Mejdaline Mhiri – Les femmes dans le journalisme de sport

Mejdaline Mhiri, journaliste pigiste et coprésidente de l'Association des femmes journalistes de sport, s'exprime sur la place des femmes dans le journalisme sportif mais aussi sur la médiatisation du sport féminin. Parcours, défis rencontrés dans un milieu encore essentiellement masculin, conseils et perspectives... Mejdaline partage son expérience et nous livre son éclairage dans cette interview.
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Aujourd’hui, je reçois Mejdaline Mhiri, journaliste de sport freelance et coprésidente de l’Association des femmes journalistes de sport. J’ai trouvé intéressant de l’inviter pour qu’elle nous parle de ce milieu encore très masculin et qu’elle partage son expérience. Bienvenue, Mejdaline.
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Oui, bien sûr. Je m’appelle Mejdaline Mhiri, j’ai 35 ans et je suis journaliste pigiste, donc indépendante. Cela signifie que je travaille pour plusieurs médias. Pendant huit ans, j’ai travaillé pour le magazine Les Sportives, où j’ai été rédactrice en chef pendant quatre ans. C’est un magazine qui parle uniquement de sport au féminin, mais ce n’était pas mon activité principale. J’ai commencé ma carrière à Sud-Ouest, à Angoulême, en Charente. Depuis quatre ans, je suis installée à Paris et je collabore avec différents médias comme Eurosport ou L’Humanité. Ces derniers temps, j’ai aussi écrit des livres, ce qui n’était pas forcément prévu dans mon parcours, mais que j’ai fait avec plaisir, notamment le livre officiel des Jeux Olympiques, qui sortira début novembre.
On lira cela avec attention ! Qu’est-ce qui vous a donné envie de devenir journaliste sportive ? Était-ce une vocation ?
Pas du tout ! J’ai fait des études de cinéma et de théâtre, et je ne savais pas trop quoi faire de ma vie. À 23 ans, après avoir terminé mon master en cinéma, je me suis rendue compte que ce qui me passionnait vraiment, c’était de parler de handball, de refaire les matchs, d’échanger avec les coachs et les joueurs. Je n’avais pas envie d’être entraîneuse, et je n’avais pas le niveau pour être joueuse. Ce qui m’intéressait, c’était l’analyse. Alors, j’ai décidé de trouver un moyen d’être payée pour parler de handball ! J’ai fait des stages, j’ai avancé, et de fil en aiguille, je me suis dit que le mieux, ce serait de devenir journaliste sportive. Et voilà comment l’aventure a commencé.
Est-ce que ça a été compliqué de se lancer sans avoir suivi un cursus traditionnel en journalisme ?
Il a fallu accepter de commencer tout en bas de l’échelle, d’être mal payée au début, de me remettre en question et de faire preuve d’humilité. J’écrivais très mal au départ, car je n’avais pas les bases. C’est difficile de débuter avec ce sentiment de ne pas être au niveau. Mais j’avais tellement envie que j’observais les autres pour apprendre et progresser. J’ai finalement fait une année en alternance au CELSA à Paris, une école de journalisme, pour valider mes acquis. Cela m’a aidée à me débarrasser du syndrome de l’imposteur et m’a confortée dans ma capacité à exercer ce métier. Ensuite, les opportunités sont arrivées : le journalisme est un métier de relations. Quand on travaille bien quelque part, cela ouvre des portes ailleurs. Aujourd’hui, je suis ravie de travailler de manière libre, de collaborer avec différentes rédactions et de fonctionner au projet. J’adore cette indépendance.
C’est un beau parcours ! Vous disiez que cette approche en autodidacte était peut-être possible « à l’époque ». Est-ce encore faisable aujourd’hui, selon vous ?
Oui, c’est toujours possible, mais sans doute plus difficile. Quand on ne passe pas par une école de journalisme, il faut souvent prouver davantage. Les écoles permettent aussi de faire des stages et de mettre un pied dans les entreprises, ce qui facilite les premières embauches. Pour moi, commencer en étant correspondante de presse pour Sud-Ouest, tout en travaillant chez Decathlon au rayon Chasse et Pêche pour compléter mon revenu, m’a formée. Cela m’a donné la motivation pour avancer et ne plus jamais avoir à retourner au rayon Chasse et Pêche !
Cela demande beaucoup d’investissement, donc il faut être motivé ! Quels ont été pour vous les moments les plus marquants ou gratifiants de votre carrière ?
Il y en a eu beaucoup. Le premier grand moment, c’était ma toute première compétition à l’étranger : l’Euro 2016 de handball en Pologne. J’étais envoyée par la Fédération Européenne de Handball pour couvrir l’événement sur ses réseaux sociaux. C’était en hiver, avec de la neige partout. J’étais seule dans un hôtel en face du gymnase, et comme je ne connaissais pas encore très bien les autres journalistes, je faisais un peu hôtel-gymnase, hôtel-gymnase. Mais j’ai adoré, et cela m’a confirmé que j’étais faite pour ce métier. Ensuite, quand Aurélie Bresson m’a proposé de devenir rédactrice en chef du magazine Les Sportives en 2020, ce fut un autre moment important, même si ce n’est pas le média le plus connu. C’était une belle reconnaissance de mon travail. Et puis, bien sûr, couvrir les Jeux Olympiques et Paralympiques reste un moment exceptionnel, particulièrement les Jeux Paralympiques, qui ont été remplis d’émotion et d’apprentissages.

Les défis dans un milieu masculin
Cela devait être incroyable ! Pour celles qui ne connaissent pas le magazine Les Sportives, je mettrai un lien. Ce magazine met en avant le sport féminin, et le travail de votre équipe est vraiment top. Maintenant, vous travaillez dans un milieu encore très masculin. Pourriez-vous nous dire quelle est la proportion de femmes et d’hommes dans le journalisme sportif ?
Environ 85 % d’hommes pour seulement 15 % de femmes dans les rédactions sportives. C’est énorme ! Lorsqu’on a créé l’Association des Femmes Journalistes de Sport au printemps 2021, on a décidé de nous compter, car on entend souvent que la proportion de femmes augmente, que les choses évoluent. Mais on voulait des chiffres concrets. On a travaillé avec une scientifique pour établir cette proportion de manière rigoureuse. On a observé que les femmes sont un peu plus nombreuses en télévision qu’en presse écrite ou en radio, où elles sont les moins représentées, car les commentaires sportifs restent un domaine quasi exclusivement masculin. Le commentaire sportif en radio est un espace où l’on ne fait pas confiance à l’expertise des femmes. Si on compte les femmes pour qui c’est une occupation principale, on arrive à peine à une quinzaine. Et parmi elles, celles qui commentent le sport masculin en tant qu’expertes, pas d’anciennes athlètes de haut niveau, se comptent probablement sur les doigts d’une main.
Je savais qu’il y avait moins de femmes, mais je ne pensais pas à ce point-là ! C’est formidable d’avoir fait ce comptage, car sinon, tout reste subjectif. J’imagine que la réponse est positive, mais avez-vous rencontré des obstacles particuliers, voire des situations de discrimination ou de sexisme dans votre métier ?
Oui, bien sûr. Comme je suis souvent pigiste, je travaille chez moi et je ne suis pas en rédaction, ce qui réduit peut-être les situations de sexisme. Mais dès mon tout premier stage, j’ai eu une expérience marquante : un journaliste du Parisien, que je connaissais à peine, m’a contactée à la fin de mon stage en me proposant d’aller à New York avec lui. J’ai d’abord pensé que c’était pour couvrir l’US Open, ce qui m’a enthousiasmée, mais j’ai vite compris que ses intentions étaient autres. C’était une déception, car j’avais cru que c’était pour le travail. Il y a quelques années, j’ai repris contact avec lui pour lui expliquer l’impact de son comportement, mais il ne comprenait pas. Cela m’a rappelé que dans ce métier, on est souvent ramenées à notre condition de femme.
Ce que j’entends dans les témoignages d’autres collègues qui ont pu témoigner dans le documentaire de Marie Portolano, c’est que les comportements déplacés viennent plus souvent des collègues ou des supérieurs que des athlètes eux-mêmes. Dans les rédactions, il y a un effet de meute, qui fait que même les hommes qui ne se comportent pas mal laissent faire.
Évidemment, tous les hommes ne se comportent pas de cette façon, mais entre ceux qui se le permettent, ceux qui rient, et ceux qui laissent faire sans rien dire, cela crée au final des situations très désagréables pour les femmes. Ensuite, ces mêmes hommes ou leurs supérieurs vont se demander pourquoi il n’y a pas plus de femmes dans la profession ou pourquoi les femmes ne postulent pas pour ces postes. C’est un cercle vicieux : le milieu ne se remet pas suffisamment en question et n’est pas encore assez engagé dans une recherche profonde de mixité.
Nous sommes loin d’une parité 50-50. Cependant, l’association vise un objectif réaliste de 30 % de femmes, ce qui représenterait une augmentation de 5, 10, voire 15 % dans les rédactions. Des études ont montré qu’à partir de 30 %, les rapports de force se rééquilibrent réellement, et les conditions de travail deviennent plus correctes pour les minorités. Cela implique donc de doubler le nombre de femmes dans les rédactions dans les années à venir.
L’an dernier, en 2023, nous avons fait signer une charte aux principaux responsables des médias pour qu’ils s’engagent à embaucher davantage de femmes et que les conditions de travail s’améliorent pour celles qui sont déjà en poste. Il y a encore beaucoup de chemin à parcourir.
Ce matin, je lisais un article sur deux commentateurs de Canal+ dans le golf qui ont été suspendus pour avoir passé trois minutes à tenir des propos vulgaires et obscènes sur la mère d’un golfeur. C’est malheureusement cette ambiance-là qui persiste dans certains milieux. Je le répète, bien sûr, tous les hommes ne se comportent pas ainsi, mais il est clair que le sexisme reste propice dans cet environnement.
Le documentaire dont vous parlez, je l’ai vu récemment, et je mettrai bien sûr le lien dans la description. J’avoue avoir été sidérée par tout ce qui s’y passe. Qu’il puisse encore y avoir des comportements sexistes, on s’en doute malheureusement, mais ce qui est frappant, c’est le manque de réaction autour. En 2024, on pourrait espérer qu’au moins une personne se lève et dise à quelqu’un qui tient des propos ou adopte des comportements déplacés : « Non, stop, ce n’est plus acceptable. » Et pourtant, personne ne le fait. J’ai l’impression que l’évolution est vraiment lente sur ce point. J’espère que cela finira par bouger, mais c’est incroyable de voir que cela persiste encore aujourd’hui.
Le fait que les deux journalistes aient été immédiatement suspendus montre que la chaîne a réagi. Cela montre qu’il y a une ligne rouge à ne pas franchir, mais dans les rédactions, cette réaction rapide n’est pas encore systématique. Avoir plus de femmes dans les rédactions est crucial pour que ce soit moins systémique. Et il ne faut pas croire que seuls les hommes connaissent le sport !
Comment gérez-vous ce stéréotype ? Adoptez-vous une approche particulière ? Est-ce qu’il faut encore prouver, en tant que femme, qu’on s’y connaît vraiment ? Comment aborde-t-on ce genre de situation ?
Oui, bien sûr qu’on est encore obligées de prouver notre expertise. Évidemment. Aujourd’hui, il faut continuer à parler fort, à montrer qu’on est compétentes, à faire ses preuves par le travail. Heureusement, on a quelques alliés masculins dans ce combat-là, mais ce soupçon d’illégitimité plane toujours au-dessus de nos têtes.
Avec l’association, je connais maintenant beaucoup de femmes journalistes de sport, et je remarque des similitudes dans nos profils. Nous sommes plus de 250, avec des parcours uniques, bien sûr, mais des schémas reviennent souvent : beaucoup d’entre nous étaient les seules filles à jouer au foot avec les garçons dans la cour de récréation, un peu « affranchies », des têtes brûlées, passionnées de sport, qui n’ont pas peur de s’affirmer. Celles qui n’ont pas ce profil ne sont pas encore très présentes dans le métier.
Le journalisme sportif pâtit aussi d’autres problèmes. Dans les rédactions spécialisées comme Eurosport ou L’Équipe, c’est prestigieux de travailler dans le domaine sportif. Mais dans les autres médias, la rédaction sportive est souvent une sous-rédaction, moins valorisée que celles de la politique ou de l’économie.
Selon les études, le syndrome de l’imposteur touche particulièrement les jeunes filles en école de journalisme, car elles se sentent moins légitimes que les garçons, qui vont au foot tous les week-ends et en connaissent souvent les codes depuis longtemps. Entre cette impression d’illégitimité et l’image d’un secteur qui paraît moins prestigieux, certaines se disent qu’elles risquent de subir dans la rédaction sportive et préfèrent alors se tourner vers la politique ou d’autres sujets. C’est ainsi que, petit à petit, elles se détournent du sport et sont moins nombreuses à postuler.

Evolution de la place des femmes dans le journalisme sportif
C’est vraiment un effet presque répulsif. Cela dit, vous avez observé une évolution au cours de votre carrière. Est-ce que vous êtes confiante pour l’avenir ou bien pensez-vous que la situation reste encore très complexe ?
Je pense que la situation reste compliquée, mais si on perd notre optimisme, on cesse de se battre. Donc, oui, on va dire que je suis optimiste, forcément. J’espère vraiment qu’on va y arriver. Je pense, ou en tout cas, je veux croire que la société commence à comprendre l’importance des questions de genre et la nécessité d’avancer vers plus d’égalité. Ce n’est pas gagné pour autant – on voit bien, notamment avec le procès Mazan en cours, que rien n’est encore acquis. Mais au moins, on parle davantage de ces sujets aujourd’hui. Il faut continuer à en parler, continuer à se former, à élever la voix. J’espère que les choses vont progresser.
Au fond, nous sommes déjà si peu nombreuses dans les rédactions que je me dis qu’il n’y a presque plus de marge pour reculer. Aux Jeux Olympiques, il y a eu quelques signes encourageants : le service public avait mis en place une équipe paritaire pour la couverture, avec autant de journalistes et consultants hommes que femmes. Beaucoup étaient d’anciennes sportives, ce qui reste encore le cas pour la majorité des consultantes, même s’il commence à y avoir quelques journalistes. Mais voilà, il faut que cet exemple inspire d’autres rédactions et que cela progresse. Oui, j’ai envie d’y croire.
La couverture du sport féminin dans les médias
J’ai envie d’y croire aussi, vraiment. Je pense que oui, les choses évoluent, et c’est en partie grâce à des associations comme la vôtre. Même si le changement reste lent, cela fait une différence. Maintenant, concernant le sport féminin ou le sport “au féminin” — car même le choix des mots n’est jamais simple — cela reste du sport avant tout. Pensez-vous que les médias en font aujourd’hui une couverture suffisante ?
Il est facile de répondre à cette question tant les chiffres sont révélateurs : seulement 4,8 % de couverture en télévision et environ 9 % dans la presse écrite. Autant dire que la médiatisation du sport féminin reste insuffisante. Les athlètes féminines sont globalement méprisées, et leurs performances, pourtant exceptionnelles, sont souvent considérées comme moins intéressantes. En comparaison, les événements masculins ou même des affaires périphériques, prennent toujours le dessus. Cette inégalité est devenue tellement habituelle qu’elle évolue très peu au fil des années.
Aujourd’hui, le sport féminin reste principalement mis en lumière lors de grands événements comme une Coupe du Monde ou les Jeux Olympiques, mais il faut bien admettre qu’en dehors de ces moments-là, les athlètes féminines sont rarement visibles. Mais cela ne suffit pas. Il est nécessaire d’aller bien au-delà de ces événements ponctuels. La médiatisation doit être accrue, par respect pour ces athlètes et pour ne pas se couper d’une partie entière du sport.
Il est temps de se rendre compte qu’au-delà des matchs de football, d’autres sports et d’autres récits valent la peine d’être mis en avant. Les Jeux Olympiques et Paralympiques ont d’ailleurs montré combien l’émotion générée par ces compétitions ne se limite pas aux disciplines les plus médiatisées. Il est urgent de s’ouvrir à d’autres sports, d’autres athlètes, et de voir ce que le sport féminin a à offrir, au-delà de quelques événements exceptionnels.
Est-ce qu’il y a quand même une petite évolution dans des médias généralistes qui essaient d’allouer un peu progressivement un peu plus de place au sport féminin ?
Je n’ai pas les chiffres exacts sous la main, mais l’Arcom publie ces données chaque année. Et il faut avouer que les résultats sont assez décourageants. Par exemple, tout à l’heure, je mentionnais que la couverture du sport féminin à la télévision est de 4,8 %. En revanche, le service public, si je ne me trompe pas, atteint 9 %, soit deux fois plus que les autres médias. C’est une bonne chose, mais cela reste insuffisant. Le service public doit aller encore plus loin. Contrairement aux arguments du secteur privé, qui prétextent que le sport féminin ne « se vend pas », le service public a la responsabilité de s’affranchir de ces considérations économiques et de diffuser plus régulièrement des événements sportifs féminins.
Nous partons de tellement peu que tout progrès est possible. Dans les années à venir, il est certain que l’on pourra faire bien mieux.
C’est vraiment ridicule et, à nouveau, c’est un cercle vicieux parce que moins on montre de femmes, moins les gens les connaissent et moins ils les suivent…
Et moins les sponsors les soutiennent, moins elles ont les moyens de la performance, moins elles ont de chances de performer. Et du coup, on ne parle pas d’elles et c’est un cercle vicieux qui s’entretient comme ça depuis des années.

Conseils pour les femmes
Et à votre avis, quelles seraient des actions à mettre en place pour essayer d’encourager les femmes à rejoindre le journalisme de sport?
Je conseillerais vraiment aux femmes de se lancer dans ce métier, car le journalisme sportif, comme le journalisme en général, est très varié. Être au contact des athlètes, c’est quelque chose de profondément inspirant. Chaque parcours est unique, mais tous partagent une détermination, un investissement et une passion impressionnants. C’est vraiment motivant de suivre leur cheminement au quotidien.
Personnellement, j’ai choisi ce métier en partie parce que je trouve que notre monde peut parfois être très dur, et j’avais besoin d’un espace qui offre un peu de légèreté. Après tout, le sport reste du sport : perdre un match, c’est difficile, certes, mais cela n’a rien à voir avec des enjeux beaucoup plus graves dans le monde. Cela dit, je constate que j’ai finalement intégré une part de complexité et de politique dans mon travail, notamment en me consacrant à la place des femmes dans le sport.
C’est un métier extrêmement plaisant et stimulant. Couvrir les Jeux Olympiques et Paralympiques a sans doute été l’une des plus belles expériences professionnelles que j’aie vécues, surtout à Paris. J’en ai profité à fond : le matin, je partais chez moi à 9h et je rentrais après minuit, enchaînant pendant cinq semaines de compétition. L’adrénaline et l’émotion étaient incroyables. Vivre un tel événement, c’est une expérience extraordinaire.
Oui, ça devait être vraiment incroyable. Et pour terminer, si vous deviez donner des conseils à des femmes qui hésiteraient, qui aimeraient bien se lancer, mais n’oseraient pas, qu’est-ce que vous leur diriez ?
Il faut vraiment foncer, sans hésiter. Elles verront bien, au bout de quelques années, si cela leur convient ou non. Il ne faut pas avoir peur de se spécialiser. Pour ma part, j’avais des craintes, notamment par rapport au fait que le handball soit mon sport de prédilection, j’avais peur que cela me limite ou me ferme des portes. Et au contraire, cela m’en a plutôt ouvert. De même, lorsque je me suis spécialisée dans la place des femmes dans le sport, j’avais aussi des doutes, pensant que cela pourrait être un obstacle. Mais là encore, cela a été un atout. Il faut donc oser être soi-même, s’affirmer et surtout s’associer.
Faire partie d’une organisation composée uniquement de femmes, c’est extrêmement réconfortant. Dans notre association, par exemple, à chaque fois qu’une jeune femme nous rejoint, on lui propose d’être accompagnée par une marraine plus expérimentée, pour qu’elle ne se sente jamais seule. De plus, toutes les adhérentes savent qui est dans leur coin, dans leur département, et peuvent facilement organiser des rencontres. On met aussi en place régulièrement des moments conviviaux pour que tout le monde puisse échanger.
Que ce soit dans l’association ou dans une rédaction, ce qui compte, c’est de ne jamais se retrouver isolée. Il est essentiel d’avoir quelqu’un, ou plusieurs personnes, qui veillent à ce que l’on avance. Ce métier est exigeant : les horaires sont décalés, la concurrence est rude, et nombreux sont ceux qui aimeraient y accéder, mais peu arrivent à en vivre. Il y a des moments où l’on se demande si l’on a fait le bon choix, surtout quand les opportunités semblent rares. Mais il faut être persévérante, travailler sans relâche, et continuer à se battre.
Parfait, merci beaucoup, c’est un beau message pour la fin! Merci pour cet échange, j’ai appris plein de choses donc je pense que les auditrices en auront appris autant que moi.
Liens
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- Association des femmes journalistes de sport
- Documentaire de Marie Portolano « Je ne suis pas une salope, je suis une journaliste »

