Emma Karslake – Aventure à la nage le long des côtes normandes

Mise à jour le 08/04/2025
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Dans cette interview, Emma partage avec nous l'aventure qu'elle a décidé de tester en nageant le long des côtes de la Manche durant 5 jours entre le Mont Saint-Michel et Granville.

Laurène Philippot
Laurène Philippot
Laurène est la fondatrice du média. Cycliste (bikepacking, route et gravel), traileuse et randonneuse, elle est amoureuse de nature et particulièrement de montagne!

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Présentation d’Emma

J’ai grandi en France, mais j’ai beaucoup voyagé par la suite. Aujourd’hui, je vis en Angleterre, bien que je sois semi-nomade depuis quelques années. Mon parcours d’aventure a commencé avec un voyage à vélo en Amérique du Sud qui a duré six mois.

C’était mon tout premier voyage à vélo, et j’étais accompagnée de trois amis. Nous étions préparés d’une certaine manière, mais complètement novices à d’autres égards. Je me souviens qu’à Ushuaïa, en sortant de l’aéroport, j’ai monté mes sacoches à l’envers sur mon vélo. Résultat : elles heurtaient mes pieds en pédalant. On a dû s’arrêter au bout de cinq kilomètres… Ce moment marquait le début d’une grande aventure, où nous transportions toute notre maison : matériel de camping, filtres à eau, et tout ce qu’il fallait pour traverser des zones où il n’y a même pas de robinet.

J’avais 22 ans à l’époque, et en chemin, j’ai rencontré de nombreux cyclo-voyageurs. Ils me disaient : « Ah, tu as 22 ans, tu fais ça ? C’est foutu, tu feras ça toute ta vie. » Je pensais qu’ils exagéraient. Et pourtant, sept ans plus tard, je n’ai jamais arrêté. Je continue à pratiquer le bikepacking, avec des aventures de toutes tailles, de l’ultra-distance et des voyages plus légers. Depuis, ma vie tourne principalement autour du vélo.

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L’idée d’aller nager le long des côtes de la Manche

C’est une idée qui s’est construite petit à petit. Il y a deux ans, j’avais demandé une bouée de natation pour Noël. C’est une bouée fluo attachée par une cordelette qui sert à être visible en eau libre. J’ai découvert ce concept dans un réservoir à Londres, où on est obligés d’en porter pour être repérables par les bateaux. Certaines bouées permettent aussi de transporter des affaires : elles se gonflent, et on peut y mettre ses affaires avant de les traîner dans l’eau.

J’ai utilisé cette bouée pour la première fois en traversant le lac de Côme, et puis pour des petits trajets. Par exemple, j’ai nagé 500 mètres pour aller prendre un café dans un camping voisin. C’était drôle de débarquer en maillot de bain au milieu d’un camping ! Mais en la voyant, je me disais : « Il faudrait que je fasse quelque chose de plus avec. »

Je fais beaucoup d’itinérances, que ce soit à pied ou à vélo. Je me suis dit : « Je sais aussi nager, pourquoi pas essayer l’itinérance à la nage ? » Ensuite, j’ai réfléchi à comment et où le faire. Ce qui était crucial pour moi, c’était de trouver quelque chose de simple, sans me faire peur, car l’eau reste un environnement très différent. Je voulais que ce soit une expérience, pas un défi. Mon objectif était de m’amuser et d’apprendre à organiser ce type de voyage, tout en restant flexible. C’était un « bébé voyage », pour ainsi dire.

En parallèle, je sortais d’une période difficile avec le cyclisme ultra-distance. J’avais eu des blessures et des difficultés psychologiques liées au manque de sommeil. Toute ma vie tournait autour de l’entraînement pour un ultra que j’avais finalement décidé d’abandonner la veille du départ. Je me suis réveillée avec une boule au ventre et je me suis dit : « Je ne peux pas commencer une épreuve d’une semaine dans cet état. Arrête, sois sympa avec toi-même. » Cela a été une décision difficile, mais nécessaire. Par la suite, je me suis retrouvée à me demander : « Et maintenant ? Je suis en super forme, j’adore voyager, mais j’ai abandonné tout ce pour quoi je me suis entraînée. »

C’est là que l’idée de la nage s’est imposée. Je voulais une aventure différente, sans pression. Ce qui était rassurant avec ce projet, c’est que je nageais le long de la côte. À tout moment, je pouvais arrêter et revenir à terre. C’était une manière de faire des « vacances aventure » tout en étant indulgente envers moi-même.

Il y a beaucoup de gens qui m’ont dit que c’était courageux, et ce n’était vraiment pas une réaction à laquelle je m’attendais. Je pensais devoir m’expliquer, entendre des « C’est dommage, tu étais tellement entraînée ». Mais, en fait, les gens ont vraiment compris.

Expérience préalable en natation

En fait, j’ai toujours adoré l’eau, mais j’étais une nageuse moyenne. J’étais à l’aise en brasse, mais le crawl, je l’ai appris toute seule en 2021. À l’époque, je ne pouvais pas faire 25 mètres sans suffoquer. Je m’entraînais pour un triathlon, un demi-Ironman. C’était mon premier, et je visais vraiment l’endurance. Je me suis dit que j’avais six mois pour apprendre le crawl et que cela ne pouvait pas être si compliqué… Mais c’est compliqué ! J’ai galéré.

Aujourd’hui, je suis à un niveau où, même si ma technique n’est pas excellente, je suis très à l’aise pour les longues distances. Je nage en crawl plutôt qu’en brasse, même si ce n’est pas très rapide. Par contre, je suis surtout très à l’aise en eau libre. J’ai appris en piscine, mais très vite, je ne nageais plus qu’en extérieur. Cela change tout, parce qu’un bon nageur en piscine peut facilement paniquer en eau libre, et cela arrive souvent.

Préparation de l’aventure

Honnêtement, l’entraînement n’a pas été très intensif. Récemment, je n’avais pas beaucoup nagé, donc j’ai fait trois sessions en piscine deux semaines avant. Ensuite, j’ai fait deux sessions en eau libre juste avant de partir, avec ma bouée, pour tester les courants et confirmer mes plans. Physiquement, je n’ai pas fait grand-chose parce que j’avais choisi des distances journalières courtes, entre trois et quatre kilomètres. Ce n’était pas un challenge. Avec toute la journée devant moi, c’était gérable, même avec les contraintes des marées. Et si je voulais, je pouvais toujours sortir de l’eau et marcher.

Côté préparation, le plus dur a été la planification. En France, il y a des lois un peu complexes, comme l’interdiction de remonter ou descendre une rivière à la nage. Je ne voulais pas risquer une semaine compliquée à cause de ça. J’ai donc opté pour la mer. Ensuite, il fallait trouver une zone adaptée : pas de ports, des Airbnbs à proximité, une côte jolie, et une mer généralement calme.

J’ai fini par choisir le trajet Mont-Saint-Michel-Granville. Ce n’est pas loin d’une région que je connais bien. Mes parents habitent à 20 kilomètres au nord de Granville, et je connais les courants.

Pour l’itinéraire, je ne pouvais pas utiliser Google Maps ni des applis classiques, même pas des applis maritimes. J’ai donc utilisé ma montre de triathlon Suunto, qui permet de tracer des itinéraires libres. J’ai dessiné une ligne dans l’eau et regardé ensuite les distances journalières, repérant où je pouvais m’arrêter dans les villages. C’était très approximatif, car, en regardant une carte, je ne savais pas à quelle distance du bord je nagerais. Cela change beaucoup la distance totale selon que tu longes les baies ou que tu les traverses.

En plus, je ne savais pas si je nagerais droit, ce qui est difficile pour deux raisons : d’abord, garder un cap en nageant est compliqué, et ensuite, les courants peuvent te dévier. Donc, c’était approximatif, et je me disais : on verra bien.

J’ai aussi cherché à éviter les rochers et autres obstacles. J’ai essayé de trouver des cartes maritimes, mais quand on ne s’y connaît pas en navigation, c’est très difficile. Il faut des cartes qui montrent les vents, les courants, les rochers, et les zones d’amarrage, et c’est compliqué à trouver. Finalement, j’ai utilisé une application Garmin avec un essai gratuit de deux semaines. C’était parfait, car j’y trouvais les vents, les courants, et leurs prédictions au jour le jour. Cela m’a beaucoup aidée.

Pour planifier mes journées, je voulais avant tout que ce soit un moment de plaisir et non une galère quotidienne. Ce n’était pas évident, surtout en Normandie en septembre, où le temps est imprévisible. J’ai donc dû prendre en compte plusieurs paramètres, notamment les marées. La baie du Mont-Saint-Michel est connue pour avoir les plus grandes marées d’Europe. L’eau se retire sur des kilomètres, donc il fallait vraiment planifier l’heure d’arrivée sur la plage pour éviter de me retrouver sans eau.

Ensuite, il y avait les courants, en particulier le flot et le jusant, qui accompagnent respectivement les marées montantes et descendantes. Je me suis calée sur ces courants pour que l’eau me porte et me facilite la nage. J’ai aussi dû anticiper le vent, qui peut légèrement influencer les courants en surface. Bref, beaucoup de paramètres à prendre en compte pour que tout soit aligné et agréable.

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Equipement

Côté équipement, j’avais une bouée de dix litres, qui ne pouvait pas être remplie totalement pour rester bien étanche. Dedans, j’avais mon téléphone, un chargeur, le strict minimum pour me changer, et parfois quelques affaires confiées à une amie qui marchait sur le sentier côtier pendant que je nageais.

Pour nager, j’avais une combinaison en néoprène, avec des gants et des chaussettes pour contrer ma mauvaise circulation. Pas de bonnet en néoprène, car la mer était à 18 degrés, une température supportable. Et un détail crucial : la vaseline. Je l’ai utilisée pour protéger ma peau fragile, car même une heure par jour dans l’eau salée me retirait une couche de peau. Elle m’a sauvé la mise et rendu l’expérience bien plus confortable.

C’était donc une organisation minutieuse, mais ça m’a permis de profiter pleinement de cette aventure.

L’aventure jour après jour

Il n’y avait pas vraiment de question de ravitaillement, ou de moments précis pour manger, car j’ai fait tout le parcours d’une traite. J’avais toujours un petit snack dans mon sac, juste au cas où, pour pouvoir m’arrêter et manger ou boire, mais je ne l’ai pas utilisé. En fait, au maximum, je nageais 1h45 par jour, et je n’allais pas très vite, donc je n’ai pas eu besoin de faire de vraie pause pour manger. Quant à ma journée type, elle était à la fois régulière et décalée, car les horaires changeaient chaque jour en raison de la marée qui se déplace d’environ 45 minutes chaque jour. De plus, j’avais des contraintes liées aux trains le premier et le dernier jour, car j’étais avec une amie qui devait arriver et repartir à des heures précises.

Le premier jour, je me suis complètement trompée dans mes prévisions. Je savais qu’il y avait des chances qu’il n’y ait pas d’eau quand j’arriverais, alors je me suis changée sur le sentier côtier avant d’arriver sur la plage du Mont-Saint-Michel. Le coefficient de la marée était bas, donc elle n’était pas censée se retirer trop, mais comme c’est une zone de grandes marées, ça restait un pari.

En arrivant, j’ai vu des groupes scolaires marchant en baskets le long de la côte, et je me suis demandé si j’allais vraiment pouvoir nager. Je me suis dit « je ne sais pas si je vais pouvoir nager mais je suis en combi, ça prend un quart d’heure de la mettre, alors vas voir si tu trouves de l’eau ».

J’ai marché dans une sorte de boue, une argile typique de la Manche, très glissante, qui m’a fait m’enfoncer jusqu’au genou. C’était gênant, mais ma combinaison me protégeait. J’ai trouvé un petit ruisseau qui allait vaguement dans la bonne direction, avec un peu de courant. J’étais à moitié couverte de vase et j’avais chaud dans ma combinaison au soleil. J’ai rampé dans l’eau quelques centaines de mètres. C’était vraiment plus de la progression que de la nage, mais au moins, je pouvais dire que j’étais entrée dans l’eau et que j’avais utilisé mes bras.

Le deuxième jour, les conditions étaient parfaites. Le soleil était au rendez-vous et il me suffisait de sortir de la cabane que nous avions louée et de longer la plage avant d’atteindre une petite falaise. C’était un petit parcours qui me permettait de commencer ma nage avant d’atteindre une jetée, ce qui me permettait de ressortir sans difficulté. Mon amie a pris le sentier côtier et j’ai fini par l’atteindre en même temps qu’elle à cause du courant qui m’a poussée très vite. J’ai parcouru 4 km en une heure, ce qui n’est vraiment pas ma vitesse habituelle en natation.

Là, j’ai réalisé qu’il y a une vraie différence entre les repères que l’on a à pied ou à vélo et ceux que l’on a dans l’eau. C’est très difficile de juger des distances dans l’eau, surtout quand tu es immergé, et c’est encore pire quand tu es dans des vagues. Même avec une montre, ce n’est pas précis. Le premier jour, c’est là que j’ai compris à quel point c’était difficile de naviguer en suivant la côte tout en évitant les rochers.

Le troisième jour, c’était un jour particulier, car je devais nager 4 km en continu le long des falaises, qui sont abruptes et très rocheuses, sans plages pour faire une pause. Les conditions devaient être bonnes, sinon ça risquait d’être compliqué. J’avais repéré une petite rivière à environ 2,5 km qui se jetait dans la mer et formait une petite plage, ce qui m’offrait un point de repère pour pouvoir m’arrêter.

Je pensais que le coefficient de la marée serait suffisamment bas pour que je puisse m’arrêter en bas des falaises, où il y a du sable. Mais en arrivant à la jetée, je me suis rendue compte que l’eau était trop haute, donc je n’ai pas pu m’arrêter. Je me suis dit que le courant serait sûrement le même que le jour précédent, donc je suis partie à l’eau. Ce fut vraiment le jour de l’aventure. J’ai nagé à une bonne distance, assez loin du bord, pour éviter les rochers. Le paysage était superbe, et la mer un peu agitée, mais j’ai adoré cette journée. Ce jour-là, j’ai découvert la beauté de nager dans des conditions un peu extrêmes, et j’ai vraiment pris du plaisir.

Les troisième et quatrième jours, l’histoire était assez similaire. Il y avait du vent, presque une petite tempête. Le courant m’a aidée, mais il m’a fallu un temps fou pour passer une barrière de vagues. Une fois que j’ai réussi à les passer, j’étais bien essoufflée, ce qui n’était pas idéal avant de commencer à nager. Le fait d’être ramenée à chaque fois par les vagues m’a épuisée. J’ai quand même avancé en alternant natation et longe-côte, ce qui m’a permis de me reposer un peu.

La dernière portion de mon trajet a été marquée par un gros orage avec de la grêle. J’ai d’abord voulu rester dans l’eau, car la grêle était moins douloureuse, mais une fois que ça a cessé, je suis sortie et j’ai marché sur la plage. C’était totalement désert, il n’y avait plus que moi, ce qui était assez magique malgré la tempête. C’était un moment assez étrange, mais agréable, où je me suis sentie vraiment en phase avec l’aventure.

C’est ça. Et donc, on arrive au dernier jour. Ce jour-là, on avait un train à prendre en début d’après-midi, ce qui signifiait que j’étais obligée de partir, avec la marée montante et le courant contre moi. Et c’était encore un peu la tempête. Donc là, c’était le bazar. Je me suis réveillée, je me suis dit : « Quelle galère, qu’est-ce que je fabrique ? » Bon, j’y vais. C’était la marée montante.

J’ai pu un peu tricher au début. J’avais grosso modo deux baies à longer, mais au lieu de longer la première baie, j’ai visé directement en ligne droite vers Granville, où l’on voit des bâtiments au loin. Il y a aussi que je suis myope et que je n’ai pas de correction quand je nage. Donc, c’était déjà un peu difficile de me repérer, mais c’est encore plus compliqué de mettre des lunettes. Je ne suis pas très myope, mais ça change un peu la donne quand même. J’ai donc un peu triché pour la première baie.

Ensuite, j’ai fait un peu pareil : moitié longe-côte, moitié natation. J’ai fini par nager, encore une fois, dans presque pas d’eau, parce que c’est là que les vagues étaient les plus gérables, entre moi et ma bouée. Voilà.

Et donc, j’étais peut-être à deux kilomètres. J’étais arrivée au village avant Granville. C’était juste au niveau du temps. J’aurais pu finir, je pense, vu la vitesse à laquelle j’allais. C’était juste et j’étais fatiguée. En plus, à ce stade-là, j’avais quand même pas mal de courbatures aux bras et aux épaules. Je me sentais fatiguée.

Et là, comme je suis habituée à dépasser mes limites avec l’ultra et le voyage, quand tu es fatiguée, ça arrive souvent, je me suis surprise à avoir les pensées que j’ai quand je dois me pousser et que je n’en ai plus envie. Donc je me disais : « Il y a différents trucs à faire. Tu vois, coupe tes sensations, ce n’est pas toi qui décide, vas-y, arrête de regarder le point au loin, fais trois respirations, et à la troisième, regarde le caillou. Et après, le caillou suivant. » C’est comme quand tu fais du vélo, tu as ces mécanismes pour t’aider à continuer d’avancer.

Je me suis dit que ce n’était pas du tout pour ça que j’étais là. Je suis sortie de l’eau et j’ai décidé que c’était fini. Ma copine m’attendait sur la plage. On avait acheté une brioche et du chocolat au lait. On a mangé notre brioche et notre chocolat au lait après ma séance de natation.

C’est exactement ce qu’on faisait quand on avait 8 ans et qu’on prenait des cours de natation où on n’apprenait rien. D’où le fait que je ne connaissais pas le crawl avant 2021. Et en fait, je me suis dit que c’est exactement pour ça que je suis venue : pour prendre des goûters sur la plage avec ma copine après ma session. Je ne suis pas venue ici pour me stresser à fond parce que je n’ai pas réussi. C’est une belle manière de terminer, surtout quand on parle des courants.

Les plus grands défis rencontrés

En réalité, les marées, surtout celles du Mont-Saint-Michel, jouent un rôle crucial. Il y a une fenêtre de deux heures dans la journée où tu peux nager sans avoir à marcher trop longtemps. Et même si tu devais marcher longtemps pour atteindre l’eau, la pente de la plage est telle qu’une fois arrivée à l’eau, tu dois encore marcher 200 mètres pour avoir de l’eau jusqu’aux genoux, puis encore 200 mètres pour l’avoir jusqu’à la taille. Ce n’est pas du tout pratique.

Tu pourrais choisir les périodes de calme par rapport au vent, mais pour la marée, c’est soit maintenant, soit jamais, et tu n’as pas vraiment de contrôle sur les autres conditions. Je pense que, plus que les courants, ce qui était vraiment compliqué pour moi, ce sont les marées. Mais en même temps, c’était un bon endroit car je connaissais un peu la côte. Je pense que le mieux, c’est de choisir un endroit que tu connais déjà, même si tu n’y as jamais nagé, tu connais l’eau

La gestion des risques

Le premier jour, je ne nageais pas vraiment, donc elle ne m’a pas vue nager. Mais le deuxième jour, je pense qu’elle était un peu stressée, plus que moi d’ailleurs. C’était bien d’avoir quelqu’un à 200 mètres sur la côte, mais elle n’était pas sauveteuse en mer. Si jamais elle m’avait vue en détresse, elle aurait appelé un sauveteur.

Mais le troisième jour, celui des falaises, qui me faisait particulièrement peur, elle m’a dit qu’elle ne m’avait pas vue une seule seconde de la session, alors qu’elle essayait de me repérer. Et les deux jours suivants, c’était un peu pareil. Elle m’a vue galérer dans les vagues, revenir essoufflée, et se disait qu’il fallait garder un œil sur moi.

Après, je lui ai dit que je restais sur le bord si je sentais que nager me mettais dans une situation dangereuse et lui ai conseillé de rentrer, de se mettre au chaud, et de ne pas marcher deux kilomètres sous la pluie pour rien. C’était donc un mélange de moments où on se disait toutes les deux que c’était un peu risqué, et d’autres où elle continuait son chemin pendant que je faisais attention à ne pas me mettre en danger.

Je savais ce qu’il pouvait se passer. Ce n’était pas un ouragan non plus. Les courants dans la zone allaient plutôt du sud au nord, mais ici, sur cette côte, si tu fais la planche, tu finis sur la plage, que la marée soit descendante ou montante. Et je connaissais ça. Puis, j’avais ma bouée. Ce n’est pas une bouée de sauvetage, mais si j’avais une crampe, je pouvais m’y accrocher et attendre 10 minutes que ça passe.

Le seul vrai danger que j’avais envisagé, c’était de ne plus pouvoir nager, par exemple si je me prenais une crampe et que le courant me ramenait vers les falaises. C’est pour ça que je nageais toujours bien loin des falaises. Après, je n’ai jamais eu de crampe de ma vie, donc il n’y avait pas vraiment de risque. Je pense que les risques peuvent faire peur, surtout si quelque chose se passe mal, mais en fait, les chances que ça arrive sont minimes si tu fais attention.

D’ailleurs, un truc que je n’ai pas mentionné, c’est que j’avais trouvé des itinéraires de nage assistée, avec quelqu’un en kayak ou, mieux encore, en bateau à moteur à côté. Mais c’était principalement pour des courses ou des challenges. Il y a un gars qui a fait le tour de la France à la nage. C’est impressionnant, mais lui nageait 25 km par jour et tractait tout son matériel avec lui. C’est un explorateur professionnel.

Le tour du lac d’Annecy, par exemple, c’est un challenge que j’aurais aimé faire. Mais il est difficile de trouver des infos là-dessus, à part dans le cadre de courses encadrées où il y a des gens pour te surveiller. Donc, ce que je faisais, c’était complètement différent, parce que je n’avais personne pour me surveiller. C’était à moi de m’organiser.

Les projets futurs

Oui, énormément. Franchement, oui… mais pas dans un endroit avec des marées. C’est vraiment contraignant. Ça va pour 4 km par jour, mais pour des distances plus longues, c’est trop compliqué. Vraiment, avec les marées, ça ne vaut pas le coup pour de grandes distances.

Par contre, l’endroit où j’étais est une zone exceptionnelle en Europe, et ça m’a donné envie de refaire ce genre d’aventure. J’aimerais beaucoup faire des tours de lac. J’ai déjà pas mal nagé dans le lac de Côme, par exemple, en faisant village après village. Mais encore une fois, certaines zones sont interdites à la baignade, et les informations sur Internet sont très difficiles à trouver. En fait, il faudrait d’abord faire un repérage à vélo, puis planifier une semaine de nage, ou connaître quelqu’un sur place. Mais la partie la plus compliquée, c’est vraiment la planification.

Je pense que ma manière d’aborder cette aventure était la bonne. Mon objectif, c’est de partir sur des voyages plus longs, avec des distances quotidiennes plus importantes. Autant j’ai commencé l’aventure à vélo avec un voyage de 6 mois à travers les Andes sans aucune expérience et c’était bien, il y a plein de gens qui réussissent comme ça, mais pour la natation, c’est différent. Il faut vraiment y aller progressivement et augmenter les distances au fur et à mesure que l’on est prêt.

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