Aventure à la nage dans le lac d’Annecy (récit + infos pratiques)

Mise à jour le 19/03/2026
Jour 1 nage

Barboter dans le lac d’Annecy, rien de plus simple ; mais le traverser à la nage, ça se prépare. Dans cet article, je vous raconte mon aventure et vous propose une carte du lac un peu spéciale.

Emma Karslake
Emma Karslake
Emma est mécanicienne, aventurière et guide à vélo. Passionnée de camping sauvage, elle passe la moitié de l'année à sillonner l’Europe à vélo, à pied ou à la nage.

Voyager à la nage, une drôle d’idée ?

En voyageant en voiture, à vélo ou à pied, on sait généralement où on a le droit de circuler et sous quelles conditions ; c’est loin d’être le cas pour les voyages à la nage. C’est exactement pour cette raison que j’apprécie tout particulièrement ce mode de transport.

Les étendues d’eau m’apparaissent comme un terrain nouveau et indompté, juste sous notre nez. Le voyage à la nage est aussi une façon exceptionnelle de se sentir dépaysé : on change de milieu, de perspective, pour voir des paysages familiers sous un nouveau jour.

Après une première expérience de voyage à la nage réussie (cliquez pour écouter mon récit en podcast) et voulant découvrir le lac d’Annecy, j’ai décidé de voyager le long de ses rives (il faudrait une permission spéciale pour nager au beau milieu du lac). Couvrir les 14 km de longueur du lac en trois jours a nécessité une vraie préparation. 

Bout du lac et sac

Cartographier le lac

Le plan de la municipalité d’Annecy est utile pour savoir où l’on a le droit d’aller et indique quelques plages, mais c’est tout.

Une fois dans l’eau, il faut se débrouiller pour trouver un endroit où accoster pour rejoindre la civilisation, ce qui est parfois compliqué : par endroits, les berges sont privées, à fleur de route ou impraticables.

Je passe beaucoup de temps à étudier la carte avant de me lancer. Pour plus de sécurité, je me fais accompagner par Nathalie Baillon à bord de son packraft, qui pagaiera à mes côtés. C’est rassurant, et surtout, elle peut filer devant en éclaireur pour m’indiquer où je peux m’arrêter. 

Nathalie. Baillon packraft

Pendant mon voyage à la nage, je ne veux pas avoir de mauvaise surprise en me rendant compte que je dois faire deux kilomètres de plus que prévu.

Une fois sur place, je ferai aussi un peu de reconnaissance à vélo en empruntant la piste cyclable qui longe le lac. Cela me permettra d’identifier quelques coins à contourner et quelques uns où je peux m’arrêter, mais entre les maisons ou les routes qui bloquent la vue et les espaces non accessibles à vélo, je ne pourrai pas tout prévoir.

lac general

Je choisis de nager la longueur du Lac par le côté est pour plusieurs raisons : il reste ensoleillé plus tard l’après-midi, il compte davantage de petites plages ou d’accès publics au lac que le côté ouest; et enfin, il arbore la Réserve Naturelle du Roc de Chère, qui s’étend sur un peu plus de 3 km de côte, et qui offre un paysage de falaises à couper le souffle.

Parcours lac nage

Préparation physique et organisation

Une fois l’itinéraire validé, il me reste à préparer mon corps et mon matériel.

Ma préparation physique est limitée. Je suis en forme, cela fait longtemps que je nage en eau libre, et je me fixe des distances quotidiennes raisonnables pour mon niveau : je ne nagerai jamais plus d’une heure et demie d’une traite.

En ce qui concerne le matériel, je vais utiliser ma grosse bouée de nage qui sert aussi de sac où ranger mes affaires. De cette façon, je suis toujours visible de loin, je peux m’agripper à la bouée pour me laisser flotter si j’ai une crampe ou bois la tasse, et surtout, je peux me changer, manger et boire dès la sortie de l’eau sans dépendre de personne.

De Veyrier

Je me munis aussi de mon matériel de natation habituel : un maillot, un bonnet de bain, des lunettes et des bouchons d’oreilles.

En septembre, la température de l’eau tourne autour des 17 degrés, donc je prends aussi mon attirail en néoprène : une combinaison, des gants et des chaussons.

Récit de mon aventure jour après jour

Jour 1 – D’Annecy à Veyrier (3,8 km)

Le trajet commence sous un soleil éclatant, et je choisis de ne pas utiliser ma combinaison, me couvrant simplement les extrémités de néoprène. Porter une combinaison longue en plein soleil serait un pari risqué, car on peut y cuire à petit feu. 

Les premiers mètres dans le lac sont un mélange de joie et d’appréhension. « Et si j’ai une crampe ? ». Je n’ai jamais eu de crampe. « Et si le silure le plus grand du monde se trouve actuellement dans ce lac ? » et ainsi de suite. 

Glissant dans l’eau turquoise, admirant les maisons et les petites fortifications qui bordent la rive, je me sens de mieux en mieux. Je ne regarde plus ma montre toutes les deux minutes et j’admire la crête des montagnes à chaque respiration. La navigation est très facile : je vais de bouée en bouée, à la limite de la bande de nage, qui marquent la limite de la zone autorisée aux nageurs et aux kayaks. 

Au bout d’une heure, je m’arrête et demande à Nathalie de me donner une compote à boire. J’aspire le contenu du petit paquet et le rend à mon accompagnatrice. Je me sens à mi-chemin entre une nageuse d’endurance se faisant ravitailler à la volée et un enfant à qui on offre un goûter à la sortie de la piscine. 

Dans l’eau, je ne joue pas à repousser mes limites, je m’assure toujours d’être bien en dessous. Il faut manger avant d’avoir faim et sortir avant d’avoir froid ou de ressentir la fatigue.

Nous arrivons sur la Plage de la Brune, où je me dore au soleil avant de me changer tout en regardant Nathalie retourner en kayak vers Annecy où elle a laissé le van qui nous sert de véhicule et de domicile cette semaine. Elle semble avancer bien lentement. Je vois un nuage foncé au-dessus de la ville au loin. Le petit kayak rouge disparaît alors que j’entends le premier coup de tonnerre et que je remarque que le vent a tourné, agissant comme un frein contre la petite embarcation gonflable.

Nathalie évite finalement l’orage de peu et vient me chercher près de la plage. 

Maintenant, il nous faut dîner, dormir, nager. Ma vie pour ces prochains jours.

Jour 2 – De Veyrier à Talloires (6,7 km)

Le lendemain matin, une petite routine s’installe déjà : café, briefing, mise à l’eau. Cette fois-ci, je vais nager deux fois trois kilomètres, prenant une pause juste avant de longer le massif rocailleux que je soupçonne de n’offrir aucune opportunité de répit hors de l’eau.

Je me réhabitue à l’expérience de la nage longue-distance, qui demande d’accepter la solitude et la lenteur de déplacement. Je pense de moins en moins à ma respiration, qui s’espace d’elle-même de tous les trois à tous les cinq mouvements de bras tandis que je prends le rythme, et bientôt l’état de pleine conscience s’impose à moi : je revois cent fois un flanc de falaise qui me fait sentir ma lenteur. A chaque entrée de ma main dans l’eau, je vois des petites bulles d’air se former sur mes ongles et briller comme des diamants dans l’eau turquoise mais parfaitement translucide.

Jour 2 Roc de Chere

Le contournement de la falaise me semble long, car toutes les ondulations de la montagne couverte de pins se fondent les unes dans les autres et je peine à distinguer la véritable pointe que je dois atteindre et qui marquera le dernier kilomètre à parcourir.

Juste avant Talloires, Nathalie sprinte pour déterminer laquelle des deux plages en vue est privée, et donc à éviter.

Diner. Dormir.

Jour 3 – De Talloires au bout du lac (5,6 km)

Le troisième jour est celui où j’atteindrai la réserve du bout du lac et où je pourrai dire que j’ai nagé la longueur du lac d’Annecy.

Le soleil éclatant menace ma peau exposée malgré mes deux couches de crème solaire. Après une heure et demie de natation qui me semble ne durer qu’un quart d’heure, je m’arrête par devoir plus que par envie sur une petite plage proche de la route où un arbre chétif offre un peu d’ombre.

Je voudrais continuer sur ma lancée sans pause, hypnotisée par le rythme de mon souffle et des bulles d’air, mais je sais que je n’ai pas l’entraînement pour parcourir les 5.6km d’une traite.

Après avoir engouffré un paquet entier de bananes séchées, je me jette à l’eau pour la dernière ligne droite. J’ai un petit pincement au cœur quand je vois les bouées marquant la pointe sud du lac. Je commence aussi à avoir un gros pincement à l’arrière du coude dû à mon manque d’entraînement et à mes mouvements répétés. Il est temps de sortir de l’eau.

Jour 4 – Repérage de l’autre rive

J’ai conquis la rive est. Il ne me reste plus qu’un jour de vacances que j’emploie à cartographier le reste du lac, tantôt à vélo et tantôt à la nage, pour faire un repérage complet.

J’ai maintenant passé quatre jours dans le lac d’Annecy et je me demande qui, à part les locaux férus de voile, peut prétendre connaître le coin aussi en détail. 

Je referme cette aventure avec une carte complète et une foule de souvenirs ensoleillés.

Conclusion

Le voyage à travers le lac m’a apporté un sentiment d’aventure et de découverte étonnant pour un lieu si touristique. Chaque section du lac révèle un paysage différent : falaises abruptes, hôtels imposants, petites plages secrètes, villages pittoresques…

Pour découvrir un endroit de fond en combles et avoir des souvenirs très précis après des heures à regarder le paysage défiler, rien de mieux que de voyager dans l’eau, à une vitesse deux fois plus lente que la marche. C’est ce que j’appelle la mobilité hyper douce.

Infos pratiques sur le tour du lac d’Annecy à la nage

Pour celles qui auraient envie de se lancer dans la natation en itinérance, ou bien juste aller prendre un café dans le village d’à côté en se déplaçant par voie lacustre, j’ai créé une carte qui montre où l’on peut rentrer et sortir de l’eau et les sections où aucune sortie n’est possible. Elle peut être utilisée en complément de la carte de la municipalité pour partir à l’aventure tout en respectant les règles.

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Je propose ici des informations pratiques tour du lac à la nage en détail pour partir bien informée. A l’exception des extrémités Nord et Sud du lac, on peut se baigner partout tout en respectant les zones protégées et le règlement du lac. 

Bien qu’on ne soit pas censé traverser les ports à la nage, il serait impossible d’éviter chaque minuscule ponton qui accueille de petits bateaux de plaisance, et les locaux s’y baignent d’ailleurs en toute liberté. Ma carte montre seulement les ports d’Annecy et Doussard, qui sont grands et très fréquentés, et qu’il faut donc éviter. 

Attention, le lac d’Annecy est très populaire en été. Je recommande donc de choisir la mi-saison pour s’y aventurer à la nage en toute sécurité et sans gêner la circulation.

D’Annecy à Menthon

En partant d’Annecy, les plages de départ possibles sont Albigny sur le côté est et Les Marquisats sur le côté ouest.

En longeant le lac du Nord au Sud par le côté est, on trouvera des plages ou des échelles pour sortir de l’eau vers un espace public assez régulièrement jusqu’à la sortie de Veyrier.

Veyrier

Entre la dernière plage de Veyrier et la première plage de Menthon, on peut nager en toute tranquillité, mais il est difficile de trouver un endroit où sortir ou se reposer car sur ces berges sont privées et donnent directement sur des jardins ou pontons privés.

De Menthon au bout du lac

Au-delà de Menthon, un autre obstacle se dresse au-dessus du lac : la magnifique Réserve Naturelle du Roc de Chère. Sur ce tronçon, il n’y a pas de réelle possibilité de sortie de l’eau pour accéder aux terres. On est confronté à une falaise à pic qui se jette dans l’eau turquoise.

Il y a quelques possibilités de sortie de l’eau pour une courte pause en bas du roc lorsqu’une bordure de rochers bas où une petite grotte en offre la chance, mais ces accès dépendent du niveau de l’eau; on ne peut donc pas toujours compter sur eux.

Dès que les falaises se tassent, des accès à la rive apparaissent un peu avant Talloires.

Entre Talloires et le bout du lac, on trouve plusieurs petites plages, mais également nombre d’endroits peu escarpés (comme des rochers ou une pente douce vers la piste cyclable) permettant de sortir de l’eau ou de faire une pause. 

Enfin, juste avant d’arriver à la zone protégée du bout du lac, un petit ponton et un chemin marquent le dernier endroit où il est possible de sortir de l’eau.

De la zone protégée au Château de Duingt

Il faudra ensuite contourner le bout du lac à pied : la bande de rive est divisée en une zone interdite à la baignade, une plage privée et le port de Doussard.

Si l’on veut remonter le lac du Sud au Nord par la côte ouest, il faudra se mettre à l’eau dès la sortie du port de Doussard, car le long du lac est ensuite marqué par un mur couronné d’une barrière le long de la route principale jusqu’au village de Bredannaz. 

De Bredannaz jusqu’au château de Duingt, les opportunités se font à nouveau rares et la route principale épouse au plus près le lac. Il faudra faire le tour du château à la nage pour trouver la prochaine plage, appelée Plage du Château. Le Château étant privé et ouvert seulement pour des événements, le contourner à la nage est donc une belle opportunité de le voir de près.

Du château à Annecy

Après le château commence bientôt une roselière quasi ininterrompue jusqu’à Saint-Jorioz. On peut la contourner à la nage mais pas y débarquer. C’est la roselière la plus longue du lac; les autres sont suffisamment segmentés pour qu’on puisse débarquer à intervalles réguliers entre les zones protégées.

De Saint-Jorioz à Annecy, les plages, petits ports et roselières s’alternent, offrant de multiples possibilités pour sortir de l’eau.

Attention, une zone de jet ski constitue la seconde zone du lac où la natation est interdite, mais seulement si des jet skis y sont présents en même temps. On peut cependant aisément la contourner à pied en empruntant la voie verte qui longe le lac de près à cet endroit.

La plage des Marquisats marque le point le plus au Nord après lequel on ne pourra plus longer le lac en continu en toute légalité.