Carnets de Claire #3 Les 80km de l’Ecotrail de Paris

Mise à jour le 21/03/2025
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Une course sans récit ne serait pas une course, et quelle course !!! Voici le carnet de bord de mon premier trail, les 80km de l'Ecotrail de Paris, couru en 2024.

Claire Verzaux
Claire Verzaux
Née avec une agénésie de l'avant bras droit, je jongle entre souffrances, rage d'y arriver et peur de tomber. Passionnée de trail, courir m’offre une liberté d’esprit extraordinaire. Le trail est aujourd’hui un essentiel à ma vie!

De la course sur route au trail

En avril 2023, je termine mon 2ème marathon de Paris en 3h45 avec une émotion inoubliable avec Charly (mon frère) à l’arrivée. Je me dis que la suite sera un 3ème marathon plus plat pour aller chercher encore un meilleur temps et m’inscris alors au marathon d’Amsterdam pour octobre 2023. Quelques semaines passent, je fais toujours mes 5 sorties par semaines mais différemment, je cours plus lentement, je prends plaisir à quitter le bitume pour des chemins en forêt, je prends plaisir à être dans une endurance fondamentale pure, juste courir longtemps et doucement.

Je réalise que cette nouvelle manière de courir me procure des parenthèses de liberté d’esprit plus longues et c’est exactement ce que je viens chercher. Ça m’apaise, j’oublie mes maux et ça me fait du bien.

En route pour l’écotrail!

Alors un soir de juin 2023, je me dis que le marathon ne sera plus pour moi et je check les courses longues distances à Paris histoire de ne pas compliquer trop la logistique. Je tombe sur l’écotrail de Paris. Plusieurs épreuves 18, 30, 45 ou 80 km…. Je me dis que le 45 n’est pas assez challenging alors si je veux continuer à aller chercher mes 2% d’acceptation de moi-même, il me faut bien 80 !!! J’achète mon dossard les yeux pleins d’étoiles comme un enfant qui achèterait un billet pour Disney ! Pendant 9 mois, cet objectif ne m’a ensuite jamais quitté.

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L’entraînement

Décembre 2023, après des mois de sorties classiques, je commence mon plan d’entraînement, c’est parti, à moi les sorties de 3h, 3h30, 4h…. Je n’ai jamais eu peur de ses sorties, j’avais toujours hâte d’y aller, hâte de tout déconnecter, hâte de partir m’évader.

Je pars courir et bien souvent, je pleure alors je me dis que ma « thérapie course » fait son effet, je lâche tout… J’alterne entraînements ville et nature avec des parcours d’entraînements me faisant passer régulièrement devant la Tour Eiffel que je regardais en me disant « le 16 mars 2024, j’arriverai en haut !! ». Je me le disais avec une détermination sans faille.

Je garde un souvenir unique des mes entraînements à 6h du matin autour de Longchamp: j’aime ce calme du matin, j’aime courir la nuit, j’aime ce rituel matinal qui m’appartient. 12 semaines plus tard, me voilà à la veille de ce grand jour, ce grand jour qui me fait vibrer depuis tant de mois et qui m’impressionne aussi beaucoup.

80 km….Je me demande comment mon corps va réagir, je me demande si mon dos ne va pas me faire souffrir à porter mes 1,5 L d’eau et tout le reste de l’équipement, je me demande comment mes jambes vont réagir mais jamais je ne me demande si je vais réussir à finir ! Je ne laisse aucune autre place qu’à mon arrivée à la Tour Eiffel, je vais m’arracher, je vais aller puiser tout ce j’ai mais je vais le faire !

C’est le Jour J

Le jour J arrive… la veille, énorme migraine, je me dis que c’est normal, je cogite depuis 1 semaine, la pression monte et redescend gentiment donc migraine, un classique.. Un cachet miracle, je dors et me lève prête à me lancer. Je m’enferme progressivement dans ma bulle, je m’enferme dans ma chambre, je mets la musique, je commence à enfiler ma tenue, je prépare mes jambes et là…. J’explose en larmes, larmes de souffrance, larmes de joie, larmes d’émotion d’être enfin ce jour tant attendu, je le vis comme une parenthèse de 11h à 12h d’extrême liberté d’esprit, une liberté inégalable.

Une fois les émotions évacuées, je me concentre, je repense à tous mes entraînements, je repense à tous les conseils que j’ai pu recevoir, je me mentalise encore et encore cette distance et go ! Je suis dans le sas de départ, j’attends, impatiente de me lancer, je ne pense plus à rien hormis courir et m’offrir ce beau cadeau après tant d’efforts.

J’enchaîne les 1ers kilomètres tranquillement, puis les 1 ères grosses montées, la boue, les montées, la boue, je me dis « ah ouais quand même !!! » et je continue en m’interdisant de me poser trop de questions. Je retrouve mon chéri au 25eme, le bonheur, ravitaillement efficace, je me sens bien, je repars et c’est reparti pour un enchaînement de montées, plat, descentes…

Je me répète constamment que je dois relancer, que je dois courir dès que je peux courir, l’enchaînement est dur, je me dis de ne rien lâcher et à ce moment précis j’entends une voix qui porte, je me dis « c’est dingue on dirait Charly ». Je ne m’attendais pas à avoir des supporters en pleine forêt donc je me dis que j’ai du rêver mais plus j’avance plus je me dis que c’est vraiment Charly, ça me donne un booste puis j’entends la voix d’Hélène ! Énorme émotion de les voir, je continue mon parcours et les retrouve avec bonheur régulièrement.

Je retrouve mon chéri aussi à mes ravitaillements, un rituel bien calé entre remise à niveau de mes gourdes, un peu de fromage, un feed-back rapide en notant mon état sur 10, un bisou et ça repart.

J’atteins le stade de l’inconnu au delà des 42 km… je me dis ok je suis à 50 km, il en reste 30! La sortie du dimanche, mais va falloir quand même aller la chercher, je croise des femmes qui promènent leurs chiens et je me répète pas loin de 50 fois « nan mais c’est bon, j’arrive au bout de cette course et après je m’achète un caniche couleur abricot et moi aussi j’irai promener mon chien tranquille en forêt » Ahahah, je me répète ça en boucle et puis après je me dis « non non Clairette, arrête et re focus sur la course… ». Les traversées des forêts sont longues et silencieuses, chaque coureur est dans sa course, je le suis aussi.

Dans la nuit

Je suis au 55eme km, la nuit tombe, il me reste 2 km avant de retrouver Oliv au ravito et passer en mode nuit. Une nouvelle phase de la course commence, je me couvre, manteau, bonnet, lampe frontale, fromage un bisou et ça repart en courant.

Il fait nuit, j’adore, j’adore courir la nuit, ça me rappelle mes entraînements matinaux, ça me met dans un état de plénitude totale donc je savoure encore et encore. J’enchaîne et me voila au 66eme, le prochain ravitaillement du 71eme me semble loin, je me prépare à le faire seule car pas sûre qu’Oliv y accède.Je termine une dernière grosse montée au pied du ravitaillement et là j’entends un cri que je reconnais tout de suite, Doud !!! Oh my god il est là, quel talent ! Jusqu’au bout il sera là et ça, c’est énorme.

Je le retrouve, je me dis que cette course est complètement dingue, je suis au 71eme km, il m’en reste 12 ! Je me sens bien mais je me dis que je ne suis quand même pas arrivée ! Deux verres de coca plus tard, un bisou et je repars. On est dans le parc de Saint Cloud que je connais par coeur, c’est de la descente, je suis sur un nuage incroyable, je chante dans la descente, je me sens hyper bien et tellement hâte d’entamer les quais en route vers l’arrivée ! Je sors du parc de St Cloud et là énorme surprise je vois Mimi, puis Hélène puis toute la famille parisienne !!! Wouha quelle folie, vous m’avez tous tellement transportée, je n’ai pas de mot pour exprimer le bonheur de vous voir ! C’était juste fou !

J’entame les quais, je cours, je connais ces quais par coeur, je sais aussi que l’arrivée n’est pas loin mais pas si proche non plus. Je me concentre, je me dis d’un coup « là ma cocotte tu viens de gagner 1% sur tes 2% manquants », ça me donne un second souffle, je continue de courir. Je croise un coureur, Jérôme qui me demande si je vais bien. Je lui réponds « ça va oui j’ai hâte d’arriver mais ça va et toi ? » et il me dit qu’il est un peu dans le dur. On avait le même rythme donc très rapidement on s’est mis d’accord de terminer ensemble et c’était parti. On a plus de 75 km dans les jambes et on doit continuer à courir sans trop marcher et ça… faut aller le chercher !

Je réentends une voix qui porte, je dis à Jérôme « ah c’est mon frère !! » il me répond « ah c’est ton frère, ah mais je le connais, je l’ai vu tout le parcours ! » alors on rit et on remercie Charly et Hélène d’être au pont de Billancourt toujours aussi énergisant ! Je commence à avoir une douleur au genou gauche, une douleur que je n’ai jamais eu et là je me dis que ce n’est pas possible que ça m’arrive maintenant, ce n’est pas envisageable, je marche deux minutes, je me dégourdis les jambes, je me masse le genou et je me relance.

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L’arrivée à la Tour Eiffel

Ça y est la Tour Eiffel est là !!! On recroise Mimi qui nous accompagne sur quelques mètres, quel booster aussi de continuer à courir, bonheur de voir Lolo et Jacques en haut des marches menant au bas de la Tour Eiffel, arrivée en bas de la tour, le monde, l’ambiance, les cris de joie, c’est le graal !!! Je cours comme jamais, je cris de joie, je vois Papilo, Mamisa et mon chéri, quelle bonheur !

Je suis tellement heureuse de partager mon arrivée avec eux. Ça y est, j’entame les marches pour arriver au 1er étage, l’équivalent de 25 étages d’immeuble, à ce moment-là, je savoure chaque marche de l’escalier, j’en ai rêvé, je me suis répétée sans relâche depuis 9 mois que je les atteindrai ses putains de marches donc ça y est j’y suis !!!! Arrivée en haut, le tapis d’arrivée, je cours, le corps et l’esprit rempli de bonheur, rempli de soulagement, je me suis offert un moment de liberté inoubliable. Solène est là pour m’accueillir donc vraiment unique !

Une vue magnifique sur Paris. Je retrouve Papilo, Mamisa et Doud en bas, je m’effondre en larmes dans les bras de Mamisa, des larmes d’avoir été libérée de ce corps dont je me sens emprisonnée, des larmes de joie d’avoir réussi à m’offrir ce moment unique, je pleure dans les bras de mon mari dont la présence hors norme m’a tellement touchée. Des larmes de bonheur pur !!!

Pendant cette longue course, je me suis parfois dit que j’étais sûrement un peu folle, je me suis dit que j’aurais du m’inscrire à un 60km, je me suis dit nan mais sérieusement pourquoi t’as choisi le 80 ? Et puis, plus je courrais plus je me disais que j’avais bien fait parce que c’est aussi ça mon bonheur!

Cette course a été un nouveau dépassement de moi-même, cette course a été la confirmation que j’en avais besoin, cette course m’a confirmé que c’est dans cette discipline que je m’éclate alors Paris c’est beau mais la prochaine course sera sûrement en montagne !!! Et vive la magie du sport !!

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