Sportive mais sédentaire? Les risques cachés du bureau avec Mathilde Mathieu

Publié le 16/12/2025
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Dans cet épisode du podcast La Sportive Outdoor, j'ai reçu Mathilde Mathieu, kiné spécialisée dans la santé au travail, pour parler de la sédentarité... Qui peut totalement nous toucher aussi en tant que sportives!

Laurène Philippot
Laurène Philippot
Laurène est la fondatrice du média. Cycliste (bikepacking, route et gravel), traileuse et randonneuse, elle est amoureuse de nature et particulièrement de montagne!

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Résumé de l’épisode

Dans cet épisode de La Sportive Outdoor, Mathilde Mathieu, kinésithérapeute spécialisée dans la prévention au travail de bureau, tire la sonnette d’alarme : il est tout à fait possible d’être sportive et sédentaire sans en avoir conscience. Forte de son expérience, elle alerte sur les dangers d’une immobilité prolongée, en particulier pour celles qui passent leurs journées devant un ordinateur.

La sédentarité, un comportement à risque pour tous

Mathilde Mathieu insiste sur la notion de comportements sédentaires. Ceux-ci regroupent toutes les positions du corps en inactivité physique, qu’il s’agisse d’être assis statique ou même debout statique, car ces postures n’activent ni le cœur, ni les muscles, ni la circulation sanguine.

La sédentarité s’accumule rapidement. Un employé de bureau passe en moyenne sept heures assis devant son ordinateur. À cela s’ajoutent les temps de loisirs sédentaires (télévision, lecture, téléphone), qui peuvent représenter 3h30 par jour.

Le fait d’être sportif est certes protecteur, car il permet d’atteindre les 150 minutes d’activité modérée (ou 75 minutes d’activité intense) recommandées par l’OMS chaque semaine. Cependant, cela n’est pas suffisant…

Les conséquences d’une inactivité prolongée

La sédentarité est une menace majeure pour la santé, reconnue comme la quatrième cause de mortalité mondiale et la première cause de mortalité évitable. Mathilde Mathieu rappelle que l’inactivité est liée à plus de 35 maladies chroniques, notamment l’augmentation du risque de diabète, de cancers et de dépression nerveuse. Un chiffre particulièrement alarmant: rester assis 10 heures par jour augmente de 46 % le risque de mortalité prématurée.

Les répercussions dans le corps sont multiples et insidieuses :

  • Ralentissement métabolique : le métabolisme est ralenti, l’immunité baisse, la dépense calorique diminue et la glycémie augmente.
  • Impact circulatoire : l’absence de contraction musculaire au niveau des jambes nuit au retour veineux, entraînant une moins bonne circulation sanguine.
  • Problèmes digestifs : l’immobilité du tronc réduit le brassage des organes, favorisant la constipation.
  • Risques musculo-squelettiques (TMS) : l’inactivité accélère la perte de masse musculaire et de densité osseuse à partir de l’âge de 30 ans. Les TMS sont majoritairement dus à un mauvais environnement de travail (ordinateur portable, mauvaise installation) et sont accentués par des facteurs psychosociaux comme le stress. La douleur n’est jamais anodine, elle est un « message que le corps nous envoie ».

Le mouvement, le meilleur allié de la santé

Le message reste toutefois encourageant : l’activité physique est protectrice contre « quasi tout ». Il est possible d’être autonome pour réparer son corps en agissant le plus tôt possible.

Pour lutter contre la sédentarité, Mathilde Mathieu insiste sur des actions concrètes :

1. Séquencer et bouger fréquemment

Il est crucial de se lever toutes les 30 minutes à une heure. La difficulté principale étant la prise de conscience, elle conseille de séquencer ses tâches de travail pour penser à bouger à la fin de chacune, ou d’utiliser une alarme. Même quelques pas suffisent pour réactiver la machine. L’objectif est de réactiver son corps, car « plus on l’utilise, plus il va être en bonne santé ». Ces pauses augmentent d’ailleurs la productivité en réoxygénant le cerveau.

2. Optimiser l’environnement de travail

L’optimisation du poste de travail est une action simple qui réduit fortement les contraintes. Le minimum à avoir, y compris en télétravail, est un rehausseur d’écran (même trois livres) et un clavier/souris externes.

Les outils comme le bureau assis-debout sont de « vrais alliés ». Ils permettent de varier les positions et facilitent l’ajout de mouvement (pointes de pieds, bouger les fesses). Être debout en statique reste moins bon que d’être assis, mais l’alternance est clé.

3. Les trois habitudes à adopter dès demain

Pour les personnes très sédentaires, Mathilde Mathieu recommande trois actions simples:

  • Séquencer son temps de travail pour se lever et faire quelques mouvements.
  • Inclure de l’activité physique (chaque mouvement compte). Pour les sportifs, inclure de la mobilité, du renforcement musculaire, et travailler leur cardio/équilibre pour compenser ce qui n’est pas sollicité par leur sport principal.
  • Optimiser son poste de travail (réglage de la chaise, de l’écran).

En conclusion, l’experte souligne que les sportives outdoor ont déjà la discipline et l’habitude de l’effort. Leur défi est de prendre conscience qu’elles ne peuvent pas oublier leur corps en dehors de leurs séances sportives. Chaque petit geste compte , et c’est en changeant ses habitudes « petit pas par petit pas » que l’on protège sa santé sur le long terme.