2150 km sur la Via Alpina : l’aventure féministe et solitaire de Zoé Lemaitre

Mise à jour le 21/10/2025
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Dans cet épisode de podcast, je reçois Zoé Lemaitre, qui a parcouru la Via Alpina en solo à la rencontre de femmes professionnelles de la montagne pour réaliser un documentaire.

Laurène Philippot
Laurène Philippot
Laurène est la fondatrice du média. Cycliste (bikepacking, route et gravel), traileuse et randonneuse, elle est amoureuse de nature et particulièrement de montagne!

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Résumé de l’épisode

À 26 ans, Zoé Lemaitre a traversé les Alpes à pied, de la Slovénie à Monaco, en suivant la Via Alpina.

Quatre mois de marche en solitaire, plus de 2000 kilomètres parcourus, et un objectif : partir à la rencontre de femmes professionnelles de la montagne pour leur donner la parole à travers un documentaire. Un voyage entre effort, engagement et introspection.

Un projet entre aventure et rencontres

L’idée de cette traversée naît alors que Zoé travaille à Venise. « Un jour, je me suis dit : j’aimerais bien rentrer à pied chez moi », raconte-t-elle.

Ce qui devait être une boutade devient un projet à double dimension : vivre une immersion totale dans la nature et mettre en lumière des femmes de montagne trop peu visibles dans les médias.

Sans grande expérience de la randonnée en solo – quatre jours seule au compteur avant le départ – elle se lance sur la Via Alpina, fil conducteur qu’elle adapte à son envie du moment.

« Je regardais la carte le matin sans savoir où j’allais dormir le soir », explique-t-elle. Rapidement, la météo, la neige ou simplement l’intuition l’amènent à tracer sa propre voie.

Marcher seule, s’émanciper

Partie sans plan rigide, Zoé apprend à vivre au rythme du soleil, sans réveil, sans calendrier. Ses journées s’organisent autour de la marche, du bivouac et de l’écriture.

« Je ne supportais pas la solitude avant de partir. Là, c’était une solitude choisie. »

Au fil des semaines, cette expérience devient une véritable école de liberté. Elle apprend à faire confiance à son instinct, à gérer les imprévus, et découvre la satisfaction de ne compter que sur elle-même.

Les conditions n’ont pourtant rien d’idyllique : neige en plein été, tempêtes, interdictions de bivouac, cabanes isolées. Mais Zoé garde une philosophie simple : vivre l’instant présent. « Jamais je ne me suis dit que je voulais arrêter. »

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Des paysages et des rencontres marquantes

Tout au long de sa marche, Zoé traverse les huit pays de l’arc alpin : Slovénie, Autriche, Liechtenstein, Suisse, Italie, France… Elle dort sous tente, dans des cabanes, parfois dans des refuges quand la météo l’impose.

Certaines rencontres, inattendues, deviennent des moments clés : une famille qui l’accueille en pleine tempête, des bergères qui lui ouvrent leur porte, des femmes de montagne prêtes à raconter leur parcours.

« Plus je m’ouvrais à la vie, plus je faisais des rencontres constructives. »

Donner la parole aux femmes de montagne

Son voyage donne naissance à un documentaire, appelé Via Alpina, sur les pas des Pionnières né de sa volonté de rendre visibles ces femmes qui vivent et travaillent en montagne. Elle y filme, seule, avec un matériel souvent lourd à transporter.

Parmi ses interlocutrices :

  • une gardienne de refuge slovène,
  • une bergère suisse,
  • Marjorie, monitrice d’escalade à Monaco,
  • Elisabeth Gerritsen, championne du monde de freeride,
  • Federica Mingolla, guide de haute montagne italienne,
  • et Alice Koldefy, formatrice au PGHM.

Certaines rencontres ont lieu sur la route, d’autres après le voyage. Certaines femmes hésitent d’abord à témoigner, doutant de leur légitimité.

« Il fallait les mettre à l’aise. Beaucoup me disaient : “Je ne suis pas assez bien.” »

D’autres, au contraire, accueillent la caméra avec enthousiasme.

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Un film engagé et inspirant

Son documentaire, autoproduit, sera projeté dans plusieurs médiathèques de l’Isère dans le cadre du Mois du documentaire, avant une sélection dans des festivals.

Le film aborde la place des femmes dans les métiers de la montagne, leurs luttes, leurs doutes, mais aussi leur passion et leur rapport à la nature.

Pour Zoé, c’est une manière de prolonger la réflexion sur la légitimité et la liberté des femmes :

« Personne ne te donnera ta légitimité. Si tu ne te la donnes pas toi-même, tu ne feras rien. »

Une aventure transformatrice

Cette traversée a changé sa façon d’appréhender la solitude et la liberté.

« J’ai compris que tout est possible, à condition de penser en dehors des cadres », dit-elle.

Aujourd’hui, Zoé travaille à la diffusion de son film et envisage de nouvelles aventures, toujours entre montagne et rencontres humaines.

Un message pour les sportives

Elle conclut avec un mot d’encouragement aux auditrices : « Osez. Faites-vous confiance. Et entourez-vous des bonnes personnes : certaines rencontres peuvent changer une vie. »

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