Réinventer sa pratique sportive au fil des années avec Annick Pfetzinger

Mise à jour le 12/11/2025
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Dans cette épisode de podcast, je reçois la pétillante Annick Pfetzinger, sportive polyvalente toujours prête à partir à l'aventure!

Laurène Philippot
Laurène Philippot
Laurène est la fondatrice du média. Cycliste (bikepacking, route et gravel), traileuse et randonneuse, elle est amoureuse de nature et particulièrement de montagne!

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Résumé de l’épisode

À 64 ans, Annick Pfetzinger incarne une passion du sport sans limites. Ancienne professeure de français et d’histoire-géo, elle a consacré plus de douze ans à l’ultra-trail, avant d’ajuster sa pratique pour continuer à se faire plaisir. Championne du monde de trail XTERRA dans sa catégorie, elle partage son parcours, son engagement pour l’égalité femmes-hommes dans le sport et sa manière d’aborder le mouvement avec expérience et curiosité.

Une vie rythmée par le sport et la nature

Depuis l’enfance, la nature est son terrain de jeu. Son père, passionné d’alpinisme, l’emmène très tôt en montagne : « À 7 ans, je faisais déjà 1000 mètres de dénivelé avec lui ».

Ce lien profond à l’extérieur ne l’a jamais quittée. Pour Annick, le sport en plein air est avant tout une affaire de sensations : « Quand je suis la nuit en montagne, que je sens la pierre et que je vois la lune, je me sens super bien. »

Après une pause lorsqu’elle devient mère, elle retrouve la course à pied au moment d’un tournant personnel et découvre le trail en 2009 : « J’étais dans la nature, dans les mêmes sensations qu’enfant. Et là, ça s’est déclenché. »

De l’ultra-trail à la transmission

Durant plus de dix ans, Annick pratique l’ultra-trail avec passion.

Elle y voit un voyage intérieur et sensoriel : des nuits étoilées, des rencontres improbables, des paysages grandioses. « En ultra, surtout la nuit, on sent et on voit des choses sublimes. Ce sont des images qui restent à vie. »

Mais au-delà de la performance, c’est la résilience qui la marque : traverser la fatigue, les intempéries, la solitude, et toujours continuer à avancer. « Parfois, tu te demandes comment tu as fait pour arriver au bout, mais tu l’as fait. »

Aujourd’hui, elle a modéré sa pratique : plus de très longues distances, mais toujours autant de plaisir. L’hiver, elle fait du ski de randonnée, du vélo, et s’est même mise au triathlon : « Je nageais comme un caillou, mais j’ai pris des cours. Maintenant, je ne dis pas que je nage comme un poisson, mais ça va mieux ! »

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S’engager pour l’égalité dans le sport

Au début des années 2010, Annick s’inscrit à une compétition de cross et découvre que les femmes ne peuvent courir que 4 à 5 km, contre 8 à 10 km pour les hommes. « On m’a répondu que c’était dans le règlement et que les femmes risquaient de se faire bousculer. »

Refusant cette inégalité, elle décide de courir les deux épreuves — la féminine puis la masculine — même sans classement. « Au début, on m’a pris pour une folle, puis je suis devenue la mascotte. »

Après plusieurs années d’insistance et le soutien d’autres coureuses, le règlement change : les femmes peuvent enfin courir les mêmes distances que les hommes. « Si on ne le pointe pas, on n’avance pas. »

Les mentalités évoluent… lentement

Annick constate de vrais progrès dans la pratique féminine, mais aussi des résistances persistantes. Elle raconte avec humour les remarques entendues en course : « Pour une femme, vous courez bien » ou « Vous avez quel âge ? ».

Pour elle, ces réflexes révèlent encore des représentations ancrées : « Une femme qui double, surtout à un certain âge, ça dérange. »

Mais elle reste optimiste : le trail, selon elle, est une discipline plus ouverte que d’autres. Et l’essentiel, c’est que les jeunes générations osent questionner. Elle cite avec fierté l’attitude de sa nièce au collège : « Elle a refusé de faire des pompes à genoux et a interpellé son prof. C’est comme ça que ça change. »

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Savoir s’adapter avec l’âge

Aujourd’hui, Annick pratique toujours avec enthousiasme, mais avec davantage d’écoute de son corps : « Le médecin m’a dit que mes articulations, c’était comme des vieux pneus. Mais ça n’empêche pas de rouler ! »
Elle mise sur la variation des sports et l’adaptation : plus de longues distances, mais toujours l’envie de se fixer des défis et d’apprendre.

L’expérience, pour elle, est une force : « Plus on a d’expérience, moins on fait de bêtises. On gère mieux l’effort et la récupération. »

Rebondir après la maladie

En 2020, un cancer du sein vient tout bouleverser. Après trois opérations, Annick perd confiance en son corps. Elle se relève pas à pas grâce à la marche, à la solidarité et à la persévérance : « La boulangerie, à 800 mètres, c’était l’Everest. Mais je me disais : aujourd’hui 800, demain 850. »

Un an plus tard, elle boucle l’Ultra Trail Suisse Alpes (160 km). Une victoire symbolique : « Je les ai eues à l’usure ! Toutes les autres avaient abandonné. »

Pour elle, le sport a été un moteur de reconstruction : « Le corps peut repartir. Il faut juste lui réapprendre. »

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Devenir championne du monde XTERRA

Cinq ans après sa maladie, Annick remporte le titre de championne du monde de trail XTERRA dans sa catégorie. Une victoire qu’elle prend avec humilité : « On n’était que trois, mais c’était symbolique. Cinq ans avant, j’étais sur un lit d’hôpital. »

Fidèle à ses convictions, elle s’y rend en train, sans avion, et campe au milieu des moutons gallois : une aventure à son image, simple, joyeuse et engagée.

Et après ?

Les projets ne manquent pas : traversée des Vosges en autonomie, voyage en Laponie pour voir les aurores boréales… Annick continue de tracer sa route avec curiosité et enthousiasme.

Un message pour les sportives

« Oser se faire plaisir. » Elle conclut avec un clin d’œil à Simone de Beauvoir : « On ne naît pas femme, on le devient. Eh bien, on peut aussi devenir sportive. Il suffit d’oser. »