Récit de course – Triathlon de l’Alpe d’Huez L et ses 21 virages mythiques

Mise à jour le 28/04/2025
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Après une année précédente consacrée au vélo avec ma première Étape du Tour, j'avais envie de renouer avec le triathlon. Je cherchais un bel objectif pour continuer la progressivité dans mes défis sportifs d’année en année. Mon ancien coach me glisse à l’oreille qu’avec le triathlon de l’Alpe d'Huez dans sa version longue (format L), je pourrais trouver chaussure à mon pied....Voici mon récit de course!

Candice Baroux
Candice Baroux
Annécienne depuis 3 ans, Candice est professeur de yoga, globe trotteuse et passionnée de cyclisme depuis qu’elle a fait le tour du monde en tandem en famille à l’âge de 7 ans. Photo: @zag_pictures

Pourquoi s’inscrire à ce triathlon aussi long ? 

Sur le site du triathlon, la description de la course me laisse rêveuse: “Le Triathlon de l’Alpe d’Huez L vous donne l’opportunité d’écrire votre propre légende. Face à la montagne, votre humilité et votre force mentale seront vos meilleurs atouts.”

Dès l’ouverture des inscriptions, je m’empare de mon dossard, l’étape la plus facile de ce challenge. Il me reste donc de beaux mois avant la date fatidique, pour une prépa aux petits oignons pour finir ce triathlon dans le plaisir. 

Dans la folie des achats de dossard, je m’inscris la même semaine à la RAF 300 qui aura lieu fin juin. L’accent sera donc mis sur le vélo lors de ma prépa, ce qui est plutôt stratégique vu le dénivelé qui m’attend sur le triathlon de l’Alpe. 

Mood d’avant course: j’y vais mais j’ai peur

La préparation avec ma coach Charlène Clavel (championne du monde de triathlon, autant s’entourer des meilleurs ;)) se passe bien. Même si c’est parfois une partie de tetris de réussir à caler mes entraînements entre toutes mes activités. 

Deux mois avant la course, sous une canicule délicieuse, je fais la reconnaissance des 21 virages de l’Alpe d’Huez, histoire de me préparer mentalement à ce sacré chantier (13.9 km, D+1118m, 8% de moyenne). Bilan: c’est réalisable mais il va falloir être en gestion sur le vélo sur les nombreux kilomètres avant la montée de l’Alpe!

Un mois avant la course, je réalise la RAF 300, une longue balade en vélo de 300km avec 6000m D+.

Clairement, je n’avais pas anticipé le fait que seulement quatre semaines entre la RAF et l’Alpe d’Huez, c’est peu pour recharger les batteries mentales et physiques!

Après un petit reset mental, en discutant avec un ami, je retrouve la motivation première de mon inscription à ce challenge: prendre du plaisir. Peu importe le classement, peu importe le chrono. Comme me le rappelle mon ami, dans cinq ans, je ne me rappellerai ni du classement, ni du chrono, mais des sensations et des émotions ressenties sur la course. 

Le mental est boosté mais par contre, niveau physique, on n’est pas sur des conditions optimales

Une semaine avant la course, j’effectue ma dernière séance de fractionné avec des bonnes sensations. Il ne me reste plus qu’à trottiner jusqu’à chez moi et à savourer les bienfaits de cette séance. 

Incident technique sur le retour, je fais un ventriglisse non contrôlé sur le bitume. Pas de racine pour expliquer cette chute, ni de gravier mal rangé, juste un trébuchement, je tricote entre mes pieds et m’amoche genou et mains sur la piste cyclable. Rien de très grave, à part un égo un peu abimé, et la paume des mains bien arrachée. 

Ça sera repos jusqu’à la veille de course jusqu’à mon run de déblocage, avec quelques accélérations pour réveiller le corps. 

A peine cinq minutes de course à pied, encore en plein échauffement, et me voila de nouveau à l’horizontale sur le bitume. Toujours rien au sol qui m’a fait trébucher, juste une immense fatigue qui fait que je n’arrive plus à lever correctement les pieds du sol apparemment. 

Le même jour j’ai un rendez vous chez le kiné pour un suivi hebdomadaire, je lui raconte mes deux chutes. Il paraît inquiet sur mon état physique, questionne le fait que je me lance sur le triathlon le lendemain et surtout me conseille d’être très vigilante sur le vélo. 

Je souhaite de tout coeur me lancer sur ce challenge, même si le corps semble un peu en veille. D’autant que je réalise que le jour du triathlon coïncide avec mon 1er jour de règles!

J’y vais mais j’ai peur. 

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La course: une longue journée pour devenir une légende

Logistique d’avant-course

La veille de la course, je passe récupérer mon dossard au Palais des Sports de l’Alpe d’Huez. J’écoute le brief et surtout je dépose mon sac de transition T2 avec mes affaires de course à pied. 

Je loge dans un van au camping du Plan à Allemond, au pied du Lac du Verney (là où la natation aura lieu le lendemain). 

En effet, il y a une petite logistique à gérer sur ce triathlon puisqu’on part du lac du Verney en vélo après la natation pour finir l’épreuve dans la station de l’Alpe d’Huez avec la course à pied. 

Heureusement, j’ai mon support crew qui me permettra d’alléger la charge mentale et d’éviter de commencer cette longue journée par une descente de l’Alpe en vélo avant de remonter sur le lac pour débuter l’épreuve! 

Étonnamment, la nuit précédent la course a été bonne, je crois que j’ai réussi à vraiment ne pas me mettre de pression sur ce triathlon! 

Je pars donc relativement sereine pour cette belle journée avec au programme: 

  • 2.2km de natation dans le lac 
  • 120km de vélo avec 3200m D+
  • 20km de course à pied avec 355 D+
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La natation: la glisse

Avant de commencer l’épreuve, nous avons évidemment accès au parc à vélo pour préparer une transition de qualité (spoiler: j’ai mis 12 minutes sur mes transitions!). 

On peut aussi aller donner quelques coups de bras pour s’échauffer dans le lac du Verney, où la natation y est interdite tout le reste de l’année. En effet, ce lac appartient à la centrale EDF Hydroélectrique de Grand’Maison, qui interrompt sa production pour permettre le déroulement de l’épreuve. 

Le départ est donné à 9h30 pour tous les triathlètes, sous forme de rolling start. Comme lors d’un marathon, on choisit son SAS de départ en fonction de sa vitesse estimée (élite, rapide, moyen, lent ou quelque chose similaire pour les appellations des SAS), permettant ainsi un départ dans un flux continu. Le chronomètre se déclenche seulement à l’entrée dans l’eau, ce qui évite le mass start (Alleluia!). Je décide de me positionner à la fin du SAS “rapide”, en espérant pouvoir me placer dans les pieds des bons nageurs sans me faire trop bousculer par ceux de derrière. 

Juste avant de me jeter à l’eau, j’aperçois une amie qui m’a fait la surprise de venir m’encourager. Je contrôle la larmichette pour ne pas avoir trop d’eau dans mes lunettes!

On part sur une boucle simple de 2.2km, dans une eau translucide, au pied d’un majestueux cirque montagneux; le décor de rêve pour nager! 

Après quelques tours de bras, je trouve ma cible: un nageur plutôt bon qui a l’air de bien savoir s’orienter. Le bonheur de nager dans ses pieds, la glisse est bonne, le peu du paysage que j’arrive à voir de ma demi-lunette est splendide! 

Au bout d’un kilomètre, c’est la bouée pour annoncer le virage sur deux centres mètres avant de rejoindre la rive. C’est toujours un peu chaotique le passage des bouées; dans cette cohue je perds mon lièvre. 

Sur le chemin du retour, je trouve de “nouveaux pieds”, mais malheureusement ce nageur bat beaucoup trop des jambes, me plongeant dans une ambiance jacuzzi sans visibilité.

Je change de pilote, et trouve un autre nageur qui nage bien mais on repassera pour le sens de l’orientation. Après quelques détours, nous arrivons à bon port: 2.2km en 39 minutes (1:46min/100m), une de mes meilleures natation en ayant pris beaucoup de plaisir. 

J’aurais bien échangé un tour de natation supplémentaire contre moins de kilomètres à vélo!

Ma transition T1 a été plutôt lente, j’ai décidé de me changer entièrement pour être confort sur le vélo, donc pas de trifonction! 7 min pour enlever la combinaison pour enfiler le cuissard et le maillot technique, tout en saluant mes spectateurs qui se divertissent du spectacle!

Le vélo: l’émotion

C’est parti pour une longue balade en vélo de 120km et 3200m de D+. Les paysages sont superbes avec très peu de trafic sur la route. Après environ 25 km de descente pour nous mettre en jambe et réaliser qu’on est maintenant sur le vélo, le vrai échauffement commence avec le Col de la Morte (15 km à 6,5%). Les jambes ne sont pas au top de leur forme, je décide de monter à un rythme tranquille. 

Deux autres ascensions se succèdent: Col de Malissol (2,4km à 8,5%) qui se monte plutôt bien et le Col d’Ormon (14,4km à 4%), avec les derniers kilomètres qui sont exigeants. 

Je prends tout de même du plaisir de rouler seule dans les montagnes

Dernière montée et pas des moindres: la mythique ascension des 21 virages de l’Alpe d’Huez (13,9km à 8%). 

L’enjeu principal du vélo consiste à atteindre le pied de l’ascension avec suffisamment de force et d’énergie pour grimper ce col et pouvoir enchaîner sur la course à pied avec un semi-marathon en altitude. 

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Dès le premier kilomètre, on commence avec une pente à 9%, suivie du deuxième kilomètre à 10%, ajouté à cela une douce canicule: une cuisson à point! 

Je me concentre sur un virage à la fois; boire une gorgée d’eau à chaque virage et me répéter que les pourcentages les plus durs sont derrière moi. 

Entre le virage 7 et 6, une Fan Zone a été mise en place pour les spectateurs qui peuvent arriver avec le télécabine depuis l’Alpe. A cet instant là, traverser une foule qui acclame ton nom, écrit sur le dossard, me donne des ailes. Je me sens comme Pogacar lors du Tour de France (la vitesse et les watts en moins!). Je verse quelques larmes d’émotions. 

Le dernier kilomètre, je sens que l’émotion monte davantage: la partie vélo se termine, je l’ai fait! 

6h23 plus tard, j’arrive à l’Alpe d’Huez. 

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Dès que je descends de mon vélo, je sens que ça va être compliqué de courir avec un estomac qui fait des siennes. 

Une transition T2 tout aussi lente que la première pour me changer totalement pour être à l’aise sur la course à pied. Je garde mes mitaines de vélo pour courir, pour prévenir d’un troisième ventriglisse! 

La course à pied: la souffrance 

Je savais d’avance que la partie course à pied allait être un challenge: sauver les meubles avec des jambes lourdes, l’altitude qui se fait sentir sur le cardio et un 1er jour de règle. 

20 km avec 355m D+ qui se divise en trois tours. 

Outre les montées difficiles à encaisser sur ce parcours, une difficulté supplémentaire s’ajoute avec la descente de l’Altiport (le trafic aérien est suspendu pendant la course!). Après avoir atteint le sommet du Col de Sarenne, on descend une longue ligne droite de 440 mètres surplombant la vallée, avec une pente moyenne de 15.5%; parfaite pour finir d’user les quadriceps. 

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La descente de l’Altiport, c’est un peu comme l’inscription au Triathlon de l’Alpe d’Huez, il faut laisser parler l’instinct, laisser son corps et son cœur prendre de la vitesse, laisser les doutes de côté.” nous annonce l’organisation sur Facebook. 

Sur le premier tour, alors que je marchais dans la montée, je commence à discuter avec un autre coureur qui marchait également. Après quelques mots échangés, nous décidons de nous soutenir et de finir la course ensemble. 

Sur le deuxième tour, je suis contrainte de perdre mon co-équipier pour un stop de toute urgence aux toilettes sur le parcours. Je vous passe les détails mais la coupe menstruelle était pleine, les tripes tordues en quatre. Pas facile d’être une femme triathlète! 

Au départ du 3ème tour, je retrouve avec joie mon compatriote de douleur, il n’arrivait plus à avancer sans mon caquetage. 

Nous continuons ensemble ce dernier tour en courant quand on le pouvait, et en marchant en montée. Autour de nous, cela commence à ressembler à la cour des miracles entre des coureurs qui clopinent à cause de crampes dans les jambes, ceux qui vomissent sur le bas-côté ou commencent à manquer de lucidité. Le triathlon, c’est vraiment un sport sexy!

Tant bien que mal, nous franchissons ensemble la ligne d’arrivée après 2h25 de course à pied. 

Un flot d’émotions m’envahit: 9h41 de course (9eme de ma catégorie, F35-39), je deviens “une légende” (enfin c’est ce qui est écrit sur le site du triathlon de l’Alpe d’Huez! :-P). 

Voilà ma motivation première à faire ce genre de challenge: vivre des émotions aussi belles et intenses pendant la course et sur la ligne d’arrivée; partager un instant de vie avec des inconnus mais aussi mes proches présents le jour J. 

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L’heure du bilan post course

Mon ancien coach m’avait très bien conseillé sur ce choix du triathlon. C’était dur mais j’ai vraiment apprécié ce challenge:

  • le privilège de nager dans l’eau cristalline du lac du Verney
  • le superbe parcours en vélo
  • l’organisation au top avec des ravitos de qualité, des bénévoles présents en nombre assurant la sécurité et la signalisation; et des toilettes sur le parcours (!)
  • une ambiance de folie dans la Fan Zone et sur la ligne d’arrivée
  • de nombreux goodies que ce soit le sac à dos offert ou la médaille de finisher avec possibilité de graver notre temps de course

Rien à redire sur ce triathlon, c’est une course qui restera gravée dans ma mémoire (et dans mon corps!)

Ce challenge me conforte dans l’idée que j’aime les longs formats: la graine de l’Ironman est semée. Histoire à suivre …