Carnets de Claire #4 – MCC – UTMB avec la Team Adaptive

Voici le récit de ma course sur le trail MCC (de Martigny-Combes à Chamonix), une des courses de l'UTMB, que j'ai courue au sein de la Team Adaptive.
L’écotrail, début d’un nouveau chapitre
Avant de rentrer au cœur de Chamonix, voici quelques lignes pour raconter ce qui m’a amené à vivre cette fabuleuse aventure.
Le 16 mars 2024 aux alentours de 23h, je termine après 11h35 d’effort mon premier 80 km, l’écotrail de Paris. Je termine cette course en passant la ligne d’arrivée au 1er étage de la tour Eiffel.
Je passe cette ligne d’arrivée transcendée d’émotions, transportée par cette magie que le sport me procure. Pour la 1ère fois de ma vie, je lève mes deux bras en l’air, sans crainte, sans angoisse. Je lève mes deux bras en totale insouciance de ma différence. Une insouciance unique et si puissante que plus aucun maux ne peuvent m’atteindre, plus aucune torture ne peut toucher mon esprit. La magie du sport est plus forte et m’offre une délivrance extraordinaire. Je passe cette ligne d’arrivée dans un état de plénitude totale. Après 11h35 de dépassement de soi, je suis heureuse d’avoir été au bout de cette course mais anxieuse de revenir, après une telle parenthèse de liberté, à la réalité qui me hante.
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Mon mari et mes parents sont est en bas de la tour Eiffel, je monte dans l’ascenseur pour redescendre, j’ai hâte de les retrouver mais m’interroge. Vont-ils saisir l’émotion qui m’envahit ? Vont-ils comprendre la puissance que ce sport m’apporte ? Je me pose cette question jusqu’au moment où je croise leurs regards… Je laisse couler mes larmes en laissant toutes mes questions dans l’ascenseur. Je laisse couler mes larmes de soulagement, mes larmes de souffrances, je les laisse couler dans les bras de ma mère. Des larmes qui doivent sortir sans parole, une sorte d’arrêt sur image dans lequel finalement tout est dit.
Mon père arrive, mes larmes continuent. Mes parents m’ont tellement portée depuis toujours que mon émotion est immense. Je n’ai pas de mot assez fort pour décrire la force qu’ils m’ont transmise. Mon mari arrive, me serre de toutes ses forces, si protecteur et rassurant comme il l’est depuis le 1er jour. Cette émotion est un shoot de bonheur et douceur hors norme. Je rentre apaisée, je m’endors le corps fatigué mais chargé d’endorphine. Je me réveille le lendemain et découvre cette photo de moi les deux bras levés. Pour la première fois de ma vie à 37 ans, je tolère cette image, je tolère regarder le haut de mon corps coupé. Je réussis à regarder cette photo sans m’en sentir malade. J’ai conscience du regard très dur que j’ai sur moi, je travaille dessus et cette photo marque le début d’un nouveau chapitre.
Le besoin d’un nouveau défi sportif
Je tolère cette image mais ne l’accepte pas. J’ai secrètement peur de reprendre mon quotidien, peur de me confronter de nouveau à tous les gestes qui me dérangent, peur de me confronter aux questions, aux regards.. Pour palier à toutes mes craintes, j’ai ce besoin immédiat de replonger mon esprit dans un nouveau challenge sportif, une nouvelle aventure qui me portera et guidera mon quotidien.
Lendemain de mon 80 km, je dis à mon mari : « Chéri, je veux faire des courses en montagne et j’aimerais des bâtons. Je veux m’offrir cette propulsion et cet équilibre qui me manquent. Je veux vivre des sensations comme un athlète à deux bras. »
Je lui demande alors s’il n’a pas une idée pour me bricoler quelque chose.
Il me répond : « Mieux qu’un bricolage, je vais contacter Boris Ghirardi, amputé de la jambe après un accident de moto qui a su s’entourer de pros pour développer une lame de course à pied extraordinaire, il pourra sûrement te mettre en contact avec les bonnes personnes pour développer un bâton adapté».
Je réfléchis un instant et lui réponds : « Ok…osons demander ! »


Rencontre avec Boris Ghirardi
Me voilà en contact avec Boris, un homme d’une gentillesse et bienveillance comme rarement j’ai croisé dans ma vie. Un homme d’un engagement si rare et précieux. Après plusieurs échanges et quelques confidences, Boris saisi rapidement la place que la course à pied a dans ma vie. Un mois plus tard, il me propose d’intégrer sa team adaptive pour participer à la MCC by UTMB, une course de 42 Km reliant Martigny-Combes en Suisse à Chamonix avec 2400 mètres de dénivelé positif.
La Team Adaptive
Qu’est-ce que la team adaptive ? 12 athlètes en situation de handicap illustrant que l’adaptabilité et la résilience ouvrent la voie au dépassement de soi.
Le projet de cette team ? Mettre en avant l’inclusion et la diversité à travers le sport. Prouver que chaque différence transforme l’impossible en possible à force de volonté et mental.
Accepter d’être différente
Littéralement émerveillée par cette proposition, je lui dis sans l’ombre d’une hésitation un GRAND oui ! Je m’embarque alors dans une nouvelle aventure alliant sport & handicap, mes deux plus grands défis permanents… Cet engagement me bouleverse secrètement l’espace de quelques jours. Je me bats depuis petite pour être comme les autres, je me bats pour ne pas être dans la case handicapée et soudainement j’accepte d’intégrer une équipe handisport.
Je retrace mon histoire et réalise que le travail psychologique intense de ces 18 derniers mois, grâce à l’accompagnement sans faille de ma belle-sœur Hélène formée en PNL (Programmation Neuro Linguistique) portent ses fruits. Hélène avec qui j’ai passé de longues heures à analyser et confronter mes plus gros démons. Hélène avec qui j’ai passé de longues heures à remonter le temps pour comprendre mes souffrances et apprivoiser mon corps. Hélène avec qui j’ai construit une nouvelle étape, nouvelle étape qui se concrétise finalement par mon intégration dans cette team adaptive et l’acceptation d’être différente. J’ai toujours été dans un déni profond face au handicap, j’ai toujours voulu être considérée comme mes frères et sœur, comme mes camarades.
Je ne supportais pas l’idée d’être dans la case d’à côté, sûrement pas peur d’être lésée.
A travers les mots de Boris, je comprends instantanément que cette équipe est une opportunité unique de me bousculer et que je dois y aller avec fierté !! Je comprends que cette aventure fait partie intégrante de mon parcours vers l’acceptation de mon corps. Je comprends que je dois accepter de ne pas être comme les autres.
Accepter d’être accompagnée
En participant à cette course en tant que sportive handisport, j’ai la possibilité de me faire accompagner d’un guide / assistant de course.
Je me dis tout de suite : « Non Claire, tu as tes deux jambes, tes deux yeux donc tu peux courir seule, c’est hors sujet de prendre un guide. »
Tiraillée malgré tout par cette option qui se présente à moi, je décide de ne pas me laisser atteindre par cette exigence que je m’inflige gratuitement et m’offre alors l’opportunité d’être accompagnée. Je décide de m’offrir, pour une fois, un confort pratique et logistique pour m’éviter tout agacement dans mes mouvements notamment dans la gestion de mon sac à dos jamais simple à une main.
Arnaud, un ami, super coureur avec une solide expérience en trail accepte avec joie de devenir mon guide. Très heureuse à l’idée de partager cette course avec Arnaud, je ressens systématiquement l’obligation de me justifier d’avoir moi aussi un guide, je ne me sens pas légitime. Ce sentiment me renvoie à cette rigidité que je m’impose depuis toujours. Cette rigidité m’effraie avec une froideur sans nom. Pourquoi une telle exigence ? Je repense à l’esprit si bienveillant de cette team adaptive qui me réconforte et me laisse aller à moi aussi un peu de prise en charge.


Préparation pour la MCC
Je suis euphorique à l’idée de courir ma 1ère course en montagne et démarre ma préparation début juin avec une détermination sans faille. Mon plus grand bonheur sont mes sorties longues du weekend, 3, 4 puis 5 heures. De longues parenthèses seule entre ville et forêts de la banlieue parisienne. De longues parenthèses pendant lesquelles ma différence s’efface pour laisser place à l’apaisement et la sérénité. De longues parenthèses pendant lesquelles ma différence me transmet un puissant mental. J’enchaîne les semaines d’entrainement toujours avec une joie immense d’enfiler mes baskets et partir déconnecter mon esprit. Je cours sourire aux lèvres, soulagée de retrouver ces moments qui m’appartiennent et me rassurent. Jen ai besoin.
Après 8 semaines d’entrainement spécifique, me voilà à J-2 de la course.
L’émotion de l’inclusion
J’arrive, accompagnée de mon mari à Chamonix où nous rencontrons une partie de la team adaptive pour la 1ère fois. Julien et Travis amputés tibial, Pol né avec une hémiparésie, Vasu amputé de la jambe droite sans possibilité d’être appareillé et qui va courir la MCC en béquilles ! Sophie en rémission d’un cancer du sein. Un groupe riche en humanité et simplicité.
Je me retrouve au cœur de cette équipe et suis immédiatement saisie par l’émotion. Une emotion particulière d’être au sein d’un groupe de personnalités si fortes, tous heurtés par la vie. Je suis saisie par une délivrance de pouvoir montrer mon corps tel qu’il est sans limite. Je me surprends à pouvoir être juste moi. Je n’ai pas encore couru la course qu’une partie du challenge est gagné. La diversité de notre équipe, le fort esprit d’inclusion me transportent dans un monde nouveau, sans stéréotype, un monde où chaque différence te rend unique et plus fort.
Je vis chaque instant comme une sorte de 1ère fois:
- 1ère fois que je ne me sens pas seule dans ma différence au sein d’un groupe.
- 1ère fois que je ne suis pas seule dans ces souffrances parfois si puissantes qu’elles frôlent l’irrationnel.
- 1ère fois que je me sens intégrée en toute normalité.
C’est un sentiment émerveillant.
Jour J – C’est parti pour la MCC !
Jour J.. sur la ligne de départ, toute la team adaptive est présentée par l’un des plus grand « speaker » du trail « Ludo Collet » avec une reconnaissance et un respect incroyable ! Notre équipe est accueillie avec un engouement de tous exceptionnel. Nous sommes tous très émus, chacun est immédiatement plongé dans son histoire et combat d’une vie.
Une montée sans répit
Ça y est, je prends le départ, ça part fort. Mon guide Arnaud m’avait prévenu, pendant 4 heures, ça va monter. Il ne blaguait pas !! Je confirme, ça monte très très fort. Nous commençons la montée et 10 minutes plus tard, le bruit des bâtons de tous les coureurs raisonne dans ma tête me rappelant violemment que je ne peux pas m’offrir cet équilibre & propulsion.
Je pourrais me résilier au simple fait que je ne puisse pas tenir 2 bâtons mais je n’accepte pas de devoir me plier à cette résilience. Je ressens un sentiment d’injustice et une frustration énorme. Je n’accepte pas les interdits que mon corps coupé m’impose. Ce chant de bâtons me met en colère. Mes larmes glissent sur mon visage, ma gorge se serre, mon esprit s’emmêle. Je subis cette colère, je branche mes écouteurs, inonde mes oreilles d’une musique énergique et forte pour déguiser ce bruit de bâtons qui me torture. Je rentre dans ma bulle pour me protéger, pour continuer ma course et aller chercher cette liberté inconditionnelle.
Nous sommes en montée permanente sans répit, sans un soupçon de plat. Je serre les dents et me mentalise 4 heures ainsi. L’altitude challenge mon cœur mais soutenue par mon guide, portée par les encouragements extraordinaires de mon mari, portée par la foule, je savoure la chance que j’ai d’être là. Je cours alors dans un esprit plus libéré, je traverse des lieux hors du temps. Mon esprit est hors de ce temps. Je pense à Vasu qui est en train de faire cette même course en béquilles !! Pour lui, j’avance. Je pense à mon ami d’enfance Victor, qui a surmonté un cancer des os de la jambe à 8 ans et souffre encore chaque jour de son corps abîmé par sa maladie, pour lui, j’avance.
Après 4h20 de montée, me voilà arrivée au col de la Balme. Ravitaillement rapide et ça repart. Je me sens bien, je commence la descente, c’est roulant tellement roulant que je réalise que j’entame la descente vers l’arrivée. Aussi surprenant que cela puisse être, je n’aime pas l’idée d’arriver trop vite, je n’aime pas l’idée de voir ma parenthèse de liberté se refermer.
Prendre le temps pour descendre
La ligne d’arrivée est sentiment toujours très fort pour moi partagé entre joie de m’être dépassée et angoisse de retrouver mes maux. En pleine descente, je me fais doubler par plusieurs coureurs, qui, en toute logique veulent arriver le plus vite. Ce n’est effectivement pas ce que je viens chercher dans ce sport. Chaque milieu de course m’annonce le début de la fin de la fête.
Alors, oui, je prends mon temps pour en profiter plus longtemps. Je souris à penser que je fais durer le plaisir. Ça peut sembler un peu « barge » de se dire qu’après 35 ou 40 km, on ait envie d’arrêter le temp et de continuer encore et encore… C’est pourtant exactement ce que je ressens lorsque je sens l’arrivée trop proche. Je profite alors sans pression aucune de cette 2ème partie de course. J’observe les techniques de descente de mon guide bien souvent devant moi, je profite de cette descente pour observer la beauté de la nature qui nous entoure.
Je profite de cette descente pour penser à la douceur de ce moment. Je pense à mon mari, mes enfants, mes parents, ma sœur, mes frères, mes belles-sœurs & beaux-frères, mes nièces et neveux qui me soutiennent tous dans mon parcours. Je ressens pourtant face à ma famille un fort sentiment d’injustice dont la jalousie veut s’en emparer parfois. Je les regarde avec amour mais aussi avec une envie gigantesque de pouvoir, moi aussi, jouir de mes deux mains.
J’ai conscience ce sentiment et la course à pied a ce pouvoir de l’atténuer, la course à pied a ce pouvoir de m’embarquer loin de ces pensées difficiles. Plus les kilomètres s’allongent, plus ma frustration devient évasion. Plus les kilomètres s’allongent, plus je tolère ma différence.
Cette descente vers Chamonix prend une dimension particulière quand, soudainement, je prends conscience qu’à travers notre team adaptive, je me sens reconnue comme athlète handisport. Je deviens fière de montrer que, malgré les différences, quelles qu’elles soient, le trail est accessible, l’impossible n’existe pas et seuls détermination et mental nous portent jusqu’à l’arrivée.
Une ligne d’arrivée riche en émotions
J’atteins le centre de Chamonix avec une énergie et joie profonde. Je décide de vivre cette arrivée avec toute l’endorphine et adrénaline que ces dernières heures m’ont apportées.
J’entends la voix de mon mari, toujours aussi riche en émotion de le sentir à mes côtés, j’entends mon guide qui me répète encore et encore de profiter de ce moment qui m’appartient, de savourer ce moment après un tel dépassement de soi. Je cours mes derniers mètres sourires aux lèvres, les corps détendu, l’esprit débridé de tout. J’arrive sur ce tapis bleu et passe la ligne d’arrivée bras nus, fière d’être moi en assumant avec sincérité ce corps.
Je m’effondre dans les bras de Boris, des larmes de joie s’invitent.. Boris qui m’a offert ce voyage aux pays de l’inclusion que je n’avais encore jamais visité, un pays magique dans lequel je suis tout simplement moi. OoooH ! mais QUELLE Sensation !!
Je termine cette course, une pluie d’étoiles dans les yeux, le cœur saisi par cette liberté absolue que je viens chercher.
Merci à Boris Ghirardi, merci à la team adaptive, merci à mon guide Arnaud, merci à mon mari, merci à mes enfants, merci à ma famille et merci à toute l’équipe UTMB d’avoir su faire briller notre P’tit truc en plus….


