Petite histoire du sexisme dans le sport

S’il faut attendre l’époque moderne pour parler de sport comme on l’entend aujourd’hui, les hommes essaient depuis l’antiquité d’interdire l’accès aux femmes à la pratique sportive. Je vous ai préparé une petite synthèse de l'histoire du sexisme dans le sport illustrée de quelques BD que j'ai dessinées, le tout avec amour et humour ;)
Antiquité et Moyen-Âge
La pratique sportive comme on l’entend aujourd’hui n’existe pas : le sport, c’est un entraînement pour la guerre. Et la guerre, c’est pas pour les meufs. Dans la majorité des cas, les femmes sont exclues des pratiques athlétiques (et leur participation peut être punie de mort, rien que ça ).

L’époque moderne (1800-1960)
On exhorte les hommes à s’entraîner pour préparer de futurs combats dans l’idéologie de la chrétienté musculaire. C’est la naissance des premières Fédération et le retour des JO qui… Excluront bien évidemment les femmes et feront tout pour limiter leur pratique en leur interdisant certains sports et l’accès aux compétitions, cette fois-ci pour des raisons hygiénistes : la femme risquerait sa santé et sa pudeur à trop bouger.

Epoque contemporaine (1980-A nos jours)
Le sport débarque dans les foyers avec des émissions comme Gym Tonic. Si les femmes sont invitées à se mettre au sport c’est avant tout pour répondre à des critères esthétiques et aux logiques de marché : la sportive devient un objet marketing.
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Les diktats de minceur s’ajoutent aux oppressions patriarcales : traitement médiatique catastrophique, sexualisation des athlètes féminines, inégalité abyssale de salaire, et surtout des pratiques sportives extrêmement genrées…

Ces sportives qui ont changé l’histoire
La lutte féministe et le sport, c’est une grande et longue histoire comme le prouvent les histoires de ces 2 femmes qui ont permis aux femmes d’avoir le droit de courir le marathon (et même de courir tout court) :
Un peu de contexte
Notre histoire commence dans les années 60. A cette époque :
- Le marathon est extrêmement populaire : le public est fasciné par cette discipline et les coureurs sont adulés, mais les femmes n’ont pas le droit d’y participer
- On ne court cependant pas en dehors des lieux d’entraînements dédiés : c’est très mal vu, et les coureurs qui s’adonnent à ce genre de pratiques sont souvent interpellés par la police. Les fédérations sont extrêmement sexistes et il est difficile pour les femmes de les intégrer.
- La médecine soutient encore que le sport est dangereux pour les femmes : elle défend un risque de “déféminisation” (perte de l’utérus, des seins, développement de la pilosité, et même LA MORT)
Une femme qui bouge : pourquoi ça dérange?
Le sport est pensé comme la démonstration de la virilité, et donc de la force masculine. Dans une société genrée; il est donc impensable de laisser une place aux femmes, qui, elles, devraient être l’incarnation de la douceur et de la fragilité.
La pratique sportive c’est aussi laisser les femmes s’approprier leur coprs et l’espace public, ce qui est inenvisageable dans une logique patriarcale.
Aujourd’hui, elle est souvent encouragée pour des raisons esthétiques et sanitaires, à conditions que les femmes restent à leur place, et ne remettent pas en question l’hégémonie masculine dans le domaine.
Bobbi Gibb : Ligne de Départ
Et c’est donc ici que commence l’histoire de Bobbi Gibb. Bobbi est née en 1942 à Boston et court avec son père dans les années 1940-1950. En 1964, elle va le soutenir pour le marathon de Boston, et là, c’est le déclic.

Sauf que, comme c’est une femme, elle ne peut pas intégrer de club, ni s’inscrire au marathon.
Elle décide donc de s’entraîner toute seule avec un plan simple : courir un peu plus longtemps chaque jour. Comme elle en a marre de se faire arrêter par les flics, elle décide de s’entraîner en forêt et va louer un minibus pour ses vacances, histoire de varier les paysages.
Elle va finir par courir 60 bornes, et écrit donc une lettre au directeur du marathon de Boston qui va lui répondre :“Les femmes ne sont physiologiquement pas capables de courir 40kms.”

A partir de là, sa participation au marathon de Boston devient un acte politique.

Soutenue par sa mère qui s’identifie à son combat, mais pas par son père (hop, le retournement de veste), Bobbi se glisse dans un buisson à côté de la ligne de départ.
Très vite, les hommes autour d’elle réalisent que c’est une femme, mais l’encouragent et s’engagent à la soutenir : Bobbi retire son pull, dévoilant donc qu’elle est une femme et là… L’engouement de la foule est ENORME.

Bobbi termine en 3h27, devant les 2/3 des hommes de la course. On rappelle que Bobbi s’est entraînée toute seule dans la forêt quand les hommes étaient encadrés par des coachs…
L’accueil dans les médias est hyper positif mais…La course ne s’ouvre pas aux femmes.

Kathrine Switzer : Prendre le relai
Kathrine Switzer est née en 1947 et commence la course à pied pour intégrer l’équipe de hockey.

Son amour pour la course à pied commence là, et comme elle est vachement forte et motivée, son entraîneur la fait concourir avec les garçons en 1966 sur une course d’1 mile. Cette expérience la booste : concourir avec les garçons c’etait super fun.
Elle continue ses études à l’université de Syracuse à New York et demande donc à s’entraîner avec les garçons. Sauf que…

Mais Kathrine est têtue. Et elle ne lâche rien.

Finalement, un compromis est trouvé : Arnie Briggs est chargé de l’entraîner.

Il a 60 ans et prépare le marathon de Boston pendant ses tournées de facteur, et là pour Kathrine c’est le déclic.

Sauf qu’Arnie ne veut pas entraîner Kathrine pour le marathon : elle va donc devoir lui prouver qu’elle en est capable.
Le marathon est dans 3 mois, Arnie lui prépare un programme ultra béton pour la tester et BIM, Kathrine parvient à courir 50kms et Arnie accepte de l’entraîner.

Sauf que… Le marathon est toujours interdit aux femmes. Ils vont donc utiliser une faille du système : à cette époque, ça paraît tellement évident que les femmes ne peuvent pas concourir que le genre n’est pas demandé sur le formulaire d’inscription. Kathrine met donc ses initiales à la place de son prénom et BIM la voilà inscrite.

Le 19 avril 1967, Kathrine est donc sur la ligne de départ du marathon de Boston, avec le dossard 261. Il fait super froid, les conditions sont dantesques, il pleut et il fait TRES froid, et donc Kathrine, accompagnée par Arnie et Tom Miller (sont petit ami), a de bonnes chances de passer inaperçue.

Sauf que… Pour une raison qu’on ignore, cette année là le bus de journalistes remontent la course au lieu d’être devant. Ils vont donc repérer TRES VITE Kathrine, et sa présence ne provoque PAS DU TOUT le même engouement que pour Bobbi (pour info, c’est un an après la course de Bobbi qui, elle aussi, est présente mais ne se fera pas repérer). Jock Semple, (de son vrai nom John), le directeur de la course, bondit sur Kathrine et essaie de lui arracher son dossard

C’est la photo de ce moment précis avec Arnie qui essaie de protéger Kathrine : Jock c’est l’homme en costume derrière elle
Tom parvient à dégager Jock d’un coup d’épaule, et Arnie qui crie à Kathrine de courir le plus vite et le plus loin possible. Kathrine s’exécute, mais le bus des médias ne la lâchent pas et continue de se comporter de manière extrêmement agressive.

Côté public, c’est aussi très mitigé, entre femmes qui soutiennent à fond, et les hommes qui n’hésitent pas à crier Kathrine de “rentrer faire à manger à son mari”.
Après la course, les choses ne s’arrangent pas, puisque Kathrine se fait DEZINGUER par la presse et est exclue à vie de la fédération d’athlé américaine. Tout ça va mettre Kathrine prodigieusement en colère. Ce jour là, elle décide 2 choses :
- Finir cette course quoi qu’il advienne, ce qu’elle fera cette année là en 4h20
- Militer pour que le marathon s’ouvre aux femmes, ce qui va devenir l’œuvre de sa vie.

Kathrine va donc commencer une carrière de sportive professionelle, pour prouver que les femmes sont capables de courir. En parallèle, elle s’engage pour que le marathon féminin soit autorisé au Jeux Olympiques. Pour cela, il faut que ce sport soit représenté dans 23 pays et 3 continents. Qu’à cela ne tienne : en 1978, Kathrine arrête sa carrière de sportive et crée un partenariat avec AVON (une entreprise de cosmétique) pour organiser des courses exclusivement féminines dans le monde entier.

Ces courses rencontrent un énorme succès et, en 1980, Kathrine apporte le coup fatal à l’interdiction du marathon féminin au JO. A Londres où se réunit le comité Olympique, elle organise un énorme marathon pour visibiliser sa lutte (et mettre de ce fait un bon coup de pression).

En 1984, le marathon féminin fera pour la première fois partie des épreuves, et c’est Kathrine qui commente la course. Il faudra 5 ans au directeur du Marathon de Boston pour qu’il autorise en 1972, face aux nombre croissants de ces dernières, les femmes sur la ligne de départ.
Le marathon de Boston compte aujourd’hui plus de femmes que d’hommes dans ses participants. En 2006, les victoires de Bobbi de 1966, en 67 et 68 sont reconnues par l’organisation de la course. Et depuis 2017 cette dernière a retiré le numéro 261 de ses dossards en hommage à Kathrine.
Le mot de la fin
Alors que retenir de ces histoires incroyables? Que la représentation, vraiment, c’est important.
Sans Bobbi, pas de Kathrine, sans elles, pas de marathon féminin aux JO. Mais cette histoire, ce n’est pas juste l’histoire de deux femmes, de deux figures isolées. C’est aussi l’histoire de toutes ces femmes anonymes qui se sont, elles aussi, glissées sur les ligne de départ. Qui ont lutté, pris la parole, milité.
Et c’est aussi l’histoire d’hommes qui les ont écoutées et soutenues. Les luttes ne sont jamais des histoires solitaires. Chaque geste compte.

Quelques chiffres…
- D’après une étude réalisée par Adidas auprès de 9000 femmes de 16 a 34 ans, 92% d’entre elles ont peur de se faire agresser en allant courir.
- Les pratiques sportives restent encore extrêmement genrées:
- La couverture médiatique du sport féminin ne représente que 15% des programmes sportifs des médias spécialisés en europe.
- Pour la TV française en 2021, elle représentait 4,8 % des retransmissions sportives
- On compte aujourd’hui 19 présidentes pour 115 fédérations et 37% de femmes seulement parmi les élus aux comités directeurs, malgré la La loi du 4 août 2014 pour l’égalité réelle entre les femmes et les hommes
- le rugby compte de 97% de garçons et de 3% de filles licencié·e·s,
- la gymnastique est constituée de 22% de garçons et de 78% de filles licencié·e·s,
- le football comprend 96% de garçons et 4% de filles licencié.e.s,
- la danse représente de 7% de garçons et 93% de filles licencié.e.s

