Traversée du Sahara en Mauritanie à vélo

Parcourir le Sahara à vélo a toujours été un rêve. Mais n’ayant pas encore les connaissances nécessaires, je n'envisageais pas de m’engager seule sur cette aventure. Fort opportunément, Cyril, expert du désert de Mauritanie, se propose de m’accompagner pour la traversée.
Avec qui ai-je réalisé cette aventure en Mauritanie?
Avec Cyril, coauteur du guide « la Mauritanie au GPS » et expert du désert qu’il a sillonné à maintes reprises à bord de sa 2CV, qui s’est proposé de m’accompagner pour la traversée.
Il mettra à profit son expertise tout en m’assurant le ravitaillement en eau et en nourriture. Il n’a qu’un fatbike à assistance électrique à sa disposition mais l’opportunité est trop belle et j’accepte malgré mon appétence pour les défis musculaires solos.
Nous voilà donc partis pour un voyage de 1600km à travers le désert mauritanien.
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Premiers tours de roue dans le Sahara
Je pars du fort militaire d’Aïn Ben Tili le 20 novembre, accompagnée de Cyril en 2cv. Je suis d’abord la piste des camions provenant d’Algérie sur une dizaine de kilomètres. Il y a une station essence dans le désert où je me ravitaille une dernière fois avant de partir en hors-piste, plein Sud.
Le désert est plus peuplé que je ne le pensais. On y croise évidemment des dromadaires mais aussi des oiseaux, des lézards, de grosses libellules, des sauterelles, des papillons et malheureusement aussi beaucoup de mouches ! Il faut dire que cette partie est assez verte : des arbres, diverses plantes et même quelques courges poussent ici.


Lors d’un arrêt, un nomade vient à notre rencontre. Il reste silencieusement à nos côtés jusqu’à notre départ. Curieux sans doute car il ne doit pas rencontrer grand monde ici. Mais timide aussi, il ne se laissera pas photographier en se cachant derrière le véhicule à la vue d’un appareil photo.
Après 130km à une petite moyenne de 15 km/h malgré l’assistance, je pose le camp. Il faut dire que le vélo est lourd avec un poids de 47kg et je suis chargée. Car même si Cyril m’assiste, il faut que je puisse être autonome en cas de pépin.
J’ai donc toujours sur moi au moins 4 litres d’eau, quelques encas, une batterie externe, une trousse de secours, quelques outils de réparation et mon couchage composé d’un bivy, d’un matelas et d’un sac de couchage.


Cratères de Timichat et de Tenoumer
En poursuivant ma progression vers le Sud, le paysage évolue. Il devient plus aride et laisse place tantôt à de grandes étendues de sable à perte de vue, tantôt à des mers de rochers.

Les couleurs changent également, le sable revêtant tour à tour des teintes beiges, rougeâtres ou noirâtres selon la composition du sol, avec parfois quelques touches de verdure. Cela crée de beaux contrastes.
J’atteins le cratère de Temimichat, causé par l’impact d’une météorite. Les bords du cratère, visibles de loin, ressemblent à un quelconque relief. On aperçoit le trou de 700 mètres de diamètre laissé par l’astre uniquement en grimpant sur ses rebords. Je profite de la vue pour déjeuner.


Derrière le cratère, mon itinéraire croise une piste empruntée par des camions. Des orpailleurs viennent à ma rencontre et m’offrent des biscuits avant de reprendre la route. Les Mauritaniens sont curieux et chaleureux, ils m’accostent régulièrement et m’offrent leur aide.
Mon trajet rejoint ensuite la sebkha Ghallamane, un ancien lac asséché. On repère ces étendues d’eau ancestrales grâce à la couche sédimentaire blanche qu’elles laissent sur le sol. Le déplacement y est plus ardu. Les cailloux et le terrain ondulé secouent le vélo.


Une dizaine de kilomètres plus loin, se trouve un puits mais l’eau y est trop salée pour la boire. La première source d’eau potable connue est à 500km du départ.
Peu de temps après, je crève et repère une aiguille d’acacia plantée dans le pneu. C’est une des rares plantes capable de pousser ici. Elle possède de larges épines, mieux vaut donc les éviter.
Le soir, j’arrive à un deuxième cratère, celui de Ténoumer, formé il y a environ 21 000 ans. Je m’arrête en plein cœur de la cavité pour y bivouaquer. Après quelques pâtes et une soupe cuites au réchaud à bois, je grimpe dormir sur le toit de la 2cv, mon lit pour cette traversée.

L’erg Marqteïr
En quittant le cratère par l’un de ses rebords, le vélo s’ensable. Je mets un coup d’accélérateur sur la gâchette du vélo qui s’emballe et mon pied vient heurter violemment un rocher sur ma trajectoire.
J’enlève ma chaussure et ma chaussette pour regarder les dégâts, j’ai deux orteils en sang dont les ongles tombent au sol. C’est douloureux mais cela semble assez superficiel. Je soigne mon pied et continue mon chemin.


Plus tard, je trouve un puits avec un seau fabriqué à partir d’un bidon en plastique fixé au bout d’une corde. Je le lance au fond afin d’y récolter l’eau et m’en asperge pour me laver. J’en profite également pour nettoyer quelques vêtements.
L’après-midi, je franchis une dune jonchée de pierres noires, difficile à naviguer et cahoteuse, et j’arrive devant un cairn surmonté d’une meule du néolithique. Cyril m’explique qu’il sert de borne géodésique utilisée pour l’établissement des cartes dans les années 50.


Je ralie enfin l’erg Marqteïr, grande étendue de sable blanc entrecoupée de dunes. Le vent souffle fort et on peut voir les grains de sable danser à la surface. Je ne croise plus aucune vie ici. Je trouve seulement des cadavres d’animaux, témoins des conditions extrêmes de cette partie du Sahara.

Au sommet de la dernière butte de sable, j’admire la superbe vue sur le plateau de Sani, ma prochaine destination. J’emprunte une passe qui y monte, traverse une partie du plateau aux paysages lunaires puis redescends par un canyon avant de longer le reste de cet immense relief.




El Ghallaouiya
Je traverse une sebkha avant d’emprunter une route ensablée pour rejoindre le fort militaire de Ghallaouiya. Des ânes boivent au puits à proximité. Un panneau solaire alimentant une pompe électrique permet de remonter l’eau dans un abreuvoir. Nous remplissons tous nos contenants vides pour la suite du voyage, non sans y ajouter quelques gouttes de Micropur par précaution.
Je poursuis mon chemin dans le vallon de Chouail où l’on peut apercevoir des centaines de gravures rupestres sur les rochers et un pan de falaise. Des hommes et de nombreux animaux sont représentés : principalement des bœufs mais aussi des autruches, des dromadaires et des girafes.


Je me dirige ensuite vers l’Est, lorsqu’une nouvelle crevaison, causée par un cram-cram, plante épineuse dont les graines s’accrochent aux tissus, me contraint d’arrêter. Il va bientôt faire nuit donc je pose le camp.
La lumière de la frontale attire de nombreux petits coléoptères qui s’agglutinent autour de moi et virevoltent dans mes cheveux. Un passage en lumière rouge les fait disparaître.
Le lendemain, j’aperçois des regroupements de pierres disposées en cercle, ce sont des sépultures néolithiques. On trouve de nombreux témoignages de l’ère préhistorique au Sahara, lorsque le climat était moins aride et le désert peuplé par des hommes et des animaux.
En continuant vers un lac fossil, je fais une autre découverte étrange mais naturelle cette fois-ci: un monticule de diatomite, minéral à base de silice formé des restes fossilisés d’algues microscopiques, surmonté d’un tamaris mort. C’est une vision étrange dans ces grandes étendues vides.


Le désert de la grande solitude
Je reprends la direction sud vers Tichit, mais avant d’atteindre le village, il me faudra traverser le Majâbat al-Koubrâ, le désert des déserts, ainsi que le nommait Théodore Monod, scientifique et explorateur ayant dédié sa vie au Sahara. C’est une étendue de sable blanc de plusieurs centaines de kilomètres dépourvue d’eau et entrecoupée de dunes.



Il faut se frayer un chemin parmi les collines de sable, en évitant les crêtes. En cherchant au loin un passage, Cyril ne fait pas attention à la cassure dans le sable devant lui et chute de quelques mètres avec la 2cv.


Heureusement, il y a plus de peur que de mal. Cyril va bien et réussit à réparer la voiture. Je repense au mémorial fabriqué pour un accidenté mort de cette façon dans l’erg Maqteïr. On a vraiment eu de la chance!

Ma survie dépend également de Cyril et seule ici, personne ne serait venu me chercher. Il aurait fallu que je surmonte mon traumatisme, emporte un maximum d’eau avec moi et tente de rejoindre la civilisation au plus vite. Heureusement, tout ceci n’est pas arrivé et nous pouvons continuer notre aventure.
Sur ma route, je trouve encore de nombreux outils du néolithique, des œufs d’autruche presque entiers et des fulgurites, morceaux de silice naturelle amorphe produits par les impacts de la foudre sur le sable. Le désert regorge de trésors!


Dans ces immensités, on apprend à observer de nouveau. On apprécie l’ombre d’un arbre, on s’étonne devant la forme particulière d’un rocher, on s’émerveille à la vue d’un scarabée.
J’avais peur de trouver le temps long, finalement je m’imprègne au maximum du spectacle, consciente de la chance que j’ai de traverser ces paysages uniques…
Le retour à la civilisation
Les lignes de dunes s’espacent, jusqu’à disparaître. La végétation se densifie, rendant le passage ardu, il me faut slalomer entre les hautes mottes d’herbes.
Quelques kilomètres avant Tichit, je passe devant des campements nomades. Ils me saluent et nous échangeons quelques mots. Je leur demande s’ils ont vu passer une 2cv.

Toute la fratrie se rassemble autour de moi et m’indique la direction de Tichit. Les femmes semblent vouloir m’inviter à prendre le thé. Tous me suivent un long moment, jusqu’à ce que ma vitesse les empêche de rester à ma hauteur.
La passe entre les falaises qui descend au village est magnifique. Des rochers se dressent pour former un labyrinthe de canyons au sommet. J’aperçois la cité de pierre en contrebas. Elle est bordée par un lac que longe une caravane de chameaux. Je croise deux nomades qui remontent le sentier avec un dromadaire portant une chèvre sur son dos.


Aux premiers abords, le village semble inhabité. Mais bientôt une foule s’agglutine autour de moi. Des dizaines d’enfants me suivent jusqu’à l’auberge en me demandant des cadeaux. Les adultes tentent parfois de les repousser mais ils reviennent toujours à la charge.
Je m’abrite dans mon logement, une pièce de 3m2 avec un matelas posé au sol et une salle de bain attenante qui consiste en un pommeau de douche avec un trou dans le carrelage. Des enfants apparaissent dans l’embrasure de la porte et continuent d’observer mes moindres faits et gestes.

Le soir, j’entends des chants et des percussions. Je suis le son et trouve un petit groupe d’enfants et de quelques adultes rassemblés. Je leur demande de me joindre à eux, ils m’invitent à m’asseoir. J’écoute avec émotion cette bande improvisée chanter dans la nuit.
Le lendemain, un jeune local me fait visiter la ville inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO. Si le musée est en ruine, l’école en construction est moderne et resplendissante.

Je me ravitaille à la boutique avant de reprendre la traversée tandis que Cyril fait le plein d’essence. Nous avons de la chance, il n’y a pas de station essence ici et un camion ravitaille le village seulement une fois par semaine, nous sommes tombés le bon jour.
Villages néolithiques
Je gravis de grands rochers où est cachée une cave aux chauve-souris. Deux alcôves sont remplies de ces petites bêtes volantes. Après avoir perturbé leur sommeil quelques minutes pour tenter de les photographier dans la pénombre, je poursuis ma route vers le canyon de Zig.


Je m’arrête au puits et un jeune nomade vient à ma rencontre. Je lui achète du zrig, lait de chèvre fermenté, puis je me dirige vers la montagne.

J’y trouve de nombreuses meules et des murs en pierre fabriqués par nos ancêtres du néolithique. Après cette exploration des lieux, je descends bivouaquer au pied du relief.
Un solifuge, aussi appelé araignée du soleil, est attiré par la chaleur du feu que j’ai allumé pour le dîner. J’ai tout juste le temps de photographier cette créature hideuse avant qu’elle ne disparaisse à nouveau.

Je suis réveillée par le hurlement d’un chacal vers 5 heures du matin. Après un petit déjeuner frugal, je poursuis mon périple en traversant une vallée magnifique bordée de falaises rocheuses d’un côté et de dunes de l’autre.

Les touffes d’herbe laissent place aux palmiers et je découvre des splendeurs géologiques tel qu’un cône de diatomite haut de plusieurs mètres. Cette piste est davantage pratiquée et je croise la route d’une impressionnante caravane d’une centaine d’ânes et de dromadaires.
Parvenue aux gorges du Dreiss, je laisse mon vélo à l’entrée et m’y enfonce à pied. À son extrémité, coule de la falaise, un mince filet d’eau où des dizaines d’oiseaux venus s‘abreuver s’envolent à mon approche.



Après ce court détour, j’enfourche à nouveau ma monture et pédale jusqu’à une vallée entourée de dunes infranchissables. J’y croise de nombreux bergers déambulants avec leurs troupeaux de chèvres et de brebis. Leurs chiens me poursuivent et aboient pour me chasser mais ne semblent heureusement pas plus agressifs que cela.
Le lendemain matin, je délaisse encore le vélo pour m’aventurer sur les contreforts d’une falaise où se trouvait un village néolithique. Il ne reste plus que les fondations des constructions en pierre qui forment des figures géométriques au sol et une multitude d’éclats de poterie.


Je repère une oasis en contrebas et enfourche mon vélo pour m’y rendre. Des dromadaires s’y abreuvent. J’essaie d’approcher mais mes roues s’enfoncent dans la terre meuble qui stoppe mon vélo.
Par contraste, l’après-midi, je me retrouve dans un grand lac asséché dont le sol se craquelle et forme des copeaux de terre aride. Je trouve encore la trace de nos ancêtres en des bazinas, monuments funéraires préhistoriques de l’Afrique du Nord.



Avant mon voyage, je pensais le désert quelque peu monotone et n’avais pas imaginé trouver une telle diversité de paysages et de points d’intérêts.
En soirée, je rejoins une piste bien tracée et croise pour la première et unique fois d’autres touristes, dans une file de 4×4 suivi d’un véhicule militaire comportant une mitraillette à l’arrière pour assurer leur protection. En effet, la Mauritanie est exposée à un risque d’infiltration de groupes terroristes du Mali voisin.
Le Sahel
Le sud du Sahara est beaucoup plus vert et peuplé, il y a de nombreux campements nomades et les paysages sont plus variés. De multiples puits bordent la piste des chameliers et j’y croise une densité importante d’animaux d’élevage: bovins, ânes, chèvres, brebis et dromadaires.


Lorsque je me réveille près du puits de Bel Ma’izat, un âne et son ânon patientent. Je puise de l’eau et la verse dans l’abreuvoir prévu à cet effet. Une fois repus, les ânes repartent. Plus loin, un touareg fixe un panier en cuir au bout d’une corde à un dromadaire afin de puiser de l’eau pour abreuver son cheptel.



J’arrive sur les rives d’un lac marécageux, dont les eaux arborent par endroits un vert éclatant, et où se sont établis des villages nomades. Je contourne l’étendue d’eau et bifurque vers l’Est pour rouler au milieu de reliefs rocheux.

Le sable devient tour à tour rosé ou doré dans ce décor minéralier. Les fleurs éclatantes des roses du désert détonnent avec les couleurs sobres du désert. Je croise pour la première fois la route de chevaux, habituellement substitués par des ânes et des dromadaires ici.


Il ne me reste que 7 km avant de retrouver le goudron, annonçant la fin de ma traversée. Je fais toutefois une dernière halte dans une guelta. Celle-ci est pleine de vie.


Des lézards sautent de rocher en rocher, certains plongent dans des trous d’eau. Un varan se précipite dans son terrier à mon approche. Des singes se promènent sur la falaise et m’observent depuis leur promontoire rocheux en poussant des cris aigus. Des goundis de l’Atlas furètent au bord de la cuvette tandis que des crocodiles se prélassent au bord de l’eau.
Je reste un long moment sur la plage à les observer. Quelle fin grandiose!




Conclusion
J’ai été ravie et étonnée de cette première expérience du désert. Les paysages étaient bien plus variés que dans mon imaginaire et j’ai découvert un peuple très chaleureux malgré la mise en garde des dangers du tourisme dans cette région.
Forte de cette expérience, je suis tentée de repartir sur un défi musculaire solo dans le Sahara mauritanien mais cette aventure demandera bien plus de préparation.



