Traversée Chamonix–Zermatt à VTT avec Morgane Jonnier

Mise à jour le 03/12/2025
couv-youtube-morgane-jonnier

Dans cet épisode du podcast, j'ai reçu Morgane Jonnier, VTTiste professionnelle en Enduro, qui a traversé Chamonix–Zermatt en cinq jours d’itinérance avec son amie Sophie Riva.

Laurène Philippot
Laurène Philippot
Laurène est la fondatrice du média. Cycliste (bikepacking, route et gravel), traileuse et randonneuse, elle est amoureuse de nature et particulièrement de montagne!

Regarder l’interview en vidéo

Ecouter le podcast

Résumé de l’épisode

VTTiste professionnelle, ancienne gendarme et adepte d’une vie en mouvement, Morgane Jonnier raconte dans cet épisode son parcours, son choix de vivre en camping-car et l’aventure qui l’a marquée cet été : une traversée Chamonix–Zermatt à VTT en cinq jours, réalisée avec son amie Sophie Riva. Un projet entre engagement physique, liberté et plaisir de rouler.

De la route au VTT : un parcours façonné par les rencontres

Morgane commence le vélo très tôt, d’abord sur route, dans un contexte de compétition qui lui plaît peu. À l’adolescence, elle arrête complètement. Elle y revient à 17-18 ans en suivant sa sœur, sportive de haut niveau en descente. « De la voir en vrai, de voir ce qu’elle faisait, ça m’a donné envie de reprendre le vélo. »

Elle débute par la descente, découvre l’enduro à l’occasion d’une Coupe de France et a un véritable coup de cœur. Elle progresse rapidement, tout en travaillant comme gendarme. La charge mentale et physique devient trop lourde, jusqu’à un accident en 2019, en Coupe du monde : plusieurs vertèbres fracturées, un choc qui change tout. « La vie est courte. Priorise ce que t’aimes. »

Elle quitte la gendarmerie, signe un contrat pro et se consacre entièrement au VTT.

Les disciplines du VTT, entre technique et polyvalence

Morgane détaille les trois grandes disciplines : cross-country, descente et enduro. Elle explique la technicité de la descente, la variété des terrains, l’explosivité nécessaire. L’enduro, qu’elle pratique au plus haut niveau, est pour elle la discipline la plus complète : « On travaille autant l’endurance pour tenir une journée que l’explosivité pour les runs chronométrés. »

Elle a aussi participé à des courses en itinérance, un format sur plusieurs jours, sans reconnaissance de parcours : un mélange d’improvisation, de lecture de terrain et de concentration extrême.

Une vie en camping-car pour suivre la montagne

Depuis quelques années, Morgane vit à plein temps dans son camping-car. Un choix dicté par ses déplacements permanents et son envie de liberté. Son quotidien s’organise entre séances en salle, entraînements sur différents vélos, déplacements en montagne et logistique. « C’est une vie de gypsy qui me correspond et qui est à mon image. »

Naissance d’une idée : Chamonix–Zermatt à VTT

Après une décennie de Coupe du monde, Morgane a besoin d’autre chose. Elle s’oriente vers des aventures en itinérance. C’est à ce moment que Sophie Riva, athlète italienne, lui écrit : elle rêve de faire Chamonix–Zermatt à VTT et cherche une partenaire. Morgane accepte immédiatement. L’objectif est clair : « aller chercher des belles descentes » et privilégier les sentiers intéressants pour le pilotage.

Être autonome : sacs, matériel et adaptation

Impossible d’utiliser des sacoches classiques sur un VTT d’enduro. Morgane part avec un sac de 10 kg, contenant sac de couchage, matelas, réchaud, nourriture lyophilisée, veste de pluie, outils et pièces de réparation.

« On ne s’attendait pas à ce que le sac gêne autant. » Le poids modifie le pilotage, demande de l’adaptation et rend les longues montées particulièrement physiques.

Vivre et dormir en itinérance

Les nuits s’enchaînent sans se ressembler : une cabane ouverte en Suisse, un gîte trouvé par hasard lors d’une grosse fatigue, une nuit en tente avec une amie venue les rejoindre, puis une dernière nuit à la belle étoile. Au fil des jours, les deux vététistes alternent repas lyophilisés, boulangeries et halte en gîte.

Jour après jour : cinq jours entre cols, villages et longues descentes

Morgane retrace les grandes étapes :
Jour 1 : Chamonix → La Tzoumaz, avec deux remontées mécaniques pour privilégier la descente.
Jour 2 : Traversée des quatre vallées jusqu’à Évolène.
Jour 3 : Évolène → Saint-Luc, en passant par le lac de Moiry.
Jour 4 : Saint-Luc → un col avant Saint-Nicolas.
Jour 5 : arrivée à Saint-Nicolas, puis train jusqu’à Zermatt, avant une dernière journée de ride sur place.

Entre 40 et 60 km par jour, 1600 à 1800 m de D+, des paysages somptueux et très peu de monde. « On avait l’impression d’être au bout du monde. »

Difficultés et moments forts

Le plus difficile ? Le poids du sac, sans hésiter. Mais les obstacles font partie de l’aventure : arbres tombés, portages, sections techniques. Morgane raconte notamment un passage étroit le long d’un bisse suisse, particulièrement impressionnant : « La chute n’était pas une option. On a procédé doucement, méticuleusement. » Ce sera finalement l’un de leurs meilleurs souvenirs.

Une aventure aussi humaine que sportive

Cette traversée a soudé Morgane et Sophie. Elles apprennent à se connaître, avancent au même rythme, se motivent mutuellement. « On se tirait vers le haut. »

Et maintenant ?

Morgane veut continuer ce type d’aventures, seule ou avec des amis. Elle évoque son tour du Mont-Blanc à VTT, réalisé seule, plus léger. Elle travaille déjà sur un nouveau projet : explorer une longue crête en VTT, avec un fort engagement technique.

Elle souhaite aussi transmettre davantage : elle prépare le DEJEPS pour devenir monitrice et accompagner d’autres pratiquantes. « J’ai appris sur le tas. Aujourd’hui, j’ai envie de transmettre. »

Un conseil pour les femmes qui veulent se lancer

« N’hésitez pas. Le VTT, c’est incroyable. Il y a des assos partout, avec des femmes passionnées et inspirantes. »

Liens