, Sara me confie les éléments suivants :

  • Ses notes de satisfaction se situent entre 5 et 7, ce qui constitue déjà une nette amélioration.
  • Elle a la sensation que le journal de bord l’aide à réaliser qu’il y a toujours des éléments positifs, et que c’est elle qui a tendance à se mettre la barre toujours trop haute.
  • Elle aime beaucoup le fait de rechercher des solutions par rapport au point qui lui a posé le plus problème : cela lui permet de se projeter dans une réussite future possible, et de retrouver confiance dans sa capacité à s’améliorer, ce qui renforce sa motivation.

Nous prenons le temps de solidifier les choses et Sara poursuit son journal de bord durant les 15 jours qui suivent. Cela lui permet d’évoluer encore, et ses notes de satisfaction se situent désormais entre 6,5 et 8.

Elle me dit qu’elle a l’impression d’avoir repris le contrôle, et que les ruminations négatives et inutiles ont presque disparu.

Elle a également identifié précisément les points sur lesquels il faut qu’elle travaille pour progresser sur le terrain : prendre le temps d’analyser la situation avant de faire ses choix, et attendre le ballon plutôt que de se précipiter.

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Quels outils pour gérer nos frustrations dans l’action ?

Elle aimerait maintenant améliorer sa capacité à passer plus vite à l’action suivante lorsqu’elle rate quelque chose pendant l’entraînement. Elle a remarqué que souvent, elle reste dans un discours intérieur négatif où elle se dit qu’elle n’aurait pas dû rater, que ce n’est pas acceptable, …

Nous élaborons ensemble une stratégie à tester quand elle est en échec :

  • Soit elle parvient à trouver de suite à trouver une solution et elle la met en place.
  • Soit elle ne trouve pas de solution. Dans ce cas, elle applique une routine pour passer à autre chose :
    • En inspirant profondément, elle monte ses épaules vers ses oreilles pour mettre en tension les trapèzes et aller dans le sens de sa colère. Elle fait une petite pause respiratoire de 3 secondes en maintenant la tension et en se concentrant sur les sensations dans ses muscles. Puis elle souffle fort, relâche les épaules et se dit en même temps : « C’est pas grave, je laisse tomber ».
    • Elle serre ensuite le poing et elle se reconnecte aux images d’un très bon souvenir de réussite pour retrouver la sensation de confiance.

Nous faisons ensemble ces exercices, puis Sara s’imagine capable de les utiliser à l’entraînement.

Je lui conseille ensuite de :

  • Faire sa routine quotidiennement pendant 10 jours pour qu’elle puisse automatiser les exercices.
  • Refaire la visualisation avant chaque entraînement, un peu comme un échauffement mental.

Apprivoiser ses échecs, qu’est-ce que ça change ?

Un mois plus tard, elle a nettement évolué et son niveau de jeu s’est amélioré. Elle a enfin l’impression de réussir à s’exprimer sur le terrain. Son entraîneur lui a fait des retours positifs et a augmenté son temps de jeu lors des matches.

Elle a la preuve que l’échec est constructif lorsqu’on l’accepte et qu’on l’analyse pour en faire une expérience utile qui permet de progresser.

J’espère que cet article vous aidera à changer votre regard sur vos échecs et à vous réconcilier avec eux, pour que votre pratique soit encore plus passionnante !