Laugavegur Trail (Islande) – Mon expérience de trek en autonomie

Mise à jour le 09/02/2026
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S’il y a bien un pays que je rêvais d’arpenter à pied, c’est l’Islande. Terre de feu, de glace et de vent, elle a toujours eu le don de m’émerveiller. En juillet dernier, j’ai enfin posé le pied à Reykjavik, la capitale, avant de me lancer en totale autonomie sur l’un des sentiers les plus mythiques du pays : le Laugavegur trail, plus de 80 kilomètres entre Skógar et Landmannalaugar, à travers des paysages volcaniques à couper le souffle.

Clara Quantin
Clara Quantin
Clara écrit des récits humains et durables, ancrés dans le vivant. À pied, elle traverse de grands espaces à la rencontre de celles et ceux qui cherchent une vie plus simple.

À quoi s’attendre sur le Laugavegur Trail ?

Honnêtement ? Je ne m’attendais pas à une telle expérience. Je savais que ce trek serait beau, intense… mais pas à ce point. Le Laugavegur, prolongé par l’itinéraire entre Skógar et Þórsmörk, m’a littéralement bouleversée. Pendant six jours, j’ai eu l’impression d’évoluer dans un rêve éveillé, au coeur d’un décor en perpétuelle transformation, comme si la nature s’amusait à surprendre à chaque pas, sans jamais se répéter.

Dès les premières heures, j’ai compris qu’il ne s’agirait pas d’une simple randonnée. C’était bien plus que ça : une claque visuelle, sensorielle et émotionnelle. Des montagnes aux couleurs irréelles, des champs de lave figés dans le temps, des glaciers massifs et silencieux, des rivières glacées à traverser pieds nus… et, chaque jour, ce sentiment d’être minuscule face à l’immensité.

La meilleure période pour le trek du Laugavegur

Avec le climat islandais, autant être clair : le choix des dates est assez restreint. La période idéale s’étend de début juillet à fin août. C’est la seule fenêtre durant laquelle l’itinéraire complet est praticable, les refuges et campings ouverts, et les conditions météo relativement plus clémentes — tout est bien sûr à relativiser, on reste en Islande.

Pour vous donner un ordre d’idée, j’ai réalisé ce trek autour du 10 juillet. En journée, les températures oscillaient entre 12 et 15 °C, tandis que la nuit, le thermomètre frôlait parfois les 0 °C. Oui, même en plein été, il faut s’attendre à avoir froid, surtout sous la tente. Prévoir des vêtements chauds et adaptés est donc indispensable.

Faire le trek du Laugavegur avec ses règles (oui, on en parle)

Je vous laisse imaginer ma tête quand, la veille du départ, mes règles ont débarqué sans prévenir… Autant dire que j’ai eu un petit moment de panique. Je m’imaginais déjà devoir gérer six jours de trek avec des protections usagées au fond du sac, sans solution vraiment propre ni pratique.

J’ai cherché des informations un peu partout, sans rien trouver de vraiment rassurant. Alors si vous aussi vous risquez d’avoir vos règles pendant ce trek, j’ai une bonne nouvelle: vous êtes sauvée! Les refuges le long du Laugavegur autorisent le dépôt des protections hygiéniques usagées (tampons, serviettes, etc.) dans leurs poubelles, alors que tous les autres déchets doivent être emportés avec soi.

Quand j’ai découvert ça, j’ai honnêtement eu envie de remercier tous les Islandais pour cette preuve de bon sens et de solidarité. Bref, si jamais vos règles tombent au mauvais moment : respirez. C’est gérable, et vous n’êtes clairement pas la seule à passer par là.

Où planter sa tente pendant le trek du Laugavegur ?

Spoiler : pas n’importe où. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, le bivouac sauvage est interdit le long du Laugavegur, entre Skógar et Landmannalaugar.

Et je l’ai appris un peu tard… La première nuit, j’ai planté ma tente au beau milieu de nulle part, ravie de savourer ma petite solitude islandaise. Mais au réveil, les regards intrigués des autres randonneurs m’ont vite mis la puce à l’oreille. Vérification faite : il est obligatoire de camper dans les zones aménagées autour des refuges.

Évidemment, cela a un coût : comptez environ 15 € par nuit et par personne pour installer ta tente. En contrepartie, vous avez accès aux sanitaires, à de l’eau potable, parfois même à une cuisine abritée… et surtout, vous dormez tranquille, en toute légalité.

Comment se ravitailler sur le trek du Laugavegur ?

Il est tout à fait possible de parcourir le Laugavegur en totale autonomie, en emportant l’ensemble de sa nourriture. C’est l’option que j’ai choisie, car elle offre une grande liberté : celle de décider quand et où manger. En contrepartie, le sac à dos est nettement plus lourd !

Autre solution : se ravitailler directement le long du trek, dans les campings obligatoires. Tous proposent des boissons (sodas et bière faiblement alcoolisée) ainsi que des nouilles chinoises déshydratées. Le choix est très limité, mais l’avantage est de ne pas avoir à se soucier des repas.

Côté eau, aucune inquiétude à avoir. Inutile de transporter de grandes quantités, car de nombreux ruisseaux et rivières jalonnent l’itinéraire. Il est toutefois recommandé d’utiliser une gourde filtrante afin d’éviter toute bactérie susceptible de gâcher l’expérience…

Pourquoi choisir le sens Skógar → Landmannalaugar ?

Oui, ce sens ajoute un peu de dénivelé, mais pour moi, c’est clairement le meilleur choix et je ne le regrette absolument pas. Voilà pourquoi :

  • Dès le premier jour, vous êtes face à des dizaines de cascades, et croyez-moi, vous ne manquerez aucune goutte de leur beauté !
  • Si vous doutez de vos capacités, pas de panique : à la fin du Jour 2, vous pouvez toujours faire une pause et prendre le bus pour avancer un peu plus facilement.
  • Au fil du trek, les couleurs se font de plus en plus vives et variées, offrant des paysages sublimes.
  • Et pour terminer en beauté, vous arrivez à Landmannalaugar : après six jours de marche, vous pouvez enfin profiter des sources chaudes et savourer un petit hot‑dog dans le bus vintage du camping. Un vrai bonheur pour clore cette aventure mémorable !

Topo du trek de Skógar à Landmannalaugar en 6 jours

Jour 1 – De Skógar à Baldvinsskáli

Je commence le trek après une courte nuit. Pourquoi ? Non seulement l’excitation du départ, mais surtout le soleil de minuit… À cette période de l’année, il ne se couche que quelques minutes, ce qui peut facilement perturber le rythme. Mais pas le choix : le bus vient de me déposer à Skógar, et l’aventure commence.

La fatigue s’efface très vite face à tant de beauté. Au pied de la célèbre Skógafoss, immense cascade qui met tout le monde d’accord, une chose est sûre : l’Islande est incroyable.

Le sentier longe ensuite la rivière Skógá et me fait passer devant une vingtaine de cascades, toutes plus spectaculaires les unes que les autres. Le terrain monte progressivement, mais le décor est si impressionnant qu’on en oublierait presque le dénivelé.

Après environ trois heures de marche, je traverse la rivière par un pont en bois et décide de m’arrêter ici pour le déjeuner. Peu à peu, la verdure laisse place à un paysage plus minéral. Je gagne en altitude, le vent se renforce et les températures chutent légèrement.

L’arrivée à Baldvinsskáli se fait dans une ambiance nettement plus alpine : un refuge perché, souvent balayé par le vent, mais parfait pour une première nuit en immersion totale.

Jour 2 – De Baldvinsskáli à Þórsmörk (Skagfjörðsskáli / Básar)

La nuit a été fraîche, et j’ai sorti ma couverture de survie plus vite que prévu. Mon dos me tire à cause du poids du sac, mes jambes sont déjà bien raides… mais je sais que ces sensations finiront par s’estomper, une fois le corps habitué au rythme.

La journée commence par la montée vers le col de Fimmvörðuháls, perché à 1 019 mètres d’altitude. Là-haut, l’ambiance est presque lunaire : d’un côté, les cratères encore visibles de l’éruption de l’Eyjafjallajökull en 2010 ; de l’autre, l’imposante calotte glaciaire du Mýrdalsjökull. Le décor est brut, puissant, totalement hors du temps.

À partir du col, la descente vers Þórsmörk s’amorce… et ne s’arrête presque plus. Le sentier plonge progressivement vers la vallée, traverse d’abord de vastes plateaux — comme celui de Morinsheið — avant d’emprunter une crête, avec un passage sécurisé par des cordes.

Puis, peu à peu, la roche sombre laisse place à la verdure. Le contraste est saisissant : je bascule soudain dans une forêt de bouleaux nains, douce et presque magique après l’aridité du haut plateau.

Quelques kilomètres plus bas, j’atteins enfin le refuge de Básar (Skagfjörðsskáli), niché au coeur de la vallée. Une étape intense et très visuelle, avec l’impression d’avoir traversé plusieurs mondes en une seule journée.

Jour 3 – De Þórsmörk (Skagfjörðsskáli) à Emstrur (Botnar)

Cette étape marque le véritable début du Laugavegur pour ceux qui démarrent depuis Þórsmörk. Je quitte progressivement la verdure de la vallée pour retrouver des paysages plus arides et volcaniques.

La journée commence par un passage de gué, avant que le sentier ne s’élève doucement à travers les collines de Húsadalur, offrant de superbes vues sur les langues glaciaires alentours. Un petit effort pour franchir un col, et me voilà plongé dans une succession de plaines noires, de ponts en bois et de vallées désertiques façonnées par les éléments.

Le contraste est saisissant : la végétation disparaît presque complètement. Le sol, noir et poussiéreux, se teinte parfois de rouge ou d’ocre, et l’horizon s’étend à perte de vue. J’entre pour de bon dans les Hautes Terres islandaises.

Le refuge d’Emstrur (Botnar) se profile enfin au coeur de ce décor presque martien, niché dans une petite vallée abritée. Avant de poser ma tente ou de me reposer, je fais un petit détour de 10 à 15 minutes vers le canyon de Markarfljótsgljúfur : une gorge vertigineuse, sculptée par une rivière d’un bleu profond, qui semble surgir de nulle part.

La fatigue commence à se faire sentir dans tout mon corps. Malgré le froid de la nuit et le vent qui secoue la tente de toutes parts, je m’endors profondément, prête pour la suite de l’aventure.

Jour 4 – D’Emstrur (Botnar) à Álftavatn

La quatrième journée débute par un sentier qui monte doucement, avant de rejoindre la piste sur quelques centaines de mètres. Je contourne le mont Hatfell, une formation volcanique imposante, puis j’atteins un petit col entre les montagnes.

Une fois franchi, le paysage s’ouvre sur un vaste désert noir de cendres et de lave. Le terrain est assez monotone et ouvert, mais la puissance des paysages compense largement cette impression de solitude.

Au fil de la marche, j’arrive à un gué qu’il faut traverser à pied. L’eau est glaciale et le courant vif, mais ça a le mérite de me réveiller ! Un peu plus loin, un autre gué se présente, cette fois équipé d’une passerelle pour faciliter le passage. Une fois ces obstacles franchis, le sentier continue en suivant les contours du terrain, entre pistes et vallons volcaniques.

À Hvanngil, un premier camping apparaît. Il est encore tôt, alors je décide de poursuivre jusqu’à Álftavatn, un lac splendide qui sert de point d’étape. Les tentes s’installent, chacun prépare sa popote, certains se risquent à un plongeon dans le lac glacé, tandis que d’autres préfèrent se réfugier sous leur tente pour se réchauffer.

Une étape paisible, mais où la grandeur du paysage ne laisse aucun doute : l’Islande est toujours aussi spectaculaire.

Jour 5 – D’Álftavatn à Hrafntinnusker

Après une montée relativement douce, je me retrouve au coeur de formations géothermiques impressionnantes : des fumerolles s’échappent de la terre, des sols bouillonnants frémissent sous mes pieds, et les chemins sont recouverts de soufre. Un vrai spectacle naturel, où les teintes chaudes tranchent magnifiquement avec le paysage volcanique environnant. Pas de doute, je suis bien en Islande.

L’arrivée à Hrafntinnusker est saisissante : volcan et sources géothermiques se mêlent pour créer un décor presque surréaliste. Le refuge, niché dans cet environnement unique, est le lieu idéal pour se poser et observer ces merveilles naturelles. Le sol est jonché d’obsidiennes, ces pierres noires et brillantes réputées pour leur pouvoir protecteur.

Et croyez-moi, j’aurais bien eu besoin de cette protection cette nuit-là : le thermomètre a chuté jusqu’à -5°C. Mal équipée pour ce froid intense, je n’ai presque pas dormi et décide de plier ma tente dès 4 heures du matin pour repartir marcher — l’avantage du soleil de minuit ! Une nuit difficile, mais qui rend le trek encore plus inoubliable.

Jour 6 – De Hrafntinnusker à Landmannalaugar

C’est donc à l’aube que je débute la dernière étape de cette incroyable aventure. Après une ultime et courte montée, le sentier plonge doucement vers Landmannalaugar. Le terrain devient plus facile, mais le paysage reste à couper le souffle.

Tout au long du chemin, je traverse des vallées colorées, des rivières et même quelques sources chaudes. L’environnement volcanique m’imprègne totalement et chaque pas laisse une empreinte dans ma mémoire. En approchant de Landmannalaugar, les montagnes aux teintes multicolores viennent clore ce trek de la plus belle des façons.

La descente finale est spectaculaire : lacs scintillants, champs de lave et paysages lunaires se succèdent avant d’arriver au refuge. Là, la récompense est à la hauteur de l’effort : un abri chaleureux, des sources d’eau chaude naturelles et des montagnes aux couleurs éclatantes.

Un lieu magique pour terminer ce trek épique, avec la satisfaction profonde d’avoir parcouru l’un des plus beaux sentiers d’Islande.

Bilan

Le trek de Skógar à Landmannalaugar a été à la hauteur de mes rêves : grandiose, intense et absolument inoubliable. Il m’a offert des paysages incroyables, mais surtout une immense fierté d’avoir relevé ce défi sportif.

Ce premier trek m’a donné envie de repartir, de découvrir d’autres horizons à pied. Depuis, j’ai réalisé la Grande Traversée du Vercors — qui a donné naissance à mon livre Cabanes libres du Vercors — ainsi que la West Highland Way en Écosse, l’automne dernier.

Pour moi, marcher est le meilleur moyen de découvrir un pays : on s’imprègne de chaque paysage, on se perd, on prend le temps, on rencontre des gens et on vit de vraies émotions.

Si vous souhaitez en savoir plus sur ces treks ou échanger des conseils, je serai ravie de vous lire sur Instagram @viréessauvages ou sur mon site vireessauvages.com.