Photographier la montagne et sa faune sauvage avec Sophie Dunajev

Mise à jour le 17/02/2026
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Dans cet épisode de podcast, j'ai reçu Sophie Dunajev, photographe installée en Haute-Tarentaise et spécialisée dans la photo de montagne, de par ses paysages et sa faune sauvage.

Laurène Philippot
Laurène Philippot
Laurène est la fondatrice du média. Cycliste (bikepacking, route et gravel), traileuse et randonneuse, elle est amoureuse de nature et particulièrement de montagne!

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Résumé de l’épisode

Pour Sophie Dunajev, la photographie n’est pas une fin en soi, mais le prolongement d’un besoin viscéral de vivre en altitude. Dans cet épisode de podcast, cette photographe professionnelle de 35 ans livre sa vision d’une pratique où la patience et le respect de la faune sauvage priment sur la recherche de performance.

Un retour vital vers les sommets

Originaire de Haute-Savoie, Sophie Dunajev a grandi dans un hameau typique, bercée par les sorties en alpage et les paysages alpins. Si elle a découvert la photographie dès l’adolescence en empruntant l’appareil argentique de ses parents pour immortaliser des chamois, son lien avec la montagne est devenu une évidence lors de ses études à Bruxelles. L’éloignement du relief a provoqué chez elle une véritable déprime, la poussant à revenir s’installer définitivement en Savoie, dans la vallée de la Haute-Tarentaise. Aujourd’hui, elle mène de front son métier au sein du Parc national de la Vanoise et sa passion pour l’image, tout en considérant la photographie comme un bonus venant récompenser ses moments de marche et d’aération.

L’art de retranscrire la majesté

Formée de manière autodidacte au contact de photographes renommés tels qu’Alexandre Deschaux et Jérémy Villette, Sophie a développé une sensibilité particulière pour les ambiances oniriques. Elle affectionne particulièrement les brumes qui font ressortir les reliefs et donnent aux montagnes un caractère imposant et presque mystique. Pour éviter l’effet « écrasé » que peut produire un grand angle sur des paysages grandioses, elle privilégie l’utilisation d’un zoom puissant. Cette technique lui permet de saisir des détails lointains et de jouer sur la compression des plans, ce qui renforce la force visuelle des sommets. Elle souligne également l’importance d’intégrer un élément d’échelle, comme une silhouette humaine ou un chalet, pour faire résonner la dimension monumentale du décor.

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Une éthique de terrain non négociable

La pratique de Sophie Dunajev est indissociable d’une connaissance profonde et d’un respect strict de la faune sauvage. Elle refuse de considérer la montagne comme un simple terrain de jeu, la qualifiant plutôt de « terrain de vie » pour des espèces fragiles. Elle rappelle que l’hiver constitue la période la plus critique pour les animaux, car le manque de nourriture et la difficulté de déplacement dans la neige épuisent leurs réserves énergétiques. Le dérangement par les pratiquants de sports outdoor, même involontaire, peut être fatal. Sophie cite l’exemple du tétras-lyre qui s’abrite dans des trous de neige et dont l’envol provoqué par un skieur peut compromettre la survie. Elle prône ainsi une approche discrète, évitant l’affût systématique pour privilégier des rencontres fortuites où l’animal n’est jamais pourchassé pour l’image.

La fascination pour le « nettoyeur des montagnes »

Parmi tous ses sujets, le Gypaète barbu occupe une place privilégiée. Cet immense vautour de près de trois mètres d’envergure fascine la photographe par son plumage doré et ses mœurs étonnantes. Surnommé le nettoyeur des montagnes, il se nourrit principalement d’os qu’il lâche parfois sur des pierriers pour les briser et en consommer la moelle.

Contrairement à l’aigle royal, plus farouche, le gypaète est un oiseau curieux qui n’hésite pas à venir survoler les humains de très près. Sophie nourrit désormais le projet de consacrer un livre à sa vallée d’adoption, mêlant paysages et portraits d’espèces emblématiques. Son message aux sportives outdoor reste une invitation à la contemplation : prendre le temps de s’arrêter pour comprendre que nous ne sommes pas seuls à partager cet espace.