Mon expérience sur le Gravel Sarthe Tour

Mise à jour le 18/08/2025
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Venue en Sarthe la dernière fois pour battre le record féminin de distance sur les 24h du Mans, je n’ai vu que les 4,2km du circuit. Cette fois-ci, pas de chrono. L’idée est de profiter et de découvrir la Sarthe par ses sentiers lors du Gravel Sarthe Tour organisé par Passionné Mans Gravel. 

Nathalie Baillon
Nathalie Baillon
Nathalie est une cycliste ultra basée en Isère. Elle participe à de nombreuses courses de bikepacking mais aime aussi les voyages à vélo plus lents. On la trouve surtout dans les régions montagneuses.

Présentation du Gravel Sarthe Tour

La première édition du Gravel Sarthe Tour a eu lieu le week-end de l’ascension 2025. Quatre circuits de 160 à 590km sont proposés. L’évènement se veut inclusif avec notamment un briefing traduit en langage des signes pour les 17 participants sourds et muets et un parcours en binôme le dimanche pour les malvoyants. J’ai trouvé cela vraiment chouette !

Pour ma part, j’ai bénéficié d’un parcours arrangé de 430km afin de couvrir un maximum de points d’intérêts dans les 2,5 jours de disponibilité dont je disposais, mais les circuits officiels offrent davantage de temps de répit

Ce que j’en ai pensé 

L’organisation était parfaite et la trace superbe, alternant routes et sentiers tranquilles où l’on pédale en toute sécurité tout en nous faisant découvrir le riche patrimoine sarthois. Les ravitaillements étaient généreux et variés, et les bénévoles toujours chaleureux et enjoués, même après de longues journées à nous accueillir. Bref, un événement que je recommande les yeux fermés

Quel vélo pour le Gravel Sarthe Tour?

Je suis partie sur l’événement avec un monster gravel disposant d’une fourche de 100mm et de pneus de 2.2 pouces. Le vélo était clairement suréquipé pour le parcours mais je voulais le tester avant ma participation à la Tour Divide moins de 2 semaines après. Pour avancer plus efficacement, je recommande de partir avec un vélo gravel traditionnel doté de pneus de 38 à 45mm. Même si le terrain est globalement roulant, il y a quelques passages qui secouent un peu plus.

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Départ depuis Téloché

Le départ se fait à Téloché, à la Citadelle des Anges : un ancien four à chaux reconverti en lieu culturel, qui accueille concerts et spectacles sous son dôme. Pour rejoindre ce point de départ original, Passionné Mans Gravel propose une trace d’une vingtaine de kilomètres depuis la gare du Mans. Un joli prélude à l’aventure : jolis sentiers, découvertes architecturales et artistiques, et petites routes de campagne bucoliques.

J’arrive en fin d’après-midi sous un beau soleil. Une fois mon vélo sorti de sa housse et remonté, je pédale jusqu’à Téloché pour récupérer mon tracker et un sac de goodies garni de bons produits locaux. Je préfère ce genre de cadeaux utiles et gourmands à un énième T-shirt trop grand voué à végéter dans un placard. 

Vient ensuite l’heure du briefing, bénévoles et participants se réunissent sous le dôme. Après l’énonciation des règles de sécurité, les bénévoles montent sur scène, débordants d’énergie, galvanisés par un « Thunderstruck » d’AC/DC lancé à plein volume. On applaudit l’équipe en profitant de l’acoustique parfaite de la salle.

Le dîner est servi sous une tonnelle dans une ambiance chaleureuse et décontractée. Un chanteur de variété française anime le repas et, au fil de la soirée, entonne Nathalie de Gilbert Bécaud, un clin d’œil inattendu que je prend comme un hommage involontaire. Le menu est composé de fouées, petits pains régionaux cuits au feu de bois, que chacun garnit à sa guise avec, bien sûr, les incontournables rillettes du Mans, mais aussi d’autres saveurs à découvrir. Un chou à la crème vient clore le repas sur une note sucrée. Rassasiée, je regagne le gîte de la Planche Pinçon pour une bonne nuit de sommeil avant le départ.

Jour 1 – De Téloché à Saint-Léonard-des-Bois

Après un succulent petit déjeuner composé de confitures maison, d’œufs tout frais pondus par les poules du jardin et une belle variété de mets sucrés et salés en compagnie de mon hôte Jacques, je retourne à la Citadelle des Anges où le départ du Gravel Sarthe Tour est lancé à 8h. Je m’élance seule sur mon parcours personnalisé, dans la direction opposée aux participants du 350km. 

Le Château du Lude

Premier point remarquable de l’itinéraire : le château du Lude. D’abord forteresse médiévale, il s’est peu à peu transformé en demeure familiale, habitée sans interruption depuis plus de 250 ans. Chaque façade présente une des différentes époques qu’il a connu.

Je l’aperçois d’abord au loin, derrière un troupeau de vaches paissant paisiblement. Un contraste aussi charmant que surprenant. En me rapprochant, j’admire ses façades sculptées mais il est en partie dissimulé derrière un rempart. Je n’ai malheureusement pas le temps pour une visite de ses jardins. J’achète un casse-croûte et savoure de délicieuses pâtisseries achetées dans une boulangerie artisanale avant de rejoindre la voie verte. 

La Flèche

En traversant la ville, je me remémore mes années passées au Prytanée National Militaire de La Flèche. Les bords du Loir où l’on allait courir, la splendide place Henri IV où l’on buvait des coups… Tout semble inchangé, et pourtant, je redécouvre cette ville au patrimoine architectural remarquable avec un regard neuf. Cependant, je n’aperçois pas de brution, surnom désignant les élèves du Prytanée, reconnaissables à leurs uniformes. Ils sont peut-être rentrés chez eux lors de ce long week-end. 

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Malicorne-sur-Sarthe

Malicorne est le centre majeur de la faïencerie d’art française. La ville est réputée pour sa faïence ajourée et est labellisée ville et métiers d’art. Il est d’ailleurs possible d’y visiter le musée de la faïence et de la céramique pour en apprendre davantage sur son histoire et ses procédés de fabrication. Depuis un jardin public, on aperçoit le moulin à couleurs qui servait aux faïenciers à briser les émaux pour embellir leurs productions. Le cadre est ravissant et le bâtiment, s’il est défraîchi, garde de belles vitres colorées.

Je roule à bon train sur la Vélobuissonnière quand je sens une perte d’adhérence dans mon pneu arrière. Je constate une crevaison lente. Un groupe d’une dizaine de cyclotouristes s’arrête alors pour m’aider. Tandis que les 3 hommes s’attellent au changement de ma chambre à air, je raconte avec amusement aux femmes ma participation à des ultras où je traverse des montagnes isolées en totale autonomie.

Autre anecdote rigolote que j’ai apprise en rentrant: l’usine des célèbres Rustines est implantée dans la région, à Chartre-sur-le-Loir !

La Cité Plantagenêt du Mans

J’atteins le parc du Gué de Maulny où trônent des murs et un cube géant peints par des artistes lors du Festival Plein Champ. Peu après, j’arrive à la cité Plantagenêt, le cœur historique du Mans. Construite entre le 3ème et le 4ème siècle, la vieille ville est ceinte d’une belle muraille gallo-romaine qui l’a protégée pendant de nombreux siècles. Ses maisons à pans de bois nichées dans des dédales de rues pavées servent régulièrement de décor de cinéma.

Malheureusement, plusieurs crevaisons sur le trajet m’ont retardée et je n’ai pas eu le loisir de m’y perdre. J’aperçois tout de même la cathédrale gothique Saint-Julien qui se dresse fièrement au-dessus des bâtiments. Je quitte la ville, agréablement surprise par la facilité de la traverser à vélo.

Je franchis ensuite la Sarthe par un moyen ludique et original : un bac à chaînes situé dans un parc au Nord du Mans. Il suffit de s’installer sur l’embarcation et de tirer sur la chaîne pour se rendre sur l’autre rive. 

Fresnay-sur-Sarthe

Je rejoins Fresnay-sur-Sarthe en soirée. Aux portes des Alpes Mancelles, cette ancienne citée fortifiée invite à la flânerie. Je suis malgré tout étonnée par l’animation qui règne sur la place Thiers où trône une jolie fontaine surmontée d’un lion. Les vestiges du château médiéval dominent la cité depuis leur promontoire rocheux, mais l’accès en est fermé à mon arrivée, je ne m’y attarde donc pas. En quittant la ville par le quartier du Bourgneuf, je longe les anciennes maisons de tisserands, souvenir d’un passé textile prospère qui fit la renommée de Fresnay aux XVIIIe et XIXe siècles.

Saint-Léonard-des-Bois

La nuit est tombée lorsque j’atteins le village de Saint-Léonard-des-Bois, dont les maisons de pierre se devinent à la lueur des lampadaires. Je ne m’arrête pas et grimpe directement à la Maison du Gasseau, où l’équipe m’a gentiment attendue malgré mon arrivée tardive. J’engloutis avec appétit un délicieux dîner à base de produits locaux qui a soigneusement été mis de côté pour moi. Le cadre est magnifique, je suis un peu déçue de ne pas pouvoir en profiter plus longtemps. Je m’installe confortablement dans la chambre et m’accorde une nuit de sommeil bien méritée. Une longue journée m’attend encore le lendemain, avec un peu moins de kilomètres mais davantage de dénivelé.

Jour 2 – De Saint Léonard-des-Bois à Bessé-sur-Braye

Les Alpes Mancelles

Après un petit déjeuner aussi copieux que savoureux à la Maison du Gasseau, je reprends la route, bien reposée, pour entamer le relief vallonné des Alpes Mancelles. Ce décor, inscrit dans un cadre naturel préservé, est riche en biodiversité. Depuis les hauteurs, j’aperçois Saint-Léonard-des-Bois, blotti dans la vallée. 

Adepte du dénivelé, je savoure cette portion du parcours avant d’enfin rattraper d’autres participants au CP3. L’ambiance y est chaleureuse, le ravitaillement généreux, et les bénévoles toujours aussi souriants. Je profite de la pompe à pied mise à disposition pour regonfler mes pneus, bien sous-gonflés après mes péripéties de la veille.

La Forêt de Perseigne

Je plonge ensuite dans la forêt de Perseigne, un écrin de verdure d’un vert éblouissant. S’étendant sur plus de 5000 hectares, elle fait partie du Parc naturel régional Normandie-Maine, labellisé Géoparc UNESCO pour la richesse de son patrimoine naturel et géologique. C’est un terrain de jeu idéal pour les activités de plein air, notamment le vélo. Des larges pistes de gravier roulantes aux single tracks joueurs, il y en a pour tous les goûts. 

J’atteins le Belvédère de Perseigne situé au cœur de la forêt. À une altitude de 340m d’altitude, il constitue le point culminant de la Sarthe. Malheureusement, l’accès à la tour d’observation est fermé aujourd’hui, je ne profiterais pas de son panorama à 360 degrés sur la canopée et les paysages alentours et me contente de contempler les fresques peintes sur l’édifice.

Mamers

Je quitte la forêt et arrive au joli bourg de Mamers sous un soleil de plomb. Je m’accorde une halte bienvenue place Carnot, à l’ombre de la halle aux grains du 19e siècle. Face à moi, le splendide théâtre à l’italienne attire le regard avec son élégante façade.

La Ferté-Bernard

La Ferté-Bernard, fondée en 1025, célèbre cette année un millénaire d’histoire. Cette cité médiévale et Renaissance, surnommée la Venise de l’Ouest, présente un patrimoine riche et préservé. L’église gothique Notre-Dame des Marais trône au centre du village, majestueuse sous tous ses angles. 

Je m’accorde une pause gourmande chez L’Instant Chocolat, une chocolaterie artisanale où je savoure une délicieuse glace pour me rafraîchir des chaleurs estivales. Je quitte ensuite le centre-ville en franchissant le superbe porche de la porte Saint-Julien et contourne le plan d’eau de la Ferté-Bernard où des touristes se prélassent sur la plage.

Le Château de Montmirail

Plus loin, je découvre le château médiéval de Montmirail, dominant la campagne environnante. Le bourg s’organise en spirale autour de la butte sur laquelle il est perché. Derrière ses grilles fleuries, je n’aperçois qu’un fragment du monument, qui laisse toutefois deviner toute sa splendeur.

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Saint-Calais

Porte d’entrée du Perche Sarthois, Saint Calais est une petite ville paisible de style Haussmanien. Je passe d’abord devant l’imposante Halle aux grains richement décorée puis longe les quais de l’Anille d’où j’aperçois l’église Notre Dame. Des petits pavillons de jardin appelés gloriettes bordent la rivière qui alimentait autrefois des tanneries, des moulins et de nombreux lavoirs. La ville est charmante et il est agréable d’y flâner.

Le Château de Courtanvaux

Une pente raide qui se transforme en chemin de terre me mène à l’impressionnant château de Courtanvaux, héritage de la famille de Montesquiou-Fezensac, ancêtres du légendaire mousquetaire d’Artagnan. Niché au cœur d’un vaste parc, ce monument historique au passé riche et à l’architecture éclectique mérite à lui seul une visite approfondie. Une belle excuse pour revenir dans le département ! Je traverse son parc arboré en longeant un lac vert émeraude pour me rendre à la Bessé-sur-Braye, ma halte pour la nuit.

Nuit en dôme à Bessé-sur-Braye

J’installe mes affaires dans un dôme qui me servira de chambre pour la nuit, puis file prendre une douche.  Affamée, je rejoins le restaurant indien de l’établissement, Le Safran. On m’installe d’abord dans une structure identique à celle où je dormirai, partagé avec deux autres tablées particulièrement bruyantes. Le son y résonne fortement et les oreilles bourdonnantes, je demande rapidement à changer de table pour une place en extérieur, plus calme. Le service, visiblement débordé, se fait attendre : il me faudra patienter plus de deux heures avant d’être servie. Heureusement, les plats sont savoureux. 

Côté hébergement, je suis un peu déçue. Je rêvais d’observer les étoiles depuis mon lit, mais la voûte de la bulle est entièrement opaque. Seule une paroi latérale transparente laisse entrevoir l’extérieur, bien loin de l’expérience immersive que j’avais imaginée.

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Jour 3 – De Bessé-sur-Braye à Téloché

La vallée du Loir

Je me lève aux aurores pour entamer ma dernière journée, plus courte que les précédentes car j’ai un un train à prendre en début d’après-midi. L’itinéraire débute le long du Loir, par une voie verte tranquille : une longue ligne droite de gravier parfaitement plate. Il ne me reste qu’une quinzaine de kilomètres avant d’atteindre le CP5, le dernier point de contrôle du parcours. Comme toujours, la table déborde de victuailles, mais je jette mon dévolu sur de délicieuses crêpes maison préparées sur place.

Avant de repartir, je me compose un sandwich à emporter avec un assortiment de rillettes végétariennes faites maison. Le parcours devient vallonné et m’emmène à travers les vignobles, berceau de deux AOC : le Jasnières et le Coteaux-du-Loir.

La forêt de Bercé 

Avant de boucler la boucle, je roule dans la forêt de Bercé, l’un des joyaux naturels de la Sarthe. Classée Forêt d’exception, elle est réputée pour la qualité de ses chênes Jupilles, utilisés notamment pour la tonnellerie. Le domaine est quadrillé de larges routes forestières d’où partent de nombreux sentiers, ce qui en fait un lieu idéal pour la randonnée à pied ou à cheval, le VTT ou encore le gravel

Retour à la Citadelle des Anges 

Je retourne à mon point de départ, quitté deux jours auparavant, par de petites routes secondaires. Je récupère le sac que j’avais pu confier à l’organisation pendant le tour, déguste une crêpe salée et une sucrée avec d’autres participants, et échange quelques mots avec les bénévoles avant de repartir à vélo vers la gare du Mans, heureuse mon week-end de sport, de rencontres et de découvertes. 

Selfie-avec-organisateurs

Ce voyage a été réalisé dans le cadre d’une collaboration commerciale rémunérée avec Sarthe Tourisme. J’ai conservé toute ma liberté d’écriture. Cet article contient des liens d’affiliation.