5 choses apprises lors de ma course d’ultra-cyclisme BikingMan Corsica

En mai 2024, j’ai participé au BikingMan Corsica, une course d’ultracyclisme de 1000 km, avec 19000 m de dénivelé positif, à compléter en moins de 120 heures, et ce, en autonomie complète. Voici cinq leçons essentielles que m'a enseignées la Corse, au-delà de la beauté à couper le souffle de ses paysages.
Les photos de cet article sont de David St-Yves pour BikingMan
Contexte
Le départ et l’arrivée du parcours imposé par l’organisation du BikingMan Corsica se situaient à Bastia, au nord-est de l’île. En plus du délai global pour parcourir l’itinéraire, il y avait trois points de contrôle intermédiaires à franchir dans des fenêtres horaires prescrites.
Nous étions à peine six pour cents de femmes sur les 178 participants qui ont pris part à cette folle aventure. Quant à moi, il m’a fallu 97 heures et des poussières pour franchir la ligne d’arrivée. Pendant ce genre d’événements, il se passe une foule de choses; c’est un peu comme un condensé des émotions qu’on vit pendant toute une vie… un laboratoire grandeur nature pour mieux se connaître.
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Leçon 1 : Avoir le bon matériel est crucial
Même si ça fait presque 10 ans que je fais du vélo, que j’avais lu les recommandations sur la page de l’événement et que je connais mon matériel, j’ai sous-estimé le gradient des ascensions qui m’attendaient (ou sur-estimé mes quadriceps, ça dépend du point de vue qu’on adopte). Avec le poids que je traînais, un ratio pédalier-cassette supérieur à 1 était beaucoup trop limite pour les pétards de l’île de Beauté. Bien que cette erreur n’était pas fatale, la Corse m’a rapidement rappelée à l’ordre lorsque que j’ai franchi le col de Battaglia la première nuit.

Conseil préparatoire : Testez votre matériel sur des cols similaires. Si vous n’en avez pas à proximité, privilégiez un braquet plus souple que nécessaire; mieux vaut tourner les jambes que de les griller dès la première ascension.
Anecdote
Premier jour, 260 km au programme avant mon hébergement. Départ à midi, avec un rythme soutenu, et repas sur le vélo pour optimiser le temps, car plus je terminais tard, moins j’aurais de temps pour dormir.
À la tombée de la nuit, j’attaque le col de Battaglia menant au CP1. Les étoiles brillent, la montée commence paisiblement, mais la pente se durcit rapidement. Alternance assis-debout, puis danseuse obligatoire et cuisses en feu. Je finis par zigzaguer d’un bord à l’autre de la route, à bout de ressources.
C’est à ce moment précis, en constatant le ratio pédalier-cassette des autres participants à mes côtés, que je réalise mon mauvais choix de matériel.
Impossible de changer quoi que ce soit à ce moment-là, alors j’ai ri de mon erreur et avalé les 4000 mètres de dénivelé. Arrivée à 2h30 du matin, juste le temps pour une douche et 2 heures de sommeil – top chrono!
Leçon 2 : Il ne suffit pas de savoir grimper…
Pour faire écho à la leçon précédente : si grimper à vélo demande de la pratique, descendre en demande tout autant. C’est peut-être lié à mes origines canadiennes, comme nous n’avons aucun col digne de ceux de l’Europe au Québec, mais j’ai rapidement compris que l’avance que j’avais souvent en grimpant se perdait dès les premières secondes de descente. Pas que je fasse la course, loin de là, mais si le col de Battaglia fut autant révélateur, voir dévaler mes comparses de course à toute vitesse et défaire les lacets avec autant d’aisance m’a donné une belle leçon d’humilité!

Conseil préparatoire : Si vous habitez une région plate, planifiez des stages en montagne spécifiquement pour travailler la descente, aspect technique souvent négligé.
Anecdote
Je me suis surprise, non pas à prendre une pause pour reposer mes quadriceps lors des ascensions, mais plutôt à faire ce que je n’ai jamais fait : des arrêts en descente… pour reposer mes mains.
L’île de Beauté en met plein la vue en montée comme en descente et mes arrêts photo me donnaient heureusement un beau prétexte pour donner un répit à mes doigts douloureux à force de trop freiner.
Mon vélo est muni d’excellents freins à disques hydrauliques, mais ils ne compensent pas mon manque d’expérience et de confiance à descendre pendant plusieurs dizaines de kilomètres d’affilée.
Je rajoute donc un item à la liste des devoirs : descendre!
Leçon 3 : Apprivoiser les montagnes russes émotionnelles
En ultracyclisme, ce n’est pas que le dénivelé qui impose ses hauts et ses bas – notre mental s’en charge aussi. Avec les années, je sais qu’il est impossible d’éviter les baisses de motivation. La seule certitude, c’est qu’il y en aura, mais qu’elles passeront.
Rien de mieux que de le vivre à nouveau pour rafraîchir cette leçon; rien ne sert de tenter d’éviter les coups de mou, mieux vaut se concentrer sur des trucs pour les traverser.


Conseil préparatoire : Changer de focus permet de tromper son esprit et ma technique infaillible est de… socialiser! Même en étant naturellement solitaire à vélo, une conversation peut transformer un moment difficile en souvenir mémorable. N’oubliez pas que c’est peut-être le cycliste à côté de vous qui traverse un moment sombre et que vous êtes peut-être le changement de focus tant attendu!
Anecdote
Avant-dernière journée, dans l’ascension des 16 km du col de la Vaccia (ironiquement appelé « col de la vache » alors que nous étions entourés de moutons).
Je croise un compagnon avec qui nous rigolons de cette aberration avant de divaguer sur notre envie de saucisson – nous étions affamés! Il m’a avoué plus tard qu’il était dans le dur et que cette montée souffrante avait finalement passé très vite grâce à notre conversation. Son sourire est revenu pendant nos digressions.
À ne pas négliger donc :socialiser permet d’avancer.
Leçon 4 : Assumer ses peurs pour mieux les dépasser
Objectif autrefois inavoué mais persistant : atténuer ma peur de rouler seule la nuit. Malgré plusieurs défis accomplis, cette case reste à cocher. Bien que je sache que mes craintes sont probablement irrationnelles, je n’arrive pas à identifier exactement ce qui m’effraie. Est-ce la peur des animaux sauvages? La peur d’avoir un accident? Un malaise? Que personne ne me retrouve? Ou un peu de tout ça? Je ne sais pas! Dans tous les cas, c’est inévitable, plus le jour décline, plus mon angoisse grimpe.


Conseil préparatoire : Accepter la peur sans la combattre, trouver des techniques de distraction et célébrer chaque expérience positive qui renforce la confiance.
Anecdote
À l’approche de la deuxième nuit, il me restait encore 34 km et 1000 m de D+ avant de rejoindre mon hébergement. Je me suis donc retrouvée, une fois de plus, seule avec moi-même, dans la nuit, à affronter un col de 17 km dont la route était si défoncée qu’il me fallait parfois poser le pied pour ne pas tomber à cause des trous.
L’appli de suivi confirmait ma solitude totale, alors aux grands maux les grands moyens: j’ai enlevé mon coupe-vent et attaqué ce monstre d’un trait!
Devinant la canopée sous mes phares et redoutant les paires d’yeux qui clignotaient autour de moi, je me suis mise à chanter à plein poumons!
Malgré l’épaisseur de la nuit, le col de Scalella fut vaincu en criant à tue-tête « douche chaude, lit douillet », que je retrouvai quelques bornes plus loin à 23h45.
Leçon 5 : Respecter ses limites
Dans un événement d’une telle envergure, le doute s’invite souvent à nos côtés. Les délais sont-ils raisonnables pour mes capacités? Suis-je assez entraînée? Ai-je traîné tout ce qu’il fallait? Suis-je capable de tenir d’aussi longues distances, autant de jours d’affilée? C’est un sentiment normal dans ce contexte, mais tout de même assez désagréable. On doit savoir l’écouter, mais parfois avec parcimonie aussi. À quel moment écoute-t-on son instinct et décide-t-on de ralentir, voire de s’arrêter, ou au contraire d’y aller quand même?

Conseil préparatoire: Nos limites fluctuent quotidiennement. Être indulgent avec soi-même fait partie de la performance sur le long terme.
Anecdote
L’avant-dernière journée du BikingMan, j’avais le moral dans les talons et la météo ne semblait guère aller mieux tellement il faisait gris; j’ai même été dans les rares participants à subir une averse de quelques heures. J’éprouvais une lassitude générale.
Soudain, un chien a coupé la route du cycliste descendant quelques centaines de mètres devant moi, provoquant une violente chute. Arrivée sur les lieux, je l’ai vu assis au milieu de la route, le regard vide, la joue éraflée et son casque brisé un peu plus loin. Un bon samaritain gérait le trafic automobile en attendant les secours.
Il ne restait que 140 km au parcours, mais celui de mon coéquipier était terminé. Déjà fragile moralement, cette scène m’a rappelé mon propre accident quelques années auparavant. J’ai choisi de terminer ma journée après « seulement » 144 km, alors que j’aurais pu enchaîner les 118 restants avant l’arrivée. Psychologiquement, je ne m’en sentais pas capable.
Longtemps, je m’en suis voulu, comme j’ai l’habitude des journées de plus de 250 km. Avec le recul, j’ai appris l’indulgence envers moi-même : nos limites d’hier diffèrent de celles de demain.
Ce jour-là, avec ce contexte, j’avais assez donné. Pourquoi se torturer inutilement quand l’ultra sert justement à mieux se connaître ?
Cinq leçons, mais probablement cent autres en gestation. Finalement, les plus beaux paysages corses, ce sont peut-être ceux qu’on découvre à l’intérieur de soi — et chaque aventure est avant tout une rencontre avec soi-même.

