Mon récit de l’Embrunman : 16 heures pour devenir EmbrunWoman

Mise à jour le 27/04/2026
Arrivée de l'Embrunman

Après avoir partagé ma préparation pour l’Embrunman avec vous, place au moment de vérité ! Plongez au cœur de mon récit de course de l'Embrunman 2025 : une épopée de 16h15 entre le lac d'Embrun, le col de l'Izoard et un marathon riche en émotions pour devenir EmbrunWoman sur ce triathlon XXL mythique.

Candice Baroux
Candice Baroux
Annécienne, Candice est professeur de yoga, globe trotteuse et passionnée de cyclisme depuis qu’elle a fait le tour du monde en tandem en famille à l’âge de 7 ans. Photo: @zag_pictures

Veille de l’Embrunman : logistique et casse-tête nutritionnel

La veille je suis arrivée à Embrun pour :

  • faire une dernière nage dans le lac (spoiler: l’orage a grondé et j’ai appris à dompter les vagues)
  • récupérer mon dossard (le moment solennel) & assister au brief de course (sous la pluie)
  • attendre le dernier moment pour déposer mon vélo au parc de transition (afin de garder ma chaine et cassette le plus propre possible au vu de la météo)

Le soir, je prépare toutes mes affaires (vérifie dix fois que je n’ai rien oublié) et surtout ma nutrition (le casse tête !). J’ai le droit à un sac de ravitaillement personnel en haut du Col de l’Izoard et un sac sur la course à pied. Il faut être stratégique pour le sac qui est monté à l’Izoard, car tout ce qui n’est pas récupéré lors de la course finit à la poubelle. 

Je fais un pari audacieux pour mon ravito en haut du Col: je tente le steak végétal, auquel j’ajoute quelques compotes salées Yana. 

Pour la course à pied, le choix est plus évident, je mets quelques gels et une flasque que je pourrais récupérer à la fin du premier tour de CAP (trois boucles à effectuer). 

Marion (Marion Legrand, championne du monde de duathlon), ma coach qui a fait le déplacement, avec Garance, pour venir m’encourager, m’aide dans le choix difficile de la nutrition sur la course (elle n’a pas vraiment validé le steak végé!). 

J’ai décidé de prendre une sacoche top cadre sur le vélo pour être autonome en ravito même si ça rajoute pas mal de poids!

Dépot du vélo la veille de l'Embrunman au parc de transition avec protection pour la pluie

Le stress monte : 3h50, le début de la plus longue journée

Vendredi 15 août 2025, 3h50 le réveil sonne: la journée tant attendue depuis neuf mois commence enfin. La nuit a été courte (4h47 me dit Garmin), mais pas si pire contenu du stress de la course!

J’avale difficilement un petit déjeuner avant de partir vivre la deuxième plus longue journée sportive de ma vie (#1 à ce jour étant la RAF 300). 

L’émotion et le stress montent quand j’arrive sur le parc de transition. Pour une fois, je suis vraiment en avance, j’ai le temps de préparer mon vélo, d’ordonner mes affaires pour les différentes transitions (même si je ne vise pas des transitions efficaces). 

Je pars m’échauffer dans le plan d’eau; il fait nuit noire. Drôle de sensation que de nager dans l’obscurité. J’en profite pour faire une petite étoile de mer dans l’eau pour me relaxer (petite par le temps car j’avais peur que quelqu’un me voit flotter inerte et crie à la noyade!).

5h45, le départ des femmes approche. Dans 5 min on se jette dans le grand bain. Nous sommes 92 femmes inscrites pour 962 hommes. Les hommes vétérans se joignent aux femmes sur la ligne de départ, qui est 10 minutes avant le départ des hommes. 

Prête pour débuter cette longue journée sur l'Embrunman, 4h30 du mat

Récit de course : mon Embrunman étape par étape

Natation (3,8 km) : Une glisse nocturne en 1h02

5h50 le départ est donné, le public est déjà très présent sur la plage et sur les abords du plan d’eau. Les élites se placent devant nous, je me positionne plutôt sur le devant du peloton de sirènes. 

Je me fais un peu brasser au départ, il fait encore nuit, pas évident de se repérer. Les élites ouvrent le bal devant nous en suivant un kayak qui les guide avec une lumière. J’essaie de me placer dans les pieds d’une nageuse, en ralentissant un poil le rythme, je me cale au chaud dans ses pieds. 

C’est parti pour un tour du plan d’eau (1.9km) sans trop lever la tête. Je fais confiance à ma pilote pour m’emmener à bon port. Je sors de temps en temps la tête de l’eau, le soleil commence à se lever, dévoilant toute la beauté du paysage, mais les bouées sont difficiles à repérer. Je savoure cette glisse qui ne me demande pas trop d’effort. 

Fin du 1er tour, on repart pour un 2eme tour du plan d’eau, mais catastrophe ma pilote perd le nord, et s’arrête ne sachant pas où aller. 

Je passe devant elle pour lui indiquer le chemin. A mon tour de lui proposer une expérience bucolique dans mes pieds. 

J’entends le public nous encourager sur la rive, c’est grisant. 

A un quart du 2ème tour, j’aperçois le kayak ouvreur pour les hommes partis 10 minutes plus tard. Je sais que les hommes nagent forts mais je me dis que si j’arrive à prendre au moins quelques secondes leurs aspirations, ça sera toujours ça de gagné! 

Me voila partie donc dans une ambiance jacuzzi, je réussis à prendre trois « TGV » ! 

Je finis le 2eme tour avec un bon rythme et les 3,8km de natation en 1h02 (1:39min/100m), 17eme femme: bonheur!

Le public est incroyable, je cours jusqu’à mon vélo pour ma transition. J’ai pris le parti de me changer entièrement à chaque transition pour être vraiment confort sur mon vélo et dans la course à pied. 

Hop, j’enlève la combinaison, je met le poncho, saute dans ma cuissard, avale une barre énergétique, enfile mon teeshirt, le casque & les mitaines (c’est moche mais ça sauve un quotidien en cas de chute!). 

6min22 de transition 1, pas si pire !

Sortie de la natation après 3.8km

Vélo (185 km et 4 000 D+) : le Col de l’Izoard et la bataille contre le vent

Dès la sortie du parc de transition, on commence fort avec une côte à 8%. 

Le public est à nouveau là pour nous encourager (ambiance Tour de France), cela me donne des ailes, j’appuie (trop) fort sur les pédales mais clairement le rythme cardiaque monte (bien trop) fort également. 

Le parcours nous emmène d’abord sur la route des Puys au-dessus d’Embrun, on surplombe le lac de Serre Ponçon. A ce moment là, je savoure les couleurs du matin sur le lac & les montagnes. 

1er quart du parcours vélo de l'Embrunman autour du lac de Serre Ponçon

Après une petite boucle de 40km et D+1000m, en guise d’échauffement, on revient aux portes d’Embrun pour commencer la grande boucle en direction du Col de L’Izoard. 

Mentalement, je ne me sens pas en super forme, les jambes semblent répondre moyennement et je me fais doubler en permanence (le problème d’être une bonne nageuse). 

Heureusement, je croise sur la route une partie de mon comité de soutien (Garance, Marion, Fab) avec des pancartes d’encouragement, et sur le vélo (Anne So, Julien) ce qui me met du baume au cœur. 

La reconnaissance du parcours quelques semaines plus tôt me permet de mieux gérer mon effort. Je sais qu’il faut que j’en garde sous le pied pour l’ascension du col de l’Izoard: une longue montée depuis Guillestre de 31km, avec 1560m de dénivelé positif. 

Je continue à me battre avec mon mental, « ok je me fais doubler en permanence, mais en même temps ce sont tous des hommes, avec des beaux vélos » . Dans les sublimes Gorges du Guil que nous remontons, un de ces hommes qui me double est mon ancien coach, Gérald: quelques mots échangés, un visage familier, cela me permet de sortir ma spirale mentale. 

Montée en vélo du col de l'Izoard

Arrivée à Arvieux (pour les fans de Melissa Da Costa, cela doit vous parler), la vraie ascension commence : 10.2km à 10.5% de moyenne. Des amis de mes parents sont là pour me soutenir: prendre le temps de discuter, rigoler, se ravitailler .. et repartir avec le sourire (merci Pierre & AnneSo). 

Le sourire ne restera pas trop longtemps face aux pourcentages exigeants de cette ascension et la chaleur qui commence à se faire sentir. 

Deux kilomètres avant l’arrivée, un instant de répit s’offre à nous avec une courte descente dans les paysages lunaires grandioses de la Casse Déserte

Arrivée au sommet, je retrouve mon fameux sac de ravito personnel et une amie qui travaille sur la course. Je croque dans mon steak végé (spoiler: c’était pas une idée si incroyable que ça), enfile mon coupe vent et attaque la descente sous les encouragements de Sophie. 

Ravito perso en haut du col de l'Izoard

Je prends beaucoup plus de plaisir dans la descente que lors de la reconnaissance du parcours, j’ai enfin compris comment appréhender une courbe et gérer les freins! (Il était temps!). 

Un coucou à une amie, Adeline, sur un rond-point à Briançon et me voila enfin bien dans ma course, laissant le col de l’Izoard derrière moi. 

Prochain challenge mental & physique à venir: le Mur du Pallon (1.7km à 10.4% avec dés le début du 13%). Lors de la reco, j’ai été surprise de ces pourcentages exigeants mais face à une telle difficulté, cela m’a fait marrer. Clairement, le jour J, j’ai beaucoup moins rigolé. 

Heureusement mes parents, Garance & Marion étaient là pour me divertir avec des affiches, m’arroser et me hurler dessus. 

J’ai vraiment subi cette côte; ma coach me dit « t’inquiète, tu vas trouver un second souffle après la côte », je l’attends encore! Une petite pause la tête dans une fontaine pour refroidir le moteur me permet de reprendre un peu du poil de la bête. 

Plongeon tête dans la fontaine à Arvieux dans la montée de l'Izoard en vélo

A partir de ce moment là, la nutrition devient de plus en plus difficile, je me force à manger régulièrement. 

Une belle descente plus tard, on longe un aérodrome, la route est plate mais le vent de face nous colle à 20km/h. Il est courant sur le parcours velo de l’Embrunman que le vent tourne

Bilan: à l’aller dans les Gorges de Guil nous l’avions gentiment de face. Maintenant sur le retour, nous l’avons violemment de face, pas bon pour les jambes ni le moral. 

On finit la grande boucle qui nous ramène à Embrun. Je prends le temps de m’arrêter au dernier ravito pour profiter de ma grande soeur et de mes grands parents qui ont fait le déplacement. Ces moments précieux partagés qui resteront gravés. 

Stop obligatoire également pour m’asperger les pieds d’eau. Malgré le fait que j’ai privilégié de rouler avec mes anciennes chaussures de vélo dans lequel je suis très confort normalement, après plus de huit heures de vélo, j’ai les pieds en feu. 

Je repars avec une grosse flemme de faire la dernière ascension : la côte de Chalvet. 

En soi sur le papier, ce n’est que six kilomètres à 5-6% mais en fin de parcours c’est un supplice. D’autant qu’en arrivant sur Embrun, on croise les coureurs qui ont attaqué (voire prêt à finir) la partie course à pied. 

J’avance doucement, mètre après mètre, pour atteindre le dernier sommet avant une bascule sur Embrun. A ce moment là, je me dis qu’au pire j’ai pas besoin de courir le marathon, je suis déjà très contente d’avoir fini le vélo dans la barrière horaire qui est plutôt stricte. 

Je me rappelle alors que j’ai une nouvelle tenue de course à pied, cela me motive à au moins faire un tour de course à pied (le DNF s’est tenu à peu de chose!). 

L’émotion monte quand j’arrive proche du parc de transition, m’attendant à vivre un moment fort avec le public. Que nenni! J’arrive en même temps que la première féminine, Alanis Siffert, qui est elle, finit sa partie course à pied. 

Bref, je n’ai qu’un marathon de retard! Mentalement c’est pas dingue ! 

Une partie de mon fan club le jour J mes grands parents de 90ans

En plus, dans le brouhaha du public acclamant la 1ère féminine, j’ai loupé les encouragements de ma support crew; mauvais timing !

Après 9h19 de vélo (soit 20km/h de moyenne avec les pauses), je pose enfin mon vélo. Je suis déphasée. Heureusement, Garance & Marion me hurlent derrière le grillage mon emplacement pour faire ma transition. 

Je prends le temps de me changer entièrement et d’enfiler cette fameuse nouvelle tenue. Un bénévole propose de me masser, mes trapèzes en PLS sont ravis de cet instant douceur. Je prends même le temps de faire quelques torsions au sol pour relâcher un peu les tensions dans le dos accumulées sur le vélo. Un petit passage aux toilettes pour m’alléger et me voila partie pour un marathon. 

Une belle transition T2 de 14 min (les pros mettront, eux, moins de deux minutes!). 

T2, recherche de motivation pour courir le marathon

Marathon (42 km) : 3 tours d’Embrun au bout de la nuit

Je me sens requinquée après cette longue transition, à moi le marathon! 

Je suis plutôt sereine sur mes problèmes digestifs après ce passage au WC (et du fait que j’ai supprimé toute fibre pendant une semaine avant la course). Spoiler: la sérénité aura tenu un demi tour de course à pied avec un arrêt forcé dans les buissons. 

Au menu, nous avons trois tours de 14km avec en tout 450m D+. Je trouve un rythme de croisière relativement lent, mais j’essaie de courir tout le long, sauf dans les montées. 

Je retrouve mon comité de soutien le long du parcours, une surprise de mon amie Manon, cela motive à avancer. 

Après le premier tour, cela devient très difficile d’avaler les gels, je décide de ne boire plus que de l’eau avec du sucre dedans. 

L’ambiance dans les rues piétonnes d’Embrun est incroyable, j’apprécie le fait de réaliser trois tours, cela donne des repères. 

Parcours CAP de l'Embrunman, le long de la Durance

Le deuxième tour sera plus lent que le premier tour, le troisième plus lent que le deuxième. Mais peu importe: le corps tient, le mental tient. Je discute avec d’autres coureurs, je tisse des liens au fil des kilomètres avec ces futurs Embrunman & Embrunwoman. 

Pendant le 2eme tour, je croise la voiture balai qui est un mini bus avec les cyclistes qui n’ont pas passé la barrière horaire à temps, la joue collée sur la vitre à nous regarder courir, cela me fend le coeur. 

Je me dis que j’ai de la chance de pouvoir courir ce marathon, je suis bien entourée. A part les arrêts fréquents aux toilettes, tout va bien. 

J’ai l’espoir de finir avant la nuit, mais malheureusement je vois le soleil se coucher. Après l’avoir vu se lever ce matin, je me dis que la journée commence à être longue. Je n’ose pas accélérer, j’ai peur de la crampe. 

Je vois pas mal de coureurs forcé à marcher à cause de crampes, vomis, hypo… plus les kilomètres avancent, plus cela ressemble à la cour des miracles. 

Je finis mon dernier tour en partie avec ma sœur qui n’avait pas prévu de courir ce jour-là mais réalise les 10 derniers kilomètres en Birkenstock. Encore un instant précieux qui restera gravé dans ma mémoire.

Parcours CAP de l'Embrunman, avec la grande soeur en birk

Les derniers kilomètres se feront dans le noir total, les jambes lourdes mais le coeur léger: je suis entrain de finir ce chantier!

Je cours le plus beau sprint de ma vie sur les derniers mètres (moi même surprise de la vitesse et de l’état de mes jambes à ce moment là). 

L’arrivée : finisher après 16h15 d’effort

Après 16h15 d’effort, je passe la ligne d’arrivée et deviens une EmbrunWoman (la 50ème ce jour là). 

Je m’écroule en larmes, je l’ai fait! 

Le speaker demande au micro un camion de Kleenex pour éponger ce gros chagrin. Il me questionne sur ces larmes, je lui réponds que c’est mon premier Ironman. Il me corrige, je viens de faire l’Embruman, bien plus difficile qu’un Ironman. Il me demande quand sera mon prochain. Je réponds en faisant une croix avec mes bras « plus jamais ». 

La médaille au cou, mon corps réalise que l’effort est terminé, les muscles se tétanisent. Une longue douche chaude & un Doliprane me permettront de dormir comme un bébé. 

Il me faudra du temps pour réaliser ce que j’ai accompli cette journée du 15 aout 2025. 

Photo de finisher avec ma coach Marion Legrand

En m’inscrivant à ce challenge, je pensais vivre une aventure intérieure, avec moi même, une sorte de voyage spirituel. Au final, j’ai vécu quelque chose de bien plus grand: une aventure humaine avec mon entourage. Alors merci à tous ceux qui ont été là le Jour J que ce soit sur le parcours ou en pensée, ces instants resteront gravés. 

Deux mois plus tard, je me dis que peut-être il ne faut jamais dire jamais … histoire à suivre!