Escalade : vivre au-delà de la performance avec Nina Caprez

Dans cet épisode du podcast La Sportive Outdoor, j'ai reçu la grimpeuse suisse Nina Caprez, qui a récemment publié son autobiographie La Voie devant Soi et partage avec nous son parcours.
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Résumé de l’épisode
Pour ce nouvel épisode de La Sportive Outdoor, nous plongeons dans le parcours inspirant de la grimpeuse professionnelle Nina Caprez. Récemment auteure d’une autobiographie publiée aux éditions Paulsen, intitulée La Voie devant Soi, elle se livre avec une immense sincérité sur son évolution personnelle. À l’aube de ses 40 ans, cette athlète d’origine suisse partage son histoire marquée par la verticalité, la vulnérabilité et la quête d’un équilibre profond, bien au-delà de la pure performance.
Des Grisons aux falaises : s’affranchir de la compétition
Ayant grandi dans les montagnes des Grisons, Nina Caprez arpente très tôt les sommets, chaussant les skis dès deux ans et le snowboard à cinq ans. C’est pourtant à l’âge de 13 ans qu’elle commence l’escalade, poussée par l’envie de suivre son frère et sa sœur. Dès sa première sortie, elle refuse la pratique en moulinette après s’être retrouvée bloquée et en larmes au sommet d’un relais. Elle développe alors un goût prononcé pour l’engagement et le mélange de peur et d’excitation que lui procure l’escalade.

Après plusieurs années au sein d’un groupe du Club Alpin, elle est repérée par le cadre régional, puis intègre l’équipe suisse. Sa carrière la mène aux quatre coins du globe pour des Coupes du Monde, notamment en Chine. Cependant, Nina ne s’épanouit pas dans l’univers rigide des entraînements à Berne et refuse la rivalité interne de l’équipe, lui préférant « l’esprit cordée ». En 2009, à l’âge de 22 ans, elle met un terme définitif à sa carrière en compétition. Elle se tourne alors vers la falaise et les grandes voies, un terrain où son mental d’acier et sa gestion de l’effort s’expriment pleinement.
Le combat intime : briser le cadre et surmonter les TCA
Dans son livre, la grimpeuse aborde avec transparence son combat contre les troubles du comportement alimentaire (TCA) qui l’ont accompagnée durant son adolescence, dès l’âge de 17 ans. Nina Caprez précise que son anorexie n’était pas liée à la recherche d’un rapport poids-puissance pour son sport. La source du problème résidait plutôt dans un profond mal-être face aux schémas de vie trop rigides et planifiés de la Suisse alémanique. Se sentant incomprise, elle a trouvé dans cette maladie une forme de rébellion. C’est son installation définitive en France, il y a plus de 15 ans, qui lui a permis de s’alléger de ce fardeau en découvrant un mode de vie plus libre, l’incitant aujourd’hui à encourager les jeunes à libérer leur parole.
L’obsession du Nose et l’atterrissage forcé
À l’approche de la trentaine, la vie de Nina Caprez s’organise exclusivement autour des sponsors, des voyages et de la performance, créant un immense décalage avec sa vie privée. Elle développe alors une véritable obsession pour El Capitan, une paroi de granit de 1000 mètres située dans le Yosemite aux États-Unis, et plus particulièrement pour sa voie mythique : le Nose. Son but est de libérer cette voie en grimpant chaque longueur en libre, un exploit historique initialement réalisé par Lynn Hill. Elle aborde ce projet comme son ultime objectif sportif avant de construire une vie de famille similaire à celle de son frère.
Après une tentative en artif en 2017, elle s’associe directement à Lynn Hill en 2018 et 2019. Malgré une préparation intense qui l’a poussée au-delà de ses limites physiques et morales, elle ne parvient pas à enchaîner la voie en libre. Cet échec, qu’elle qualifie de véritable « chute dans la vie » ou d’atterrissage nécessaire sur le sol réel, l’oblige enfin à faire face à la réalité et à sortir de son fonctionnement de « bulldozer ».
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Le projet Andrea : l’escalade au service de l’humain
Ce vide laissé par le Nose ouvre la porte à un nouveau cycle de vie. Nina rencontre son compagnon Jérémy, avec qui elle fonde une famille et a deux filles, Lia et Dune. Ensemble, ils imaginent le projet Andrea pour voyager différemment, loin de la performance pure.
Voici les grandes étapes de cette aventure nomade et solidaire :
- L’achat d’un Unimog : Le couple achète ce camion poids lourd et y installe un mur d’escalade mobile afin de partager les valeurs du sport avec des populations défavorisées.
- Quatre mois dans les pays de l’Est : Ils parcourent la Roumanie et la Grèce, faisant grimper des enfants pauvres et intervenant dans deux camps de réfugiés.
- L’action humanitaire au Maroc : Lors d’un séjour de trois mois, ils sont surpris par le terrible tremblement de terre. Ils mobilisent d’importants fonds pour la reconstruction et utilisent leur camion pour offrir une bulle de bonheur aux orphelins.
Après avoir vendu l’Unimog pour un camion plus grand et adapté à leurs deux enfants, ils s’apprêtent à repartir pour deux ans vers le Maroc puis l’Asie centrale. Pour ce long voyage à venir, le couple a choisi de ne pas réaliser de film pour rester pleinement ancré dans le moment présent. Ils préparent à la place un livre combinant le récit d’aventure écrit par Nina et les photographies de Jérémy.
Une pratique renouvelée et de futurs défis verticaux
La maternité a profondément adouci le rapport au corps de Nina Caprez. Bien que la récupération physique après ses deux accouchements ait nécessité près d’un an, elle a appris à être plus gentille avec elle-même, allant jusqu’à se réconcilier avec la moulinette durant ses grossesses. Désormais, son temps de grimpe est précieux et optimisé au maximum.
Ayant retrouvé un corps puissant et performant, Nina Caprez refuse de replonger dans l’obsession passée mais s’apprête à renouer avec le haut niveau à travers deux objectifs bien précis:
- L’enchaînement d’un projet en falaise coté 8b/8b+ à Saint-Léger, une voie physique dans un panneau à 45 degrés.
- L’ascension estivale d’une grande voie alpine de 1000 mètres au Pic de Bure, près de Gap, une ligne exposée comportant des longueurs dans le 8e degré.
Liens
- Son livre : La voie devant soi (éd. Paulsen)
- Instagram : https://www.instagram.com/ninacaprez/
- Film Andrea: https://www.youtube.com/watch?v=r4k24RCJfKU
Crédit photo : Jeremy Bernard

