Marion Prigent – Adapter sa pratique sportive et son quotidien à la maladie

Mise à jour le 08/10/2024
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Dans cette interview, Marion partage avec nous son expérience en tant que femme sportive passionnée de sports outdoor mais atteinte de plusieurs maladies auto-immunes. Comment a-t-elle adapté son quotidien et sa pratique sportive pour continuer à faire ce qui lui plaît? C'est ce qu'elle nous explique ici!

Laurène Philippot
Laurène Philippot
Laurène est la fondatrice du média. Cycliste (bikepacking, route et gravel), traileuse et randonneuse, elle est amoureuse de nature et particulièrement de montagne!

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Présentation de Marion

J’ai 37 ans, j’habite en Haute-Savoie depuis 5 ans maintenant, mais à la base je suis Bretonne. J’ai habité quelques années en Alsace, c’est là qu’on s’est rencontrées d’ailleurs. Et je suis à mon compte depuis 8 ans en temps partiel et 2 ans à temps plein, on verra après pourquoi. Et puis, voilà, toujours fan de nombreux sports de plein air, de sports outdoor bien sûr!

Alors aujourd’hui, je pratique régulièrement la randonnée à la journée. La randonnée en itinérance aussi, le parapente bien sûr, le VTT électrique et la natation aussi. Et puis, plus doux comme sport, du yoga et du pilates. Voilà, et après il y a les sports d’hiver bien sûr, le ski de rando principalement et la rando en raquette.

Oui, depuis toute petite, j’ai toujours pratiqué beaucoup de sport, que ce soit en club ou à l’extérieur avec mes parents. On partait pas mal en camping-car tous les week-ends. Et on faisait des sports nautiques (en Bretagne c’est pas étonnant!). Donc de la nage en mer, de la planche à voile et les petits bateaux à voile quand on débute.

L’annonce de la maladie

Bien sûr. Effectivement, après avoir passé une année super compliquée au travail, j’ai eu plusieurs pertes de connaissances. Mes collègues, mes amis, des inconnus dans le métro m’ont amenée aux urgences sans que je m’en rende compte, parce que j’avais perdu connaissance.

Et au fil de quoi, j’ai été hospitalisée une semaine et on m’a trouvé une première maladie auto-immune. Alors, pour faire simple, une maladie auto-immune, c’est son propre corps qui se bat contre son propre corps. C’est des micro-organismes, en fait, qui s’attaquent à un autre parce qu’ils pensent qu’il est étranger et qu’il n’a rien à faire ici. Voilà, en résumé. Souvent, ça se déclenche par un stress, par des difficultés, par un choc émotionnel, on va dire. Alors lequel? Je suis incapable de le dire, je ne sais pas. Toujours est-il que c’est la maladie de Birmer que j’ai et depuis, j’en ai plusieurs autres.

Écoute, comme ça faisait déjà un an que ma vie était altérée, très compliquée, j’étais fatiguée et à la fin je n’arrivais même plus à m’alimenter, donc je n’étais obligée de boire que des soupes, que des choses liquides, des jus de fruits que je me faisais moi-même avec un extracteur de jus pour que ça reste sain, que quand j’ai eu un diagnostic, je me suis dit: « finalement je ne suis pas folle ».

Parce qu’à un moment donné, ce qui est difficile dans ces cas-là, c’est que tu me connais, je suis… toujours très très joyeuse et quand je dis que je vais pas bien, on sait très bien que le lendemain je vais bien, donc bon c’est jamais évident quand tu commences à dire que là tu te sens vraiment pas bien mais que tu sens qu’il ya quelque chose de plus profond.

Mais à part dire que tu as mal partout et que ce n’est pas facile, le jour où on m’a appris ça, je me suis dit tu sais de toute façon tu n’as que deux choix, tu as soit celui de sombrer ou soit celui de te relever, donc tu me connais j’ai choisi de me relever, de continuer en fait.

Se poser les bonnes questions

Oui. À l’époque, j’étais chef de projet événementiel, à la base dans les Alpes. Et une collègue a eu un petit souci lors de son congé maternité, je la remplaçais, et du jour au lendemain, je me suis retrouvée sans travail.

Donc, j’ai alerté un peu tout mon réseau. Je me suis retrouvée à Paris pendant un an. J’ai réussi à trouver un job pendant un an. Evidemment, je n’étais absolument ni dans la ville que je souhaitais, ni sur le métier parce que je m’éloignais un petit peu de l’hôtellerie et du tourisme. Mais c’était ça où je me retrouvais un peu à la rue et je venais de démarrer mon métier un peu de rêve. Ça m’apprendra à faire des pauses et à réfléchir avant de rebondir, mais voilà, ça a été un bel apprentissage.

Évidemment, je pense que cette année-là a été compliquée parce que je n’étais pas à ma place en fait. Même si j’étais dans le métier que je rêvais de faire, je n’étais ni au bon endroit, ni sur le sujet que j’aimais beaucoup et pas forcément avec les bonnes personnes qui m’entouraient non plus.

Et du coup, quand j’ai appris ça, de toute façon, du jour au lendemain, on m’a dit « Voilà, votre vie va changer. Vous ne pourrez plus jamais faire la même chose. Vous voyez bien, vous êtes fatiguée tout le temps. Bosser 80 heures par semaine dans l’événementiel, ça ne va plus être possible. »

Donc, je suis revenue en Alsace, chez mes parents. Et là, pour le coup, j’ai appris de mes erreurs. J’ai fait une pause. De toute façon, la pause s’imposait puisque je ne pouvais plus rien faire. Il fallait que je reprenne des forces, il fallait que j’accepte aussi ma maladie. Je me suis dit, « mais qu’est-ce que je veux faire ? Qu’est-ce que j’aime dans la vie ? Qu’est-ce qui est fondamental pour moi ? » Et je me suis enfin posé les bonnes questions. Et évidemment, qu’est-ce qui est revenu ? Le voyage, les sports outdoor, l’écologie,… Je me suis dit, « qu’est-ce que je pourrais faire avec ça ? ».

Un travail à temps partiel pour mieux rebondir

J’ai une très bonne amie qui m’a dit, « mais Marion, pour reprendre confiance, tu devrais travailler dans une enseigne de sport en temps partiel« . Au moins, tu serais dans ton élément. Et du coup, j’ai fait ça. J’ai postulé et j’ai été acceptée. J’ai travaillé évidemment au début au rayon montagne, j’étais tout à fait dans mon élément. Super contente de pouvoir renseigner les gens à faire de la rando, tous les sports que je ne pouvais plus trop faire à ce moment-là. Et en fait, ça a été un très gros déclencheur pour moi d’avoir repris ce CDI à temps partiel, puisqu’en parallèle, j’ai décidé de créer un blog et de monter ma micro-entreprise.

En fait, c’est grâce à mon blog, fait à la base juste pour le plaisir, que mes clients m’ont trouvé sur mon blog pour faire de la rédaction spécialisée dans ce secteur. Et c’est comme ça que l’opportunité s’est créée de changer de métier.

Et là, je me suis dit, « mais c’est incroyable, je vais pouvoir faire un métier à mon rythme depuis chez moi, dans le domaine qui me plaît le plus, c’est-à-dire le voyage, la montagne, le sport outdoor ». Et je suis devenue du coup rédactrice web et community manager. Et depuis, j’ai aussi appris à créer des web vitrines parce que j’adore apprendre, tout simplement. Ça, c’est tout le côté travail.

Sur le côté personnel, la vie du quotidien a diamétralement changé. Je n’ai plus du tout le même rythme, je suis très fatigable et très rapidement. Ma journée est découpée en plusieurs morceaux avec beaucoup de pauses pour être capable de faire les choses à mon rythme.

Et là, j’ai accéléré ça. Depuis deux ans maintenant, je suis à mon compte à 100%. Je ne suis plus du tout en temps partiel dans cette enseigne qui m’a fort appris et donné des ailes. Et aujourd’hui, c’est le cas de le dire, je vole de mes propres ailes sous tous les angles!

Adapter son rythme à son corps

Ouais exactement en fait je me suis créé les contraintes que je souhaite, comme j’aime dire.

Oh, c’est une super question. En 9 ans, évidemment, beaucoup de choses ont changé parce que j’ai la soif d’apprendre, j’ai la soif d’avancer. J’étais carriériste, je ne peux plus l’être parce qu’à chaque fois que j’essaye de le redevenir… eh bien, ça me retombe dessus!

J’ai de nouveau des symptômes, mes maladies se redéveloppent encore plus. Donc, à chaque fois, on se prend une claque et on doit reculer.

Donc, à un moment donné, j’ai dû apprendre à, plutôt que de reculer, accepter et choisir un train longue distance qui me permette de rester dans le wagon et d’aller loin, mais toujours à la même vitesse, quoi. Sans accélérer et surtout pour éviter de freiner. Parce qu’en réalité, c’est ça. C’est vraiment, dès que je grand fais trop, ça se réveille.

Donc, par exemple, il y a plein de sports que je ne fais plus. Avant, je faisais beaucoup de VTT de descente, d’enduro. C’était des sports très, comment dire, cardio, un peu durs. Aujourd’hui, je ne peux plus, ça me crée des maux de tête. Je ne peux plus: il y a des sports que j’ai complètement supprimés malgré moi mais pour un confort de vie. Si je mettais deux jours à m’en remettre, ça ne sert à rien. Quant au travail, je ne suis plus carriériste, j’ai d’autres priorités dans la vie c’est à dire vivre en fait, tout simplement, et garder le sourire dans toutes les épreuves de la vie.

Adapter sa pratique sportive

Oui, par exemple, quand on va faire du parapente, il y a deux manières de pratiquer, enfin il y en a beaucoup plus de manières de pratiquer le parapente, mais les deux que je pratique, c’est faire du vol de proximité, c’est-à-dire par une navette aller quasiment au décollage à pied et faire plusieurs vols, ou faire de la rando-vol, c’est-à-dire qu’on marche pendant plusieurs heures pour arriver à un point, et ensuite on vole.

Moi, je préfère en faire moins, mais faire ce qui me plaît vraiment, c’est-à-dire de la rando-vol. Je me suis mise au parapente principalement pour cette raison parce que ça me faisait rêver de voir ces gens s’envoler alors que moi, j’étais là-haut et que je devais redescendre à pied. Je me suis dit, un jour, je veux faire ça.

Et je l’ai fait alors que j’étais déjà malade. J’ai appris le parapente alors que j’étais déjà malade. Mais pareil, le parapente, on pourrait avoir des rêves de traverser, de faire de longs vols pendant plusieurs heures. Moi, je ne peux pas. J’ai mal partout au bout d’un moment. Et ce n’est pas une question de condition physique parce que je fais beaucoup de sport dans la semaine. C’est simplement mon corps qui ne peut pas.

Donc, c’est pareil. J’adapte la pratique par rapport à mon corps. Donc, plutôt que de voler 5 heures, je vole maximum que 2 heures. Après, je suis très fatiguée. Plutôt que de faire 4 vols dans une journée, je préfère faire une randonnée plus un seul vol. Voilà, ça c’est un exemple concret de ma pratique.

Exactement. La randonnée, tu vois, je randonne beaucoup seule parce que j’ai un rythme plus bas que la moyenne en tout cas par rapport au Savoyard qui marche beaucoup de manière générale. Quand je vais en Bretagne, généralement, il n’y a pas de problème. Mais voilà, en fait, je peux marcher vraiment beaucoup de kilomètres, l’itinérance n’est pas un problème. Par contre, je marche beaucoup plus lentement que des gens sportifs que je serais censée être à la base par rapport au nombre d’heures que je fais de sport.

Exactement, il faut accepter. En fait, il y a deux choix, soit on le fait, soit on le fait pas. Et si on veut le faire, il faut apprendre à s’adapter.

Le plus important, c’est ce qu’on en fait

Tu sais, la plupart des gens se disent que dès qu’on a un problème, en fait, on arrête tout. On se dit « mais je peux plus« . Et il y a beaucoup de gens aussi qui nous mettent des bâtons dans les roues et qui nous disent « bah tu sais, maintenant que t’as ça, de toute façon, c’est mort, quoi ».

Mais en fait, il faut s’imaginer que les gens nous disent ça parce qu’eux ne seraient peut-être pas capables de le faire ou de réussir à passer outre. Mais on est différents! Quand il nous arrive des choses comme ça, on a une force qu’on n’imaginait même pas au fond de nous.

Donc, il faut s’écouter. Il faut s’écouter et il faut aussi, dernier petit message, il faut aussi, surtout, se dire que tout le monde a des soucis dans sa vie, plus ou moins difficiles, avec une plus ou moins grosse intensité, mais on ne peut jamais se comparer et comparer sa douleur. La chose qui est très importante, c’est ce qu’on en fait. Ce qu’on décide de faire de ce qui nous arrive en fait.

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