Tanya Naville – Faire bouger les lignes avec le festival Femmes en Montagne

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Dans cet épisode du podcast, je reçois Tanya Naville, fondatrice de l'association Femmes en Montagne et du festival de films éponyme.

Laurène Philippot
Laurène Philippot
Laurène est la fondatrice du média. Cycliste (bikepacking, route et gravel), traileuse et randonneuse, elle est amoureuse de nature et particulièrement de montagne!

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Résumé de l’épisode

Fondatrice et directrice de l’association Femmes en Montagne, Tanya Naville porte depuis 2019 un festival de films qui met en lumière les femmes dans les sports de montagne. À travers la création de ce projet unique, elle œuvre pour une meilleure représentation médiatique des sportives, tout en menant des actions de sensibilisation et de mise en réseau dans toute la France.

De la passion de la montagne à la réflexion sur le genre

Tanya a grandi dans les montagnes et pratiqué de nombreuses disciplines : ski alpin, alpinisme, escalade, trail, cascade de glace, ski-alpinisme. Longtemps, elle ne s’est pas sentie confrontée à des barrières liées au genre, jusqu’à son implication dans le groupe féminin de haute montagne.

« Certaines femmes n’osaient pas passer en tête ou se mettaient des freins internes. Je me suis rendu compte qu’il existait un vrai besoin de formation en non-mixité, non pas comme une fin en soi, mais comme une étape vers plus de mixité. »

C’est en observant le manque de modèles féminins dans les médias de montagne que naît l’idée de son association, en 2016 : créer des films documentaires sur des femmes inspirantes pratiquant la montagne à travers le monde.

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Créer des films pour inspirer autrement

Les premiers documentaires tournés par l’association explorent la place des femmes dans différents pays — Japon, Grèce, Islande — en mêlant sport, culture et regard sociologique. Tanya collabore avec son compagnon, Léo Wateblé, docteur en sciences du sport, qui l’initie à la théorie du genre. Ensemble, ils conçoivent des films à la fois accessibles et porteurs de sens.

« On voulait toucher un public plus large, pas seulement déjà sensibilisé à la cause des femmes. Les films étrangers permettaient de parler d’égalité autrement. »

Les débuts ne sont pas simples : peu de financements, des marques frileuses, des projets menés en fonds propres et via du crowdfunding. Malgré tout, le succès est au rendez-vous, avec des projections dans plusieurs festivals et des retours enthousiastes.

Du film au festival : donner une vraie place aux femmes à l’écran

En 2019, Tanya et son équipe lancent le Festival Femmes en Montagne, à Annecy.

« On s’est dit : il faut un lieu qui rassemble tous ces films sur les femmes et la montagne, pour montrer qu’ils existent. »

D’abord organisé avec 4 000 euros de budget et deux bénévoles, le festival grandit rapidement. Le Covid, loin de freiner l’élan, favorise la structuration du projet : une équipe de 13 bénévoles rejoint l’aventure et l’événement devient une référence.

En 2025, 152 films sont reçus. Le comité de sélection, 100 % bénévole, regarde 85 heures de films pour composer une programmation équilibrée entre disciplines, pays et thématiques.

Un engagement concret tout au long de l’année

Au-delà du festival, l’association mène de nombreuses actions :

  • Sensibilisation dans les collèges et lycées (jusqu’à 1500 élèves par an).
  • “Verres des montagnardes”, moments conviviaux pour favoriser la rencontre entre pratiquantes.
  • Tournées en relais, permettant à d’autres événements de diffuser des films réalisés par des femmes.
  • Réseau des femmes derrière la caméra, avec ateliers, networking et bientôt un annuaire professionnel.
  • Communauté digitale sur Discord pour échanger bons plans, stages, coups de cœur et actualités outdoor.

Tanya veille aussi à rendre le festival accessible au public sourd et malentendant : « Tous les films sont sous-titrés à la main, et les échanges sur scène sont traduits en langue des signes ou retranscrits en direct. »

Faire évoluer les représentations

Tanya observe une évolution positive dans la médiatisation du sport féminin depuis 2016, mais le chemin reste long.

« La médiatisation est essentielle pour inspirer les jeunes filles à pratiquer. C’est aussi une manière de faire tomber les préjugés, des deux côtés. »

Elle rappelle que ces changements profitent aussi aux hommes :« Dire qu’une femme peut être leader de cordée, c’est aussi permettre à un homme d’être second sans pression. »

Le festival valorise ainsi une vision plurielle de la montagne : lieu de performance, certes, mais aussi espace d’émotions, de partage et de reconstruction.

Et demain ?

L’association souhaite continuer à consolider son équipe, développer de nouvelles antennes régionales et proposer davantage d’initiatives pour ses adhérentes. Tanya rêve aussi de lancer une tournée “Femmes en Montagne” dans toute la France, à condition d’en avoir les ressources.

Mais son objectif ultime est clair :« J’aimerais qu’un jour notre festival n’ait plus besoin d’exister, parce que la mixité serait réelle partout. »

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