5 choses apprises lors de ma course d’ultra-cyclisme BikingMan Corsica

Mise à jour le 30/06/2025
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En mai 2024, j’ai participé au BikingMan Corsica, une course d’ultracyclisme de 1000 km, avec 19000 m de dénivelé positif, à compléter en moins de 120 heures, et ce, en autonomie complète. Voici cinq leçons essentielles que m'a enseignées la Corse, au-delà de la beauté à couper le souffle de ses paysages.

Geneviève Healey
Geneviève Healey
Entre chroniques et défis d’ultracyclisme, Geneviève parcourt les routes du Québec et d’ailleurs, alignant les kilomètres comme les mots pour raconter ses périples.

Les photos de cet article sont de David St-Yves pour BikingMan

Contexte

Le départ et l’arrivée du parcours imposé par l’organisation du BikingMan Corsica se situaient à Bastia, au nord-est de l’île. En plus du délai global pour parcourir l’itinéraire, il y avait trois points de contrôle intermédiaires à franchir dans des fenêtres horaires prescrites.

Nous étions à peine six pour cents de femmes sur les 178 participants qui ont pris part à cette folle aventure. Quant à moi, il m’a fallu 97 heures et des poussières pour franchir la ligne d’arrivée. Pendant ce genre d’événements, il se passe une foule de choses; c’est un peu comme un condensé des émotions qu’on vit pendant toute une vie… un laboratoire grandeur nature pour mieux se connaître.

Leçon 1 : Avoir le bon matériel est crucial

Même si ça fait presque 10 ans que je fais du vélo, que j’avais lu les recommandations sur la page de l’événement et que je connais mon matériel, j’ai sous-estimé le gradient des ascensions qui m’attendaient (ou sur-estimé mes quadriceps, ça dépend du point de vue qu’on adopte). Avec le poids que je traînais, un ratio pédalier-cassette supérieur à 1 était beaucoup trop limite pour les pétards de l’île de Beauté. Bien que cette erreur n’était pas fatale, la Corse m’a rapidement rappelée à l’ordre lorsque que j’ai franchi le col de Battaglia la première nuit.

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Conseil préparatoire : Testez votre matériel sur des cols similaires. Si vous n’en avez pas à proximité, privilégiez un braquet plus souple que nécessaire; mieux vaut tourner les jambes que de les griller dès la première ascension.

Leçon 2 : Il ne suffit pas de savoir grimper…

Pour faire écho à la leçon précédente : si grimper à vélo demande de la pratique, descendre en demande tout autant. C’est peut-être lié à mes origines canadiennes, comme nous n’avons aucun col digne de ceux de l’Europe au Québec, mais j’ai rapidement compris que l’avance que j’avais souvent en grimpant se perdait dès les premières secondes de descente. Pas que je fasse la course, loin de là, mais si le col de Battaglia fut autant révélateur, voir dévaler mes comparses de course à toute vitesse et défaire les lacets avec autant d’aisance m’a donné une belle leçon d’humilité!

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Conseil préparatoire : Si vous habitez une région plate, planifiez des stages en montagne spécifiquement pour travailler la descente, aspect technique souvent négligé.

Leçon 3 : Apprivoiser les montagnes russes émotionnelles

En ultracyclisme, ce n’est pas que le dénivelé qui impose ses hauts et ses bas – notre mental s’en charge aussi. Avec les années, je sais qu’il est impossible d’éviter les baisses de motivation. La seule certitude, c’est qu’il y en aura, mais qu’elles passeront.

Rien de mieux que de le vivre à nouveau pour rafraîchir cette leçon; rien ne sert de tenter d’éviter les coups de mou, mieux vaut se concentrer sur des trucs pour les traverser.

Conseil préparatoire : Changer de focus permet de tromper son esprit et ma technique infaillible est de… socialiser! Même en étant naturellement solitaire à vélo, une conversation peut transformer un moment difficile en souvenir mémorable. N’oubliez pas que c’est peut-être le cycliste à côté de vous qui traverse un moment sombre et que vous êtes peut-être le changement de focus tant attendu!

Leçon 4 : Assumer ses peurs pour mieux les dépasser

Objectif autrefois inavoué mais persistant : atténuer ma peur de rouler seule la nuit. Malgré plusieurs défis accomplis, cette case reste à cocher. Bien que je sache que mes craintes sont probablement irrationnelles, je n’arrive pas à identifier exactement ce qui m’effraie. Est-ce la peur des animaux sauvages? La peur d’avoir un accident? Un malaise? Que personne ne me retrouve? Ou un peu de tout ça? Je ne sais pas! Dans tous les cas, c’est inévitable, plus le jour décline, plus mon angoisse grimpe.

Conseil préparatoire : Accepter la peur sans la combattre, trouver des techniques de distraction et célébrer chaque expérience positive qui renforce la confiance.

Leçon 5 : Respecter ses limites

Dans un événement d’une telle envergure, le doute s’invite souvent à nos côtés. Les délais sont-ils raisonnables pour mes capacités? Suis-je assez entraînée? Ai-je traîné tout ce qu’il fallait? Suis-je capable de tenir d’aussi longues distances, autant de jours d’affilée? C’est un sentiment normal dans ce contexte, mais tout de même assez désagréable. On doit savoir l’écouter, mais parfois avec parcimonie aussi. À quel moment écoute-t-on son instinct et décide-t-on de ralentir, voire de s’arrêter, ou au contraire d’y aller quand même?

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Conseil préparatoire: Nos limites fluctuent quotidiennement. Être indulgent avec soi-même fait partie de la performance sur le long terme.

Cinq leçons, mais probablement cent autres en gestation. Finalement, les plus beaux paysages corses, ce sont peut-être ceux qu’on découvre à l’intérieur de soi — et chaque aventure est avant tout une rencontre avec soi-même.