Cécile Amarger – Récit de son Trek’in Gazelles au Maroc

Dans cette interview, Cécile partage avec nous son expérience sur le Trek'in Gazelles, la version trekking du Rallye Aïcha des Gazelles. Préparation, organisation, matériel, impressions sur le trek... Cécile nous raconte son aventure dans le désert marocain!
Regarder l’interview en vidéo
Ecouter le podcast
Lire l’interview
Présentation de Cécile
Aujourd’hui, je reçois Cécile Amarger, qui va nous parler du Trek in Gazelle, la version trek du Rallye Aïcha des Gazelles, que vous connaissez peut-être. C’est un trek 100 % féminin, organisé par équipe dans le désert marocain. J’avais très envie que Cécile partage son expérience, d’autant plus qu’elle revient tout juste de cette aventure. Bienvenue Cécile, est-ce que tu peux te présenter ?
Merci ! Je reviens effectivement tout juste d’Utrecht, donc c’est encore très frais. Moi, c’est Cécile, j’ai 44 ans et je suis infirmière en psychiatrie. Nous nous connaissons d’ailleurs parce que je suis également blogueuse dans le domaine du tourisme, à mes heures perdues. Et j’avais envie de relever un nouveau défi : marcher dans le désert.
Ça fait longtemps que tu avais envie de marcher dans le désert ?
Comment soutenir La Sportive Outdoor?
L'une des façons de nous soutenir est de faire vos achats via nos sites partenaires.
L'idée n'est évidemment pas de vous pousser à la consommation: n'achetez que ce dont vous avez besoin mais, lorsque vous le faites, passer par nos liens nous aide car nous touchons ainsi une petite commission sans aucun coût supplémentaire pour vous.
Vous pouvez par exemple en ajouter certains en favoris pour vos prochains achats. Pensez à accepter les cookies de nos partenaires dès l’arrivée sur leur site.
- i-Run: jusqu'à -50% pour les Winter Deals
- Alltricks: toujours des offres intéressantes
- Ekosport: -10% extra sur une sélection de produits (destockage)
- Intersport: des promos spéciales Montagne
- Alpinstore: -10% sur le textile avec le code DESTOCK10
- Compressport: -10% avec le code WELCOME-COMPRESSPORT
- Decathlon: pas mal de bons plans
- Tonton Outdoor: de belles promos pour les Winter Deals
- Lyophilisé.fr: pour faire le plein de nutrition sportive
- Andros sport: frais de port offerts avec le code SPORT24
- Ekoi: encore de jolies promos
Pour plus de façons de nous soutenir, c'est ici.
Oui, c’est un vieux rêve que je nourris depuis des années. Je crois qu’un blogueur rencontré lors d’un blog trip m’en avait parlé après son retour. Il avait réussi à me transmettre quelque chose d’indescriptible, et je me suis dit : « Wow, j’ai trop envie de faire ça. » Le projet du Trek’in Gazelles m’a tout de suite attirée. J’aimais l’idée d’un trek féminin, mais aussi l’apprentissage de la navigation et les valeurs que cela portait. Cela correspondait parfaitement à mes envies, c’était vraiment le bon projet pour réaliser ce rêve.
Est-ce que tu faisais déjà beaucoup de randonnées ou d’autres sports en général ?
La randonnée, c’est mon sport principal. Je randonne depuis toujours et je n’ai jamais arrêté. J’habite dans une région idéale pour ça, entre la Franche-Comté et l’Alsace, où les terrains de jeu sont parfaits pour les randonnées. Dès que j’ai du temps libre, je pars randonner. Je fais aussi un peu de renforcement musculaire, ce qui était conseillé pour la préparation au trek.

Présentation du Trek’in Gazelles
Oui, un peu de renforcement musculaire, ça ne fait jamais de mal, même si on a souvent du mal à s’y mettre ! Est-ce que tu peux nous présenter le Trek’in Gazelles ?
Le Trek’in Gazelles, comme tu l’as dit, c’est la version trek du Rallye Aïcha des Gazelles, un événement bien connu qui a lieu chaque printemps. Ce rallye, également féminin, se déroule en voiture dans le désert marocain. Depuis quatre éditions, ils ont lancé une version trek. Le concept est similaire : des équipes 100 % féminines partent en quête de balises dans le désert.
Contrairement au rallye, où les participantes peuvent bivouaquer en plein désert si elles ne retrouvent pas leur chemin, nous rentrions tous les soirs au campement. Chaque jour, il fallait localiser des balises, physiques ou virtuelles, ainsi que des bonus. Nous recevions des données topographiques (longitude et latitude) et des cartes, et nous devions placer les points nous-mêmes.
Particularité du trek : aucun GPS, ni téléphone. Nous avons appris à naviguer en utilisant des outils comme un compas de visée et un rapporteur breton, puis nous devions nous débrouiller. C’était une expérience incroyablement enrichissante et un vrai défi.
Oui, c’est clair, ce n’est pas juste une simple rando. Tu as vraiment tout fait en partie orientation, en plus. Est-ce que ça t’a donné envie de participer ? Tu parlais de marcher dans le désert. Est-ce que c’était ça ta principale motivation ou il y avait autre chose ? Est-ce que tu avais déjà entendu parler de l’événement et tu t’es dit que ça combinait plein de choses que tu avais envie de faire ?
Oui, l’événement combinait beaucoup de choses qui m’attiraient. Déjà, marcher dans le désert, mais aussi apprendre la navigation et l’orientation. C’est une compétence que je voulais acquérir. Puis, il y avait toutes ces valeurs humaines qui me tiennent à cœur. C’est un trek solidaire, chaque balise trouvée rapportant 5 euros au Secours Populaire Français. C’est également un trek très engagé pour l’environnement. D’ailleurs, c’est l’un des seuls treks au monde certifié avec une norme ISO, même si je ne me souviens plus de son nom exact.
En plus de cela, il y avait une action appelée les Clean Walkers, où l’on ramassait les déchets pendant le trek. J’ai été surprise de voir à quel point le désert est pollué. C’est peut-être lié à la manière dont l’environnement est perçu localement, mais c’était assez choquant à constater. C’était important pour nous de contribuer au bien-être du désert.
Au-delà de ces aspects, il y avait toute cette dimension humaine. On entend souvent parler de l’esprit de famille chez les Gazelles, et ce n’est pas qu’un slogan. Une fois sur place, on se rend compte de cette grande bienveillance et de cette solidarité entre participantes. Je ne regrette absolument pas d’avoir vécu cette expérience avec eux.
Et tu parlais des déchets. Vous en ramassiez beaucoup pendant la journée ?
Oui, je crois que nous sommes parties quatre jours. Le premier jour, tout le monde était très motivé. Les sacs étaient rapidement remplis et on pouvait les déposer à chaque ravitaillement pour qu’ils soient incinérés sur place, ce qui était plutôt bien. Mais, au fil des jours, on se concentrait davantage sur la course et sur le classement. Je dirais donc que les équipes étaient un peu moins investies dans le ramassage des déchets sur la fin. Malgré tout, plus de 4000 litres de déchets ont été récoltés. C’est énorme, mais aussi assez effrayant de constater qu’il y avait tant de déchets dans le désert.
L’engagement de l’équipe de Cécile envers la santé mentale au travail
C’est impressionnant, mais effectivement flippant de se dire qu’on a ramassé autant. Et il me semble que vous souteniez aussi des associations par équipe, en plus du Secours Populaire. Toi, tu soutenais une association, c’est bien ça ? Est-ce que tu peux nous en parler ?
Alors effectivement, soutenir une association est une possibilité, mais pas une obligation. Il faut savoir que le Trek’in Gazelle est un événement coûteux : entre 9 000 et 10 000 euros par équipe. C’est pourquoi les trois quarts des équipes optent pour le sponsoring, ce qui leur permet de soutenir une cause en parallèle.
Pour notre part, nous avons choisi de promouvoir la santé mentale au travail. Nous avons créé notre propre association et, en contrepartie du sponsoring reçu, nous proposions des actions concrètes aux entreprises qui nous soutenaient. Ce n’était pas juste « donnez-nous de l’argent pour marcher dans le désert ». Nous voulions vraiment établir un partenariat. Selon la somme versée par l’entreprise, nous intervenions sur place pour organiser des actions de prévention autour de la santé mentale au travail.
Nous avons eu l’opportunité de mener plusieurs interventions, notamment des ateliers de sensibilisation sur le burn-out. C’est un sujet à la fois très actuel et primordial. Sensibiliser les collaborateurs à cette problématique était essentiel, et cela a permis de belles rencontres, même avant le trek. Aujourd’hui, on est presque un peu tristes que le trek soit terminé, mais on n’a pas forcément envie d’arrêter ces actions.
Vous allez peut-être continuer alors ?
Peut-être, oui. Il faut que nous en discutions, mais c’est une possibilité.
Et vous pouviez organiser ces interventions parce que vous aviez une expertise liée à vos métiers, c’est bien ça ?
Exactement. Dans notre équipe de trois, deux d’entre nous travaillent en psychiatrie à l’hôpital. Nous sommes confrontées quotidiennement à cette problématique, que ce soit du côté des soignants ou des patients. Nous voyons de plus en plus de personnes actives, insérées dans la vie professionnelle, qui se retrouvent hospitalisées en psychiatrie à cause d’une mauvaise santé psychique liée au travail. C’est vraiment un fléau dans notre société actuelle.

L’équipe de Cécile pour le trek
D’accord. Et tes coéquipières, tu les as rencontrées dans le cadre du travail ou autrement ?
Entre l’idée initiale du trek et l’équipe qui est finalement partie, il y a eu quelques changements. Avec les emplois du temps et les impératifs de la vie de chacune, ce n’est jamais simple. Finalement, il y avait Clémence, avec qui je travaille depuis 12 ans. Elle est médecin, et on s’est rencontrées dans mon service. Puis Laura, que je connaissais via des soirées et des amis communs. On randonnait souvent ensemble, mais Laura et Clémence ne se connaissaient pas. C’était un peu quitte ou double. Elles se sont rencontrées à Avignon, fin août, lors du stage de navigation, et le courant est tout de suite passé.
De mon côté, je n’étais pas trop inquiète, connaissant les deux caractères, mais partir presque une semaine dans un environnement pas toujours convivial, sous le stress, dans un milieu hostile, ça peut révéler des aspects compliqués des personnalités. Heureusement, tout s’est très bien passé, et on est contentes du résultat.
Préparation physique
Dès qu’on est un peu fatigué, ça peut vite dégénérer si on ne s’entend pas bien. Et au niveau de votre préparation physique, qu’est-ce que vous avez mis en place ?
Comme je le disais, nous habitons dans une région où la météo ne nous a pas facilité la tâche cette année. La préparation a été compliquée, et nous n’avons pas pu randonner autant que nous l’aurions voulu. Tu le sais, en Alsace, il pleut souvent, et cette année, c’était encore pire.
J’ai donc mis l’accent sur le renforcement musculaire, Clémence courait beaucoup, et Laura faisait un mix de plusieurs activités. Ils disent que le trek est accessible à presque tout le monde. Une petite préparation est nécessaire, mais il ne faut pas se dire « je ne suis pas assez sportive, je ne peux pas le faire« . C’est faux. Il y avait des participantes de tous âges, y compris des femmes de plus de 68 ans. Je crois que la plus âgée avait 69 ans. On a donc fait ce qu’on pouvait : marcher, faire du renfort, un peu de piscine et de cardio. Puis on s’est lancées.
Equipement
C’est bien, et ça a marché ! Tu nous raconteras après comment se déroulaient les journées, etc. Et pour l’équipement, deviez-vous emporter des choses spécifiques ?
Oui, il y avait une liste de matériel obligatoire, conseillé et interdit. Parmi les interdits, il y avait tout ce qui était téléphone ou équipement connecté, pour éviter toute triche. Pour le matériel obligatoire, il fallait être équipée pour le désert, notamment avec des guêtres. C’est clairement l’un des meilleurs investissements que nous ayons faits. Nous avons pris des guêtres qui se scratchaient autour de la chaussure. Nous avons fait coudre les scratchs par un cordonnier, et résultat : pas un grain de sable en quatre jours. C’était vraiment top, je les recommande vivement.
Un autre achat coup de cœur pour moi, ce sont les manchons de compression. Quand il fait chaud, mes doigts ont tendance à gonfler, ce qui est très douloureux et désagréable, surtout en randonnée estivale. Grâce à ces manchons, je n’ai eu aucun problème pendant tout le trek. C’était un vrai soulagement.
Je connais la version pour les jambes, mais c’est comment pour les mains? Des sortes de gants?
Les manchons, c’est différent des gants. Ce sont des manchons que tu enfiles, qui s’arrêtent au niveau du poignet. C’est la même matière que les chaussettes de compression. J’avais peur d’avoir chaud, surtout qu’ils étaient noirs, mais en fait, pas du tout. Ils sont très agréables à porter, et surtout, ils empêchent les doigts de gonfler et évitent les douleurs. C’était vraiment top.
Pour le matériel, on s’est beaucoup fait aider. On ne voulait pas partir avec un équipement basique de randonnée, car le désert, ce n’est pas comme marcher dans nos montagnes. Deux magasins spécialisés nous ont conseillées, notamment sur les marques adaptées. Par exemple, on avait du matériel de la marque Raidlight, qui est aussi partenaire du Marathon des Sables. C’est une marque qualitative qui nous a rassurées.
Ensuite, on avait du matériel essentiel comme des casquettes sahariennes pour protéger la nuque et les oreilles, parce qu’un coup de soleil sur les oreilles, c’est terrible. On avait aussi des chèches, indispensables lors de la troisième étape où on a eu une tempête de sable. Heureusement, les Marocains nous ont aidées à les nouer correctement. Enfin, les lunettes ou masques de ski étaient essentiels pour se protéger dans ces conditions.
Ça peut paraître surprenant comme équipement, mais on comprend vite son utilité une fois sur place!
Tu ne t’en rends pas compte avant d’y être, mais quand tu vois la liste, tu te dis : “Ah oui, tout a une raison.”

Météo
Au niveau météo, ça donnait quoi en termes de températures ?
La nuit, il faisait froid, mais pas aussi glacial qu’annoncé. On nous avait dit entre 0 et 5 degrés, mais c’était plutôt autour de 5-7 degrés. Du coup, sac de couchage adapté obligatoire, avec possibilité d’ajouter un drap de soie pour plus de confort. L’après-midi, on atteignait 35 à 40 degrés, mais on a eu de la chance d’avoir toujours un petit vent. Les organisateurs nous ont dit que c’était une bonne année. L’année précédente, il faisait 40-45 degrés sans vent, ce qui avait causé des cas de déshydratation et de gros problèmes dans l’épreuve des dunes.
C’est dur. Bon, moi, il faut dire que je suis un peu sensible à la chaleur…
Oui, il faut vraiment être sûr de pouvoir gérer la chaleur. C’est clair.
L’organisation du Trek’in Gazelles jour après jour
Et tu parlais là des épreuves. Est-ce que tu peux nous expliquer à quoi ça ressemblait, du coup ? Déjà, combien de jours c’était ? Et est-ce que chaque journée était différente, ou est-ce qu’il y avait une journée type qui se répétait ? Comment ça s’est déroulé en général ?
Le trek consistait en quatre jours de marche.
Dès le premier jour, nous avons été accueillies dans un bel hôtel, un luxe appréciable avant de commencer l’aventure. Ce jour-là, nous avons effectué toutes les vérifications nécessaires : matériel, certificat médical, et la remise de notre t-shirt spécial « Trek’in Gazelles » à porter tous les jours.
Le lendemain, nous avons pris la direction du bivouac, où l’une des premières épreuves consistait à remettre nos téléphones. Ce fut un moment crucial pour beaucoup, car bien que je sois habituée à être connectée, j’avais hâte de me déconnecter. C’était en quelque sorte un soulagement, un vrai lâcher-prise, car l’environnement dans lequel on se trouve invite à vivre pleinement l’aventure, sans distraction numérique. Une fois cette étape franchie, nous avons pris nos cartes avec les balises à trouver, ainsi que nos cartes topographiques et satellites. Nous avions deux types de cartes à utiliser pour planifier notre parcours. Dès le soir précédent, la préparation commençait, avec le repérage des points à atteindre.
Puis, le trek s’est déroulé sur quatre journées de marche. Chaque journée était unique. Bien qu’il faille revenir chaque soir au bivouac, chaque étape était conçue autour de celui-ci, nous permettant de découvrir des parcours différents chaque jour. Le premier jour, on nous avait annoncé que c’était une mise en jambe. Peut-être que cette définition mérite d’être revue car, en réalité, notre équipe a parcouru 25 kilomètres! Nous avons traversé une grande diversité de paysages, allant des montagnes aux terrains plus désertiques.
25 kilomètres dans du sable ?
Ce n’était pas que du sable, en fait. Avant ce trek, je pensais que le désert se résumait uniquement à des dunes interminables. Mais en réalité, la fameuse journée « dune » n’est arrivée que le dernier jour.
Les jours précédents ont été bien plus variés : nous avons évolué sur des terrains rocheux, dans des paysages extrêmement désertiques, où l’on ne voit rien à l’horizon. La première journée, par exemple, nous avons traversé des petites montagnes. Venant du Puy-de-Dôme, je me suis sentie comme au cœur des volcans d’Auvergne.
J’ai même appris qu’il y avait des volcans dans le désert, ce qui a été une découverte étonnante. Ces monts volcaniques m’ont bluffée. Je ne connais pas précisément le dénivelé que nous avons effectué, mais je l’ai demandé, car nous avons énormément grimpé, à la fois en montée et en descente. Ce n’est donc pas un désert plat, comme on pourrait l’imaginer. Ce n’est pas que des dunes de sable. Chaque journée, en moyenne, nous avons parcouru entre 20 et 25 kilomètres.
Ça fait des bonnes journées quand même. Il faut quand même être habituée à marcher.
Oui, oui. Il y a juste la dernière journée qui est plus courte. Elle faisait à peu près 10 kilomètres. Mais tu sais pourquoi…
Oui, car elle est dans le sable!
C’est ça! Le matin, on était réveillées à 5h30, en musique, pour commencer la journée tranquillement. Après, on préparait nos affaires et on allait prendre le petit déjeuner. Un briefing avait lieu durant le repas pour nous informer de l’organisation de la journée, surtout en fonction de la météo et quelques détails pratiques.
À 7h30, il y avait une séance de préparation physique, au cas où on ne marcherait pas assez. Un coach sportif animait cette petite séance de mise en jambe, un peu de cardio, et tout ce qu’on aime. Ensuite, chaque équipe partait avec un léger décalage horaire, pour éviter que tout le monde parte en même temps.
Il y avait environ 140 équipes, donc c’était une grosse organisation. Après cela, tu choisissais ton parcours en fonction de ce que tu avais planifié la veille. Certaines participantes rentraient vers 15h ou 16h, si elles avaient opté pour des bonus faciles à trouver. D’autres, si elles avaient décidé de partir à la recherche de bonus plus difficiles, pouvaient revenir à la tombée de la nuit, parfois jusqu’à 20h.
En fonction du parcours choisi, les journées pouvaient varier entre 6 à 7 heures de marche, jusqu’à 10 ou 11 heures.
Donc c’est modulable au moins, tu peux changer aussi et adapter au jour le jour finalement, peut-être en fonction de ta forme aussi.
Exactement, c’est ce qu’on s’était dit au début. Le premier jour, on n’avait aucune idée de ce qui nous attendait, donc on a opté pour un parcours tranquille de 25 kilomètres. Mais, à la fin, on était vraiment fatiguées. Le lendemain, on a décidé d’aller plus cool, mais en réalité, tu ne marches jamais vraiment tranquillement, car tu finis toujours par te laisser emporter dans la recherche des balises bonus. Et au final, tu te retrouves à faire pas mal de marche, même si tu avais prévu de ralentir.
Logement, sanitaires et nourriture
Et au niveau du bivouac, comment ça se passe ? Vous dormez toutes dans une grande tente ? Enfin, toutes, non, vous êtes trop nombreuses, mais comment ça s’organise ? Est-ce que tu peux te doucher ? Enfin, pour tous les petits détails pratiques, comment ça se passe ?
Alors, cette année, on a eu la chance d’avoir des grandes tentes de 12 mètres carrés pour chaque équipe, ce qui était une première. Avant, on était dans des petites tentes, vraiment minuscules. Autant dire qu’on ne pouvait même pas se tenir debout. Chaque tente était équipée de petits matelas mousse d’environ 10 cm d’épaisseur. Ce n’était pas vraiment confortable, et personnellement, je n’ai quasiment pas dormi de la nuit.
Mais, côté sanitaire, c’était assez bien organisé : on avait des douches, des toilettes, un vrai confort en comparaison de ce qu’on pouvait imaginer.
La cuisine était également top. Il y avait une grande tente-restaurant avec toute une équipe de chefs cuisiniers. Franchement, je crois que je n’ai jamais mangé aussi bien de la cuisine marocaine de toute ma vie. Même l’hôtel où nous étions avant n’avait pas cette qualité. Ce confort, en fin de compte, cela nous motivait encore plus à avancer. On savait pourquoi on marchait!
Et puis ça régénère, comme ça, après, tu es reparti pour le lendemain!
Oui. Il y avait même un petit bar sympa. Quand même, ça, c’était cool.
Et si jamais tu t’es totalement paumée au milieu de la journée, il y a une voiture-balai qui vient te chercher ?
Tu ne pars pas sans sécurité. Tu pars avec une balise GPS. Elle a une double fonction : l’organisation peut suivre ton parcours, vérifier tes kilomètres et s’assurer que tu as bien pris toutes les balises. Et si jamais tu te perds, ils peuvent te localiser.
Ça va, c’est rassurant.
Oui, c’est rassurant.

Souvenirs marquants
Et pour toi, quels ont été les moments les plus marquants de cette aventure, que ce soit sur du positif ou du plus difficile ?
Alors, du côté négatif, je crois que je n’en ai pas vraiment. Mais du côté positif, il y a deux choses qui me viennent immédiatement à l’esprit.
La première, ce sont les paysages. On a eu la chance de voir des lacs dans le désert. Et c’était à la fois une chance et non, car c’était lié aux conditions climatiques et aux inondations qui ont eu lieu dans la région marocaine un mois et demi avant. Mais ces paysages étaient hallucinants et magnifiques : des micro-lacs, des arbres immergés dans l’eau, c’était incroyable. L’organisation nous a dit qu’ils n’avaient jamais vu ça. Donc, oui, on a eu de la chance, mais ça fait aussi réfléchir. Ensuite, il y a cette diversité de paysages qu’on n’imagine même pas avant d’y aller.
Et puis… il y a la force du corps face à l’effort. La première journée, avec nos 25 kilomètres, je commençais à avoir les jambes en bois. Je me suis dit, comme d’habitude dans mes randos, le lendemain je ne pourrai pas marcher, comment ça va se passer ? Tu sens où les courbatures vont apparaître, tu les sens bien. Et pourtant, le lendemain, rien. Tu repars comme si tu n’avais pas marché 25 kilomètres la veille. Et ce phénomène a duré pendant 4 jours. J’ai dû dormir 3 ou 4 heures par nuit, et pourtant, je n’ai jamais été aussi en forme. C’est là que j’ai vraiment découvert ce phénomène incroyable, ce côté adrénaline qui te pousse. Le corps, c’était vraiment fascinant.
C’est vrai que ça, c’est toujours fascinant. Déjà, le corps s’adapte et puis si tu es un peu portée par le truc
Mais complètement, c’était fascinant. En fait, c’est le mot que j’ai dû répéter tous les jours à mes copines, parce que j’en revenais vraiment pas.
L’expérience de l’orientation
C’est génial comme effet. Au niveau orientation… Du coup, tu nous disais tout à l’heure que c’était sans téléphone, sans GPS. Donc, vous tracez vos points, etc. Est-ce que vous vous en êtes bien sorties ? Tu disais aussi qu’il y avait un stage, c’est ça, qui était organisé avant de partir ? C’est ça. Comment ça se passe, du coup ?
Oui, c’est obligatoire, pour toutes les équipes, tu pars deux jours à Avignon. Pourquoi Avignon ? Car c’est là que l’organisation a son siège. Cela nous a permis de découvrir cette ville, qui est vraiment superbe, au passage. Et pendant ces deux jours, tu apprends à maîtriser des compétences essentielles, comme le fonctionnement du compas de visée, ou encore à comprendre ce qu’est un rapporteur breton pour t’aider à trouver ton cap et tes repères.
Ce sont des outils qu’on ne connaît pas forcément, donc ça a été vraiment enrichissant. Le stage était très formateur. Mais évidemment, ce n’est pas tout de bien apprendre, il faut aussi se confronter à la pratique.
Le premier jour, tu es confiante, tu penses avoir bien fait… Et puis le deuxième jour, tu t’aperçois que tu t’es complètement trompée d’arbre pour une balise bonus. On a dû réorienter notre cap, et du coup, on a fait beaucoup de kilomètres en trop et dû refaire demi-tour. Mais, après cette erreur, on a été au top pour les deux derniers jours. Ce genre de situation, c’est aussi ce qui rend l’expérience intéressante : on apprend vraiment de nos erreurs. Et j’ai trouvé ça vraiment génial.
C’est génial, parce qu’en plus, même en quatre jours, tu vois déjà l’évolution, finalement. C’est un temps relativement court, mais tu vois déjà la progression. Tu te dis que si tu continues, tu vas devenir la reine de l’orientation! Ça sert toujours.
Oui, c’est ça ! Mais il faut aussi avouer qu’à trois, c’est un peu compliqué parfois. Un trio, c’est pas facile à gérer. On s’est réparti les rôles, chacun avait des tâches spécifiques. Par exemple, Laura a tout de suite compris comment utiliser le compas de visée, elle nous a bluffées lors du stage d’orientation. C’est devenu sa responsabilité à elle.
Clémence et moi, on s’occupait de placer les points : l’une sur la carte topographique, l’autre sur le satellite. On avait vraiment bien défini nos rôles respectifs. Et c’est super important de bien se coordonner à ce niveau-là.

Ambiance au sein des participantes
Comme ça, chacune a son rôle, et personne n’essaie de surpasser l’autre. Vous vous êtes entraînées ensemble, dans une bonne dynamique. Et l’ambiance, entre toutes les participantes, ça s’est bien passé ?
L’ambiance était excellente ! C’était un peu comme un club Med, mais un club Med pour des nanas. Mais bien sûr, tu te rends vite compte que certaines sont là pour la compétition, celles qui l’ont déjà fait une première fois et qui veulent vraiment aller plus loin, se dépasser. Ça se voit dans leur attitude.
Mais au sein de notre équipe, c’était plutôt le « kiff » qu’on recherchait, et on a eu la chance de rencontrer des filles géniales qui nous ont aidées à des moments un peu plus difficiles.
Après, il y en a aussi qui étaient là clairement pour la compétition et qui n’hésitaient pas à te renvoyer dans les cordes quand tu faisais une erreur. Une fois, on est parties sur une balise bonus mais on s’est rendues compte qu’on visait complètement à côté. On a demandé quelle balise elles visaient, et là, elles nous ont un peu envoyé balader. Mais bon, ça fait partie du jeu, c’est une compétition après tout. Cependant, à 95%, l’ambiance était vraiment très bonne.
Et tu parles de compétition, il y a quelque chose à gagner pour les premières ?
Oui, lors de la remise des prix, on a reçu des lots. Il y a deux classements : le classement général et le classement des premières participations. Mais, à la fin, presque toutes celles qui sont montées sur le podium, c’étaient des filles qui avaient déjà participé une fois. C’est logique, tu apprends énormément en quatre jours, et une deuxième fois, tu es beaucoup plus aguerrie. Les gagnantes repartent avec des lots des partenaires, et surtout, elles ont la chance de pouvoir repartir l’année suivante, avec les frais d’inscription offerts. C’est une belle récompense.
C’est la motivation pour elles.
Les lots, ce n’est pas vraiment l’essentiel. Certes, c’est un petit clin d’œil en mode compétition, mais on n’y va pas vraiment pour ça. Bien sûr, tu veux te classer, mais le véritable enjeu, c’est plus l’état d’esprit que le lot à la fin. C’était sympa, mais ce n’est pas ce qui motive.
C’est plus l’état d’esprit que le classement.
Complètement.
Bilan de l’expérience
Sur le plan personnel, peut-être qu’il est un peu tôt pour identifier précisément ce que cette expérience t’a apporté, mais est-ce que tu sens déjà que ça t’a apporté quelque chose ?
C’était la question difficile quand j’ai vu tes questions. Mais ce que je vais retenir, c’est que j’en suis capable. Je suis capable de le faire. Ce challenge de quatre jours, dans des conditions un peu difficiles sans confort… je me suis prouvée à moi-même que c’était possible. Je sais maintenant que je peux faire ça, et pourquoi ne pas en faire plus ?
Aujourd’hui, je n’ai plus peur de ce genre d’expérience. Quand je repense aux terrains du désert que j’ai traversés, je me dis que les vaches, les pentes ou d’autres obstacles qui me semblaient intimidants auparavant, ce n’est plus rien en comparaison. C’est une belle leçon.
Ta réponse me fait plaisir, parce que je me rends compte, à force d’interviews, que c’est souvent ce qui ressort : « Je me suis rendue compte que j’étais capable. » Et je pense qu’en tant que femme, on a parfois tendance à douter de nos capacités. C’est donc super de voir qu’à travers chaque expérience, on prend conscience de ce dont on est capable, et que ça ouvre de nouvelles perspectives pour d’autres projets. Ça, c’est vraiment motivant.
Oui, exactement. Je ne sais pas encore quels projets cela engendrera, mais c’est certain qu’il y en aura d’autres dans les mois ou années à venir. Je sais que cela va m’amener ailleurs.
Et concrètement, dans ta pratique sportive quotidienne, est-ce que cela va changer quelque chose ? Par exemple, si tu as eu un peu de mal en montée ou en descente, tu te dis peut-être qu’il serait utile de faire plus de renforcement musculaire ou de randos avec du dénivelé. Est-ce que cette expérience aura un impact sur ta pratique au quotidien ?
Non, pas vraiment de changements radicaux. Mais clairement, ça m’a permis de me rendre compte de mes capacités et de me pousser à aller un peu plus loin. Peut-être que je vais intégrer davantage de randonnées avec du dénivelé ou me concentrer un peu plus sur certains aspects de ma préparation physique, comme le renforcement musculaire, pour être encore plus prête la prochaine fois.
Quand je pense aux terrains que j’ai traversés, aux dénivelés que j’ai affrontés… clairement, si on m’avait mise en montée en Alsace, sur ces terrains-là, je n’aurais jamais pu. Avant, j’avais vraiment peur, surtout en hiver, dès qu’il y avait des cailloux ou des rochers. Et là, tu ne réfléchis plus, tu avances, tu fais confiance à ton corps. C’est impressionnant ce que l’adrénaline peut nous faire faire. Maintenant, je n’ai plus d’excuse. Je serai plus confiante dans certaines randos et moins peureuse, ça c’est certain.

C’est génial ! Tu disais que tu aimerais participer à d’autres projets, mais as-tu déjà en tête quelque chose qui te fait rêver, même si ce n’est pas pour tout de suite ?
Actuellement, non, ce projet m’a déjà beaucoup occupée ces derniers mois. Je pense qu’on va profiter un peu du quotidien, même si, pour être honnête, je ne sais pas ce que c’est vraiment, le quotidien !
Mais à terme, j’aimerais faire d’autres treks de quelques jours. J’ai adoré ce côté déconnexion : partir trois, quatre, cinq jours, loin de tout. On n’a pas de téléphone, pas de distractions, et c’est fou comme on se sent coupée du monde. Il n’est pas nécessaire de partir très loin pour se sentir comme si on était parti dix ans. Ça fait un bien énorme. On a la chance en France d’avoir des sentiers incroyables. J’aimerais vraiment découvrir le Vercors, le Mercantour, il y a plusieurs régions qui me font envie pour des treks ou des randos, ça c’est sûr.
On a effectivement un pays magnifique pour la randonnée, il y a tellement de possibilités ! Et qu’est-ce que tu dirais à une femme qui voudrait se lancer dans l’aventure, que ce soit pour le Trek’in Gazelles ou tout simplement pour du trek en itinérance ?
La réponse peut sembler évidente, mais il faut y aller, tout simplement. Ne pas se dire « ce n’est pas pour moi ». Un trek peut commencer par deux jours, puis trois… et c’est déjà un super début. Même une expérience de deux jours, c’est génial, parce que ça nous sort de notre zone de confort. On part vraiment à l’aventure.
Et je me rappelle d’une phrase de Dominique, la directrice de Mayanga, qui a beaucoup résonné en moi : « Les filles sages connaissent leurs limites, les filles intelligentes savent qu’elles n’en ont pas. » C’est assez fort, parce qu’on se met souvent nos propres limites. On pense qu’on n’est pas capables ou que ce n’est pas pour nous, mais en réalité, c’est accessible à tout le monde.
Complètement d’accord, cette phrase est très forte. Et pour terminer, aurais-tu quelques conseils à donner à des femmes qui envisagent de s’inscrire au Trek’in Gazelles, que ce soit en termes d’équipement ou de préparation ?
Côté équipement, je dirais d’abord les guêtres, c’est essentiel. Puis, il faut aussi penser à renforcer les muscles. Les genoux, les cuisses, les mollets… ces parties du corps nous portent tout au long du trek. Je pense qu’il ne faut pas négliger non plus les exercices de mobilité, surtout pour le dos, parce qu’on dort sur des matelas très fins, et même le sol peut être assez dur. Ça m’a vraiment tiré sur le dos, et ça, je l’ai ressenti après coup.
Je conseille aussi d’être attentive à son ventre, son microbiote. Quand on mange en milieu extérieur, avec des températures changeantes, il faut vraiment être vigilante. Et puis, ne pas boire de l’eau du robinet ni manger de crudités. Ce sont des petites choses qu’il faut garder en tête.
C’est un projet qui mérite vraiment d’être bien préparé, y compris sur le plan financier. Mais une fois que c’est fait, ça vaut le coup à 100%.
Merci beaucoup, Cécile, pour avoir partagé ton expérience avec nous. C’était passionnant !

