Féminiser les métiers du vélo avec Ophélie Laffuge des Femmes à vélo

Dans cet épisode du podcast la Sportive Outdoor et dans le cadre du Podcasthon, j'ai reçu Ophélie Laffuge, présidente de l'association Les Femmes à vélo, pour parler de l'état des lieux et des enjeux de la féminisation de la filière du vélo en France.
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Résumé de l’épisode
Dans le cadre d’un épisode spécial du Podcasthon, j’ai reçu Ophélie Laffuge, présidente et co-fondatrice de l’association Les Femmes à vélo. L’objectif de cet échange est de dresser un état des lieux de la féminisation du secteur cycliste et de détailler les leviers activés pour transformer une industrie encore largement masculine.
Une passionnée au service de la mixité
Ophélie Laffuge n’est pas une nouvelle venue dans l’écosystème sportif. Entrepreneuse indépendante spécialisée dans le marketing et l’événementiel du sport au féminin, elle collabore notamment avec la Fédération française de cyclisme (FFC). Cycliste depuis l’enfance, elle vit aujourd’hui à Lyon sans véhicule personnel, utilisant le vélo pour tous ses déplacements depuis 15 ans. Avec cinq vélos dans son garage, elle incarne la pluralité des pratiques, du vélotaf au VTT.
C’est en 2021, avec deux amies cyclistes, qu’elle lance son association « Les femmes à vélo » après avoir constaté que l’écosystème professionnel restait hermétique aux femmes malgré une pratique croissante.
Le choc des chiffres : une étude nationale sans appel
Pour dépasser les simples ressentis, l’association a impulsé une étude nationale sur la place des femmes dans la filière vélo, portée par France Vélo et présentée le 15 décembre 2025 à l’Assemblée nationale. Les résultats révèlent une sous-représentation majeure :
- Un taux de féminisation de 18 % : Pour 100 emplois à temps plein dans la filière, seuls 18 sont occupés par des femmes.
- L’avant-dernier élève de France : Le secteur se situe juste devant celui de la construction (13 %) et loin derrière l’industrie ou l’automobile (25 à 30 %).
- Des disparités par branche : La production s’en sort le mieux avec 26 % de femmes grâce aux usines de fabrication. À l’inverse, on ne compte que 5 % de femmes dans les métiers de la conception et du design.
- Un plafond de verre sécuritaire : 50 % des professionnelles du secteur déclarent avoir été victimes de violences sexistes et sexuelles (VSS) au cours de leur carrière.

Les freins structurels à l’embauche et à la rétention
L’étude identifie plusieurs obstacles majeurs. Le premier est culturel : de nombreuses entreprises considèrent le cyclisme comme un « bastion masculin » par nature, se dédouanant ainsi de toute responsabilité proactive. Les stéréotypes de genre persistent également dans l’attribution des postes, réservant souvent la minutie aux femmes et la technique ou la force physique aux hommes.
Au-delà du recrutement, le secteur peine à retenir ses talents féminins. Les femmes quittent la filière beaucoup plus rapidement que les hommes, souvent à cause du manque de formation des entreprises sur l’égalité et la prévention du sexisme.
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Enfin, les entreprises croient parfois agir via une communication inclusive, mais se limitent souvent à la mention « H/F » sur les offres d’emploi, ce qui s’avère insuffisant pour attirer des candidates.
Vers un cercle vertueux : mentorat et design inclusif
Pour l’association, la féminisation n’est pas qu’un enjeu de justice sociale, c’est une nécessité économique. Ophélie Laffuge souligne qu’avec seulement 5 % de femmes en conception, les produits (vélos, selles, équipements) restent pensés par des hommes pour des morphologies d’hommes. Intégrer des femmes dès la conception permettrait de proposer des produits adaptés, favorisant ainsi la pratique féminine et, par extension, le recrutement de futures professionnelles.
Pour accompagner ce changement, Les Femmes à vélo lance en 2026 un programme de mentorat pilote. Douze binômes mentor-mentorée seront formés pour permettre à des femmes expérimentées de guider celles qui souhaitent progresser dans leur carrière.
Parallèlement, un auto-diagnostic gratuit de 20 questions a été mis en ligne sur le site de France Vélo pour aider les entreprises à évaluer leur propre maturité sur ces sujets de mixité.
Conclusion
L’engagement pour la féminisation de la filière vélo passe par la visibilité et le réseau. Ophélie Lafuge encourage les femmes à « ne pas trop se poser de questions » et à rejoindre la filière, où de réelles opportunités existent. L’association, gérée par six bénévoles, propose une adhésion annuelle à 20 euros pour soutenir ses actions de lobbying et de valorisation.
Liens
- Site Les Femmes à vélo
- Instagram d’Ophélie
- Podcasthon

