Récit de mon 1er Ultra à vélo – La Race Across France (RAF) 300

Mise à jour le 08/10/2024
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Au mois de juin, j’ai accompli mon premier ultra à vélo de route: la Race Across France (RAF) 300. Je vous emmène avec moi à bord de cette aventure entre Malaucène et Mandelieu la Napoule, une balade à vélo de 300 km et 6 000m de dénivelé positif.

Candice Baroux
Candice Baroux
Annécienne depuis 3 ans, Candice est professeur de yoga, globe trotteuse et passionnée de cyclisme depuis qu’elle a fait le tour du monde en tandem en famille à l’âge de 7 ans. Photo: @zag_pictures

L’interview de Candice en vidéo

Ecouter l’interview en podcast

Pourquoi la RAF 300?

L’idée me trottait déjà en tête depuis quelques temps: m’inscrire à ma 1ère course ultra à vélo de route. L’année dernière, un ami avait fini la RAF 1000 et j’étais curieuse d’en savoir plus sur cette course. RAF pour Race Accross France: traverser la France par la force unique de ses jambes, l’idée m’a séduite.

Cependant, la gestion de la fatigue et surtout des nuits sur un ultra me faisait peur. Je me suis donc « contentée » de signer pour une distance me paraissant plus accessible et ne demandant pas de passer une nuit complète sur le vélo.

En Novembre dernier, les dés sont lancés : dans quelques mois, je m’élancerai sur cette course partant de Malaucène au pied du Mont Ventoux et se terminant à Mandelieu la Napoule près de Cannes, soit 300 km et 6 000 de dénivelé positif, à réaliser en moins de 24h. Il n’y a plus qu’à se préparer, à encaisser de nombreuses heures sur la selle et avaler du dénivelé.

La vraie réponse au pourquoi? Je ne la connais pas encore au moment de m’inscrire à cette course. Tester mes limites, voir comment mon corps réagit après autant de kilomètres, observer comment le mental se comporte face à la difficulté… autant de pistes auxquelles j’aurai le temps de songer pendant 300 km.

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Carte de la RAF 2024 – Crédit Race Across France

Quelle préparation pour un ultra à vélo?

Concernant la préparation, j’ai réellement commencé à partir d’un stage de cyclisme féminin aux Terrasses du Lac en Lozère fin mars 2024. Une préparation de trois mois, ce qui parait un peu court même si en réalité, j’avais quand même réalisé de nombreuses sorties depuis janvier.

J’ai décidé de me faire coacher par une triathlète professionnelle (je préparais également un triathlon XL dans la foulée de la RAF). Je trouve cela plus rassurant d’être coachée (notamment concernant la progressivité dans les séances) et cela enlève également une bonne charge mentale de ne pas avoir à penser à l’organisation de son entraînement.

Dans les grandes lignes de ma préparation:

  • j’ai fait de nombreuses séances de fractionné pour travailler mon cardio et trouver plus de puissance dans les cuissots
  • j’ai réalisé de belles sorties, à essayer d’encaisser de nombreuses heures sur la selle avec du dénivelé (notamment Annecy – Embrun, ce qui correspondait en terme de distance et dénivelé à la RAF mais réalisé en deux jours)
  • Deux semaines avant la course, j’ai effectué la reconnaissance du Mont Ventoux par Malaucène pour avoir une idée de la première difficulté de la RAF à faire de nuit. (Spoiler: c’est long 21 km !).

J-1 – Finaliser son set up sur le vélo

La veille de la course, on récupère les dossards, passe au check up point pour s’assurer que l’on a bien tout l’équipement obligatoire (la liste est longue avec notamment deux couvertures de survie, deux lumières arrière, deux chambres à air… il peut s’en passer des choses sur un ultra!).

Il faut savoir que la course se fait en autonomie: il n’y a pas de ravitaillements prévus et en cas d’abandon, c’est à toi de rentrer par tes propres moyens: le ton est donné!

Après de longues hésitations sur le fait d’avoir une sacoche de selle arrière pour avoir notamment un gilet manche longues pour le froid, voila le set up final de mon vélo :

  • une sacoche de guidon où j’ai tout l’électronique notamment la batterie externe pour que mon GPS et portable aient assez de batterie durant toute la course. J’arrive aussi à glisser dedans mon coupe vent manche longues, une paire de gants et un cache cou (jamais trop couvert pour descendre le Ventoux!)
  • une sacoche top cadre avec tous mes ravitos (principalement des barres énergétiques, des dattes & bananes séchés et quelques pastilles d’électrolytes)
  • une petite sacoche de selle avec tout le matériel obligatoire, notamment le kit de crevaison

Le Jour J tant attendu

Réveil de bon matin

Bien évidemment la nuit de sommeil a été presque inexistante entre le mélange stress/adrénaline et la pression du réveil à 2h du matin. Petit déjeuner de fortune pour finir les restes: un bol de riz blanc, un oeuf dur et du beurre de cacahuètes, un vrai non régal!

30 minutes de voiture plus tard, on arrive sur la ligne de départ juste à temps pour que mon amie prenne son départ à 4h du matin: la 1ère à partir. Le départ se fait en roll start avec un départ toutes les 30 secondes.

Départ et ascension du ventoux

Je m’élance à mon tour à 4h47 et 30 secondes dans la nuit noire pour commencer l’ascension du Mont Ventoux. Précieux instant que de pédaler dans la nuit, calme absolu, avec juste les lampiottes arrières des cyclistes qui dansent dans l’obscurité. Rapidement les 1ères lueurs apparaissent, les paysages se dessinent, je me sens en forme et double plusieurs cyclistes. L’ascension se fera assez rapidement, je suis sereine jusqu’à l’avant dernier kilomètre.

Le cauchemar des rafales de vent

Le dernier kilomètre, on change la donne: rafales de vent à 100km/h dans les derniers virages du Mont Ventoux. Je monte au sommet en poussant le vélo et en serrant les dents. J’enfile mon coupe-vent, mange une barre et me demande comment je vais bien pouvoir descendre. J’ai la boule au ventre, je suis terrorisée de chuter en descente.

Un autre cycliste me rassure: passé le Col des Tempêtes (2km plus bas), le vent va se calmer. Je remonte sur le vélo, les mains crispées sur les freins, je tente tant bien que mal de contrôler ma monture, le vent me pousse et je tombe avec les cales au pied. Pas de blessure, juste les chaussures un poil amochées et l’égo un peu abîmé.

Je continue la descente à pied comme mes compagnons de galère. Un peu plus loin, le vent est moins fort, on remonte sur nos vélos et on descend avec prudence. Je mettrais un certain temps à décrisper mes mâchoires et arrêter de trembler.

Le reste de la descente se passe bien, je suis ravie d’échanger quelques mots avec des participants sur ce petit cauchemar que nous venons de vivre.

Le choix de ne pas s’arrêter à la base de vie (erreur!)

A Sault, il y a une base de vie pour les participants de la RAF 2500, 1000 et 500 dont nous pouvons profiter. Même si mes gourdes sont vides, je décide de ne pas m’y arrêter pour ne pas perdre trop de temps (et de m’éviter la montée pour y accéder).

Une décision que je regretterai plus tard : il est autour de 6h30 du matin, tous les villages sont encore endormis et je ne croise pas de cimetières ou de fontaines en chemin.

Ce n’est qu’au bout de 4h de course, que je trouve un petit village où je m’arrête chez des anciens pour me ravitailler en eau, avant de faire un arrêt quelques mètres plus tard dans un café pour un stop espresso / pain au chocolat surgelé!

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Je continue mon chemin, je me sens plutôt bien mais le vent est toujours présent: principalement de face sinon cela serait trop facile. Ce vent ne nous lâchera pas jusqu’à 19h. Sur le plat, on n’avance pas. En montée, on a l’impression de reculer. En descente, avec les rafales, on a la boule au ventre! Mentalement c’est dur de se battre contre un ennemi invisible. Physiquement c’est éprouvant de fournir le double d’effort pour une vitesse de croisière plutôt lente!

Hypoglycémie et pause

Au final on trouve très peu de boulangerie ou de supérette ouvertes sur la route, je ne mange que très peu pendant ces premières heures sur la selle (l’estomac encore noué de la descente et la peur de manquer d’eau je pense). Une erreur qui me coûtera cher.

Je fais ma première vraie pause à 11h, au bout de 6h30 de vélo, je suis en hypo! J’erre dans les rayons d’un Sherpa écoeurée par tous les aliments que je vois. Je jette mon dévolu sur une baguette, du houmous, des abricots & pêches et de l’inévitable Saint Yorre.

Les fruits seront une révélation sur cet ultra, la seule chose qui me fera envie et que je pourrai manger relativement facilement. Après 45 min sur un banc devant le Sherpa à me forcer à manger, tout en discutant avec des villageois qui sont déjà à la bière et qui me demandent pourquoi je fais ça… bonne question, je suis en train de me la poser également.

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Retour en selle

Je passe quelques appels vidéos à mes proches pour me remonter le moral et les informer de mon état de non forme. Un ami cycliste expérimenté en ultra me conseille de ne pas trop m’attarder sur mon banc et de remonter en selle. Je m’exécute: les premiers kilomètres sont lents mais au fur et à mesure j’ai un regain d’énergie.

Les kilomètres passent doucement et les stops se feront de plus en plus fréquents.

13h15, un café enfin ouvert, je retrouve une vingtaine de cyclistes en quête de victuailles. Ça sera un combo explosif pour moi: orangina / espresso et on repart.

15h, je me rapproche des gorges du Verdon où j’ai en tête que je ne vais pas croiser de village pendant quelque temps. Je fais donc une énième pause pour essayer de m’alimenter un peu. Je m’achète un panini aubergine/chèvre dans lequel je n’arriverai qu’à mettre deux crocs. Heureusement, il y a également un supermarché où je peux me ravitailler en Saint-Yorre et en fruits. Au moins je ne serai pas déshydratée, faute de pouvoir manger!

Arrêt forcé

17h30, alors que je m’apprête à commencer l’ascension dans les Gorges du Verdon depuis Aiguines, je reçois un appel de l’organisation m’obligeant à m’arrêter là où je suis. Les rafales de vent sont trop violentes dans les Gorges, un participant s’est fait peur quelques kilomètres plus haut. Je dois arrêter tous les participants qui vont arriver où je suis pour un temps indéfini, jusqu’à ce que le vent s’apaise. Une nouvelle un peu dure pour le moral.

Au fur et à mesure la colonie de vacances sur le bord de route s’agrandit… on prend notre mal en patience. J’essaie de m’alimenter un peu (je croque dans une barre et avale tout rond avec une gorgée d’eau le morceau!), de reprendre des forces pour les kilomètres restants.

Au compteur, j’ai déjà 206km et D+4 425m, je suis déjà fière de moi, je me dis que je ne serais pas contre que la course s’arrête la. Je rêve qu’un mini bus vienne nous chercher pour nous emmener directement à l’arrivée. Clairement, l’idée d’abandonner me trotte en tête.

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Reprise de la course

A 18h50, après 1h30 à me refroidir au bord de la route, on nous informe que la course peut reprendre. Clairement, la motivation me concernant n’est pas au rendez vous. Il nous reste encore près de 100 km et 1500m de D+: la flemme! Mais pas d’autres solutions que d’utiliser mes jambes pour arriver à Mandelieu, il n’y a pas de solution de repli.

Je prends le temps de me rééquiper, et je pars en fin de peloton avec quelques cyclistes qui semblent aussi fatigués que moi. Nous décidons de rouler ensemble et rapidement un pacte tacite se scelle: on finira la course ensemble!

Les Gorges du Verdon au coucher du soleil

La remontée dans les Gorges du Verdon bien que éprouvante est absolument magnifique, d’autant plus avec le coucher de soleil et la douce lumière du soir. Je crois que c’est à partir de ce moment-là que je commence enfin à savourer mon ultra. Le bonheur de rouler en groupe également, de tisser des liens avec des inconnus, de sentir qu’on est maintenant une équipe.

Fin du parcours en nocturne

A 21h15, on arrive enfin dans un village où l’on peut se ravitailler. La gérante de la supérette fait des heures supplémentaires par pitié pour nous, pauvres cyclistes affamés. L’ambiance est à la rigolade pour pallier la fatigue qui se ressent sur les corps endoloris. On se couvre, la nuit arrive, et nous voila partis pour encore quelques heures sur la selle dans le noir.

La fin du parcours concentre le maximum de dénivelé négatif : quel plaisir d’enfin avancer, sans le vent pour nous ralentir. De belles descentes dans le noir, à la seule lueur de nos phares avant et frontales.

Être grisée par la vitesse mais essayer de rester lucide et concentré pour ne pas manquer un virage. Puis se retrouver enfin au pied de la dernière difficulté, le dernier col de la journée. Avaler les derniers kilomètres de dénivelé tel un robot, ne plus sentir ses jambes, le cerveau déposé pour avancer jusqu’à la ligne d’arrivée.

1h37, Mandelieu la Napoule: je suis finisher de la RAF 300, quelle aventure! Mon compteur me donnera près de 314km, 6300 D+, un peu plus de 16h de selle sans les pauses.

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