Ouvrir un café vélo au pied du Mont Ventoux: le pari de Vicky Carbonneau

Mise à jour le 14/04/2026

Dans ce nouvel épisode de La Sportive Outdoor, nous partons à la rencontre de Vicky Carbonneau. Québécoise d’origine, installée en France depuis seize ans, cette ancienne professionnelle de la mode a troqué les podiums pour les pentes du "Géant de Provence" en cofondant le Pista Cycling Café au pied du Mont Ventoux.

Laurène Philippot
Laurène Philippot
Laurène est la fondatrice du média. Cycliste (bikepacking, route et gravel), traileuse et randonneuse, elle est amoureuse de nature et particulièrement de montagne!

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Résumé de l’épisode

De Montréal à Paris : la naissance d’une passion

Rien ne prédestinait initialement Vicky Carbonneau à devenir une actrice majeure de la communauté cycliste française. Si elle utilisait le vélo à Montréal pour ses déplacements étudiants, c’est véritablement son arrivée à Paris, lors d’une année sabbatique, qui a marqué un tournant. Sur les conseils d’un ami, elle découvre la pratique du pignon fixe (fixed gear), un mode de déplacement qui lui a permis de s’approprier la capitale autrement qu’en traversant des tunnels de métro.

Pour elle, le vélo offre une vitesse d’observation idéale, comparable au voyage en bikepacking : ni trop rapide, ni trop lente. Progressivement, ses boucles urbaines se sont agrandies, l’emmenant de Versailles jusqu’aux routes de Normandie. Cette pratique du pignon fixe, qu’elle décrit comme une forme de « slow food » du cyclisme, nécessite de faire corps avec la machine, puisque le mouvement des jambes doit suivre le rythme imposé, sans roue libre.

Fédérer et médiatiser : l’engagement pour le cyclisme féminin

Constatant qu’elle roulait souvent seule, Vicky a cofondé le collectif Girls on Wheels suite à une rencontre marquante avec trois autres femmes lors d’une sortie organisée. Ce projet, né d’un besoin de sororité dans un milieu alors très masculin, est devenu une plateforme « safe » comptant aujourd’hui plus de 5 000 membres. Le groupe a permis à de nombreuses femmes de gagner en confiance, d’apprendre la mécanique et de se lancer sur des défis de longue distance.

En 2022, elle a prolongé cet engagement en publiant l’ouvrage En danseuse. Ce livre est né d’un constat frappant en librairie : l’absence totale de représentation féminine dans les rayons dédiés au cyclisme. À travers des portraits de pros et d’amateurs, elle a souhaité :

  • Médiatiser la diversité des disciplines, du cyclocross à la descente.
  • Offrir des modèles d’identification aux femmes qui ne se projettent pas nécessairement dans une carrière d’athlète de haut niveau.
  • Encourager la présence féminine dans les sphères décisionnelles et les métiers du vélo.
  • Participer à l’évolution du regard sur le sport féminin pour limiter les commentaires sexistes.

Le Pista Cycling Café : un carrefour international au pied du Ventoux

L’aventure du Pista Cycling Café est née d’un déclic lors d’un voyage en bikepacking avec son conjoint, Jean-Sébastien. Alors qu’ils s’apprêtaient à gravir le Ventoux, ils n’avaient trouvé qu’un café de distributeur et un pain au chocolat en guise de préparation. De ce manque est née l’idée de créer un lieu dédié aux cyclistes, offrant une restauration consistante et adaptée aux besoins de l’effort, tout au long de la journée.

Situé à Bédoin, le café accueille une clientèle internationale, venant parfois de Nouvelle-Zélande ou d’Australie pour « cocher » ce col mythique. Vicky observe que si 25 à 30 % de sa clientèle est féminine, le défi du Ventoux reste impressionnant pour beaucoup.

Le café ne se limite pas à la restauration ; il est devenu un centre névralgique organisant des événements tels que le « Mont Ventous.te » (en mixité), le « Pignon Fixe » challenge ou encore le « Brompton Ventoux Challenge ».

L’entrepreneuriat comme nouveau défi d’endurance

Forte de vingt ans d’expérience dans le développement de produits pour des marques comme Aigle ou Lacoste, Vicky a lancé sa propre collection de vêtements techniques au sein de Pista. Elle dessine elle-même les modèles durant l’hiver, cherchant à s’affranchir des contraintes du « custom » pour proposer des produits pensés pour les besoins réels des pratiquantes et pratiquants. Elle reconnaît que s’adresser au marché féminin est un défi, car c’est un créneau de niche très concurrentiel qui demande une croissance organique et prudente.

Aujourd’hui, Vicky compare son parcours entrepreneurial à une course d’ultra-distance. Si elle roule moins qu’auparavant — passant de 12 000 à environ 6 000 kilomètres par an — elle vit sa passion à travers les échanges avec les clients et la création d’événements.

Conclusion

Le message de Vicky Carbonneau est clair : il ne faut pas se mettre de barrières. Que ce soit pour débuter un sport ou se lancer dans l’entrepreneuriat, elle encourage chaque femme à oser et à s’appuyer sur la communauté pour progresser.

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