Traverser le Kirghizstan à pied en solo avec Marion Le Tanneur

Dans cet épisode du podcast La Sportive Outdoor, j'ai reçu Marion Le Tanneur, qui a traversé le Kirghizistan à pied en solo sur 2 000km et partage avec nous cette incroyable aventure.
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Résumé de l’épisode
Originaire de Charente, Marion Le Tanneur s’est lancée à 28 ans dans une traversée en solo et à pied du Kirghizistan, un périple de 2 000 kilomètres baptisé « Step by Steppes ». De sa préparation minutieuse à son voyage de deux semaines en train depuis la France, elle partage son expérience au micro de La Sportive Outdoor.
De la Charente aux 4 000 kilomètres du Pacific Crest Trail
Rien ne prédestinait pourtant Marion à devenir une adepte de l’itinérance au long cours. Enfant, elle se décrit comme timide, pas très sportive et affirme même qu’elle détestait la randonnée. Cependant, les vacances familiales passées sous la tente en camping plantent une petite graine et révèlent très tôt son profil débrouillard. À l’âge de 8 ans seulement, elle obtient l’accord de ses parents pour prendre le train seule d’Angoulême jusqu’à Paris pour rejoindre ses grands-parents, une première aventure qui ouvre pour elle un champ des possibles infini.
Bien plus tard, en mars 2023, alors qu’elle traverse une période de vie peu épanouissante lors d’un stage à Paris, elle décide sur un coup de tête de rechercher les plus longs treks du monde et choisit le Pacific Crest Trail (PCT) aux États-Unis. Tirée au sort pour obtenir son permis en novembre 2022, elle s’envole seule pour parcourir ses 4 000 kilomètres. Cette première immersion totale dans l’itinérance scelle définitivement son amour pour la marche au long cours.

Genèse de « Step by Steppes » : Une promesse et un itinéraire à inventer
L’idée de traverser le Kirghizistan en 2025 est née d’un véritable effet papillon. Durant l’été 2024, Marion visite un musée à Chandolin, en Suisse, dédié à Ella Maillart, une grande exploratrice de l’Asie centrale qui était également une amie proche de son grand-père. Un mois plus tard, l’écoute d’un podcast de Jérémie Vigier décrivant la beauté des steppes et l’hospitalité de ces peuples achève de la convaincre. Le déclencheur final survient au début de l’année 2025 lorsque son grand-père décède ; elle lui fait alors la promesse, juste avant son départ, de partir sur les traces d’Ella Maillard.
Contrairement au PCT où tout est balisé et documenté, Marion doit cette fois créer entièrement son itinéraire. Pour ce faire, elle rassemble de nombreuses cartes, s’appuie sur le tracé de Jérémie Vigier et étudie les images satellites afin de relier à pied la capitale Bishkek aux Monts Célestes, soit un défi de 2 000 kilomètres. Parallèlement, elle décide de coupler son aventure à une levée de fonds pour l’association Les Extraordinaires, qui œuvre pour l’inclusion des personnes en situation de handicap mental. Cette cause lui tient particulièrement à cœur puisque sa propre sœur aînée est en situation de handicap mental.

L’aventure avant l’aventure : deux semaines au rythme du rail
Fidèle à ses premières aventures de l’enfance et désireuse de voyager avec des valeurs bas-carbone, Marion choisit de rejoindre le Kirghizistan en train depuis la France. Accompagnée par une amie d’enfance pendant ces deux semaines de trajet, elle planifie l’ensemble de l’itinéraire en seulement trois heures grâce à des sites spécialisés. Ce voyage sur les rails devient une aventure à part entière, marquée par l’évolution progressive des visages, de la nourriture, des paysages et une multitude de rencontres mémorables.
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Logistique, climat et hospitalité nomade au cœur des steppes
Une fois arrivée au Kirghizistan, son amie repart pour la France et Marion entame son voyage en solitaire face à l’immensité silencieuse des steppes. Elle doit également composer avec la barrière de la langue, les locaux parlant principalement russe et kirghiz, ce qui l’oblige à utiliser l’application Google Traduction hors réseau et à apprendre les bases du vocabulaire russe durant son voyage en train.
Côté logistique, elle porte un sac à dos de 50 litres pesant entre 9 et 10 kilos lorsqu’il est plein. Il contient le matériel essentiel pour dormir (tente, sac de couchage, matelas), un réchaud avec une bonbonne de gaz trouvée à Bishkek, des micro-crampons pour la neige, une liseuse, une petite caméra et un panneau solaire. Elle filtre son eau directement dans les rivières et les lacs, et prévoit un ravitaillement tous les cinq jours dans les supérettes des villages. Le climat s’avère extrêmement changeant, passant de températures proches de 40°C à Bishkek à des nuits glaciales à 3 000 mètres d’altitude dans les Monts Célestes en août.
Chaque journée de marche s’étend sur environ 30 à 35 kilomètres, profondément rythmée par l’incroyable accueil des Kirghiz. Ce peuple semi-nomade, installé en yourte de juin à septembre pour faire paître les troupeaux, l’invite constamment à boire le thé. Marion se souvient notamment d’une rencontre marquante avec un père et ses deux enfants qui l’ont invitée chez eux. Contre toute attente, la famille l’a conviée au mariage d’une amie. La mère lui a prêté ses propres vêtements, l’a maquillée et lui a fourni des chaussures à talons! Elle y a passé une journée et une soirée inoubliables en tant que seule touriste au milieu des invités, acceptée de tous, avant de passer la nuit chez ses hôtes.

Face aux doutes et à la douleur physique
Ce voyage au long cours de trois mois n’a pas été exempt de difficultés. Marion a d’abord dû faire face à un défi psychologique inattendu : la peur des locaux eux-mêmes. Inquiets pour sa sécurité, de nombreux Kirghiz tentaient de la dissuader d’avancer en évoquant la présence de loups, d’ours ou l’absence de sentiers derrière la montagne, ce qui a temporairement ébranlé sa confiance et sa légitimité. Avec le temps, elle a compris que ces craintes étaient légitimes car liées aux attaques de prédateurs sur leurs troupeaux, mais que les locaux restaient principalement dans leurs pâturages d’été (les jailos) sans forcément explorer les alentours.
Physiquement, l’aventure est devenue un calvaire durant la seconde moitié du parcours en raison d’une violente douleur au pied. Marion a continué à marcher pendant des kilomètres et des jours entiers en finissant ses journées en larmes. Après un mois de souffrance, elle réalise une IRM qui révèle un orteil complètement cassé. Pour aller jusqu’au bout de ce projet pour lequel elle avait quitté son travail et son appartement, elle choisit d’adapter et de raccourcir la fin de son tracé après une téléconsultation avec un médecin français. En tant que femme seule, elle précise d’ailleurs n’avoir jamais ressenti le moindre sentiment d’insécurité en trois mois, soulignant plutôt la volonté constante des locaux de la protéger.
Conclusion
Après trois mois passés sur la route, Marion Le Tanneur tire un bilan plus que positif de son expédition, affirmant que la générosité et l’hospitalité rencontrées lui ont redonné foi en l’humanité. Le projet a également permis de mettre en lumière l’association Les Extraordinaires, puisque deux de ses membres l’ont rejointe pendant le périple. Le retour de deux semaines en train s’est avéré être un sas indispensable et bénéfique pour écrire, lire et digérer en douceur la transition vers la vie normale à 100 à l’heure.
Si elle s’apprête à repartir 15 jours sur le John Muir Trail dans la Sierra Nevada aux États-Unis avec des amis du PCT cet été, elle n’a pas encore de grand projet d’itinérance immédiat. Aux femmes qui n’osent pas sauter le pas, Marion rappelle qu’elles sont totalement légitimes et invite à déconstruire les peurs en se concentrant sur ce que l’aventure peut apporter. Elle conclut sur cette magnifique citation qui guide ses pas : « à nous apprendre à craindre la nuit, on nous a privés des étoiles ».
Liens
- Instagram de Marion : https://www.instagram.com/marionletanneur/
- Association les Extraordinaires: https://www.instagram.com/les.extraordinaires

