Sport féminin: mécanisme d’une invisibilisation

Mise à jour le 18/06/2026
Bd mécanisme d'invisibilisation

Dans l'imaginaire collectif, le sport est avant tout un domaine masculin. Les femmes, qui ont pourtant toujours pratiqué une activité sportive, ont été et sont encore invisibilisées et/ou dénigrées.

Léa Barnel
Léa Barnel
Léa est amoureuse de montagne et de course à pied. Elle s'engage activement dans la lutte contre le sexisme, particulièrement dans le cadre sportif.

Les 3 mécanismes derrière l’invisibilisation des sportives

Cette invisibilisation peut s’analyser à travers 3 types de mécanisme :

  • le déni d’existence
  • le déni de réalité
  • le déni de talent ou de performance.

Déni d’existence

Le déni d’existence s’appuie sur un postulat : les femmes n’ont, historiquement, jamais fait partie des pratiques sportives. Il s’agit là d’un préjugé sexiste tenace.

Les pratiques sportives féminines ont toujours existé, mais le patriarcat a empêché leur développement et les a effacées de l’histoire.

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© Léa Barnel

L’histoire du sport féminin n’est pas linéaire : de nombreux sports se sont ouverts aux femmes avant d’être de nouveaux interdits en fonction des fluctuations morales de la société.

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Par exemple, le Tour de France féminin comprend par exemple une 1er édition en 1955, puis disparaît pour revenir de 1984 à 1989 (en version largement réduite), puis est de nouveau supprimé pour n’être de nouveau programmé qu’en 1990 jusqu’en 1993 où il sera remplacé par des petits formats peu médiatisés.

Le Tour de France Femmes ne reviendra vraiment qu’en… 2022.

Déni de réalité

Le déni de réalité, c’est nier ce qui est, ce qui existe dans le temps présent.

Il peut concerner :

  • la présence des femmes : « ça ne sert à rien d’autoriser les femmes à concourir sur des marathons, elles ne courent pas« .
  • des faits historiques : « aucune femme n’a jamais gagné au scratch sur un ultra » ou encore « le sport féminin ça n’intéresse personne« .
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Déni de performance et politique de l’exception

Si on retrouve un peu moins le déni de réalité de nos jours, le déni de performance, lui, fait encore largement partie de l’imaginaire sportif : les femmes ne peuvent pas performer, ou, si c’est le cas c’est exceptionnel

Rappelons qu’un sondage de YouGov de 2023 révèle que 12% des hommes sondés pensent pouvoir gagner un point face à Serena Williams (joueuse la plus titrée, hommes et femmes confondus).

De ce mécanisme découle plusieurs biais :

  • la comparaison constante des performances féminines à celles des hommes sans jamais apprécier la performance en elle même
  • le fait de s’appuyer sur des normes dédiées à des corps masculins pour établir ce qui est admirable ou pas (par exemple : le fameux “un homme soulève plus lourd” sans prendre en compte le poids des athlètes)
  • le syndrome de la schtroumpfette que l’on retrouve régulièrement dans le traitement médiatique des figures féminines

Focus sur le syndrome de la schtroumpfette

Le syndrome de la schtroumpfette, developpé par Katha Pollitt en 1991, se définit par le fait de sur-représenter les protagonistes masculins, au détriment des personnages féminins.

Ce concept permet notamment de souligner que chaque personnage masculin a sa personnalité, contrairement aux femmes, qui, elles, sont souvent réduites à leur corps. Ce biais s’exprime aussi en mettant en ayant une seule femme qui servira de “caution de représentation féminine”.

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© Léa Barnel

Prenons l’exemple du compte instagram Les genoux dans le Gif suivi par 165k de coureurs et coureuses.

Sur 100 publications de août à février 2024 consacrées à des traileurs et traileuses, 15 seulement présentes des femmes, dont 5 sont consacrées à Courtney Dauwalter.

Le compte revendique de s’intéresser à des “personnalités attachantes, peu importe leur sexe.

Sa démarche est donc plutôt inclusive, et le média ne réduit jamais les coureuses qu’il présente à des caractéristiques considérées comme féminines (élégance, beauté, douceur, vie familiale…)

Pourtant, les chiffres parlent d’eux même : Courtney Dauwalter fait office d’exception dans un monde majoritairement dominé par des hommes, et puisqu’on parle d’elle ce n’est pas grave de ne pas parler des autres.

De la même manière la notion de “personnalité attachante”, qui s’attache en écrasante majorité à des hommes, démontre l’influence des imaginaires masculins sur leurs choix éditoriaux.

On est là face à un syndrome de la schtroumpfette plus contemporain, moins caricatural, mais qui met en évidence que les sportives sont encore considérées comme étant des sujets moins dignes de considération narrative.

Prendre conscience des mécanismes pour apporter de la visibilité aux femmes sportives

Tous ces biais sont bien souvent inconscients, mais il est important de les connaître pour pouvoir mieux comprendre et combattre les mécanismes d’invisibilisation des femmes dans l’histoire, et ici particulièrement dans le sport.

Parce que oui, cette invisibilisation a des conséquences. On oublie les exploits sportifs, les combats et les luttes, les pratiques quotidiennes, et, ce faisant, on permet le maintien des préjugés sexistes.

Au contraire, visibiliser c’est créer de nouvelles passions et c’est faire un pas énorme vers l’égalité. Par exemple, après la coupe du monde de foot féminin de 2019, les inscriptions en France des filles dans les clubs de foot ont augmenté de 15 à 30% selon les régions.

En 2024, le sport féminin en France ne représente toujours que 18% des diffusions sportives. Bien que cette proportion ait augmenté, l’égalité est encore loin.

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© Léa Barnel

Le fait que l’on spécifie toujours sport “féminin”, ce qu’on ne fait jamais pour le sport masculin, puisqu’on parle simplement de “sport”, démontre bien que, dans l’imaginaire collectif, le sport est encore et toujours une affaire d’hommes.

Pour en faire un espace où chacun ait sa place, il est donc essentiel de changer notre vision et notre traitement des performances féminines.

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© Léa Barnel